‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, abbé séculier de Brantôme et d'André vicomte de Bourdeille (volume 2)Chapitre 186 sur 361 · M. LE MARESCHAL DE BOUILLON · texte numérisé non relu

M. LE MARESCHAL DE BOUILLON

Ce mareschai a esté le premier duc de Bouillon , pour avoir le roy Henry érigé Bouillon en duché, encor qu'il ne le tienne pas, et d'autres le gardent pour luy. Il s'alla précipiter dans le chasteau d'Hedin , avec le duc de Castres et le marquis de Villars, brave et vaillant seigneur, beau frère de M. le connectable , où , après avoir enduré de très furieuses batteries et assauts , furent pris et gardés longuement en prison.

On dit que M. de Bouillon , après avoir payé une grosse rançon , fut livré à sa femme tout empoisonné ; qui fut une grande charge de conscience , prendre l'argent d'une personne , et puis la faire mourir si misérablement. Achiles rendit le corps d'Hector gratuitement : et cestuy cy, après avoir payé sa rançon, fut rendu non mort, mais autant valloit . puisqu'il avoit esté empoisonné. Cela se disoit lors. Grande cruauté pourtant! Il ne falloil doubler pour luy d'un autre traictement que ccluy-là , car l'empereur vouloit trop grand mal à toute cestc maison.

J'ay sceu pourtant de bon lieu qu'il mourut par autre subject, que je ne diray point pour fuir scandale, et empoisonné pourtant par ses plus proches.

Il laissa deux enfans de sa femme, fille aisnée de madame de Valentinois : l'un, qui fut M. de Bouillon, brave et vaillant seigneur, et sage, et bien advisé , fort homme de bien et d'honneur , et de foy et de parollc. Il mourut fort jeune d'une deffluxion qui luy tumha sur les jambes, dont il en fit ar rester les vaines, comme on fait à un cheval; mais il en fut 1res mal pensé et furent mal arrestées : dont ce fut grand dommage, car s'il eust vescu grand aage, il

! se fust rendu encor plus grand personnage qu'il n'estoit.

Il a'estoit mis huguenot , comme plusieurs autres de France ; mais il fut si bon François que jamais il ne s'arma contre ses roys. Bien j est-il vray qu'il retiroit en ses terres force huguenots exilés de France , et ce pour charité bonne qui estoit en luy, mais non pour faire offeuse à son roy.

Il laissa deux braves et vaillans enfans après luy, fort jeunes, M. de Bouillon et M. de La Marche , qui emmenèrent tous deux en France ceste grande et incomparable armée soubs le baron Dosné : ils moururent bientost après.

M. le comte de Maulevrier , leur oncle , les a survescu et leur pere aussy, son frère, et vit encor », qui est un habile , sage et vaillant seigneur , encor qu'il ayme fort à rire, passer son temps , dire le mot et goguenarder ; car il y est le nom-pareil : mais pourtant il ne s'y est point tant amusé qu'il n'ayt bien faict preuve de sa vertu et valeur.

Il fut le premier gentilhomme qui monta sur le haut de la bresche au premier assaut de Rouan , car j'y estois lors que le prismes : et y fut blessé ; et un peu auparadvant il avoit esté fort blessé ( encor n'estoit-il lors bien guery à cest assaut) en une belle escarmouche et saillie qui se fit devant Corbeil , M. le prince s'y estant campé devant ; et ledict comte y acquit grand honneur.

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