‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, abbé séculier de Brantôme et d'André vicomte de Bourdeille (volume 2)Chapitre 187 sur 361 · M. L'ADMIRAI. DE BRION · texte numérisé non relu

M. L'ADMIRAI. DE BRION

M. l'admirai de Brion a esté aussy un bon capitaine. Il estoit puisné de la maison de Jarnac, et se mit à suivre le roy François n'estant que comte d'Angoulesme , comme Jarnac est près d'Angoulesme et Coignac.

J'ay ouy dire à une honnestedame de la cour de ce temps là que le roy, estant encor comte, avoit trois favoris qu'il aymoit fort, qui estoient M. de Montmorancy ( qu'on appelloit lors à la cour le camus de Montmorancy ) , Brion et Monchcnu. Un jour estans en leurs goguettes et

1 Charles Robert de La Marck , comte de Brenne et de

gaudisserics, et parlant du monde et des affaires de la cour et de la France, et du roy Louys XII , ils vindrent à dire audict comte , quand il serait roy (leur tardant bien que le roy l^)uys ne fu.sl desjà mort , ainsy que font tous ceux qui aspirent à la grandeur, à lYstat et dignité d'un autre), quels cslats il leur donnerait à tous trois ; le roy les remist à leurs souhaits.

M. de Montmornncy dit qu'il voudrait un jour fort ostre connestable de France. Brion dit qu'il voudrait eslre admirai de France ; et Monchenu premier maisire d'hoslel de sa maison.

Selon le souhait faict , au bout de quelque trmps, le roy les pourveut tous trois, et les appointa desdicts estais. Il n'y eut que le seigneur de Monchenu le plus mal de tous ; toutesfois le roy le servit selon son souhait et appétit.

Quand M. de Bourbon vînt pour prendre Marseille, M. de Brion y estoit dedans, et y acquit beaucoup d'honneur ; aussy fut-il très bien assisté des habitai», qui sont très braves et vaillans gens, et de tout temps immémorial, ainsy que la ville est antique et noble , et des plus de la France.

Et s'y estoit aussy jet té dedans le seigneur Rance de Cere, gentilhomme romain de grande maison , brave et vaillant , qui a voit sauvé de la dcsroutte de l'admirai Bonnivet , et ramené de là les monts trois mille bons vieux routiers de guerre qui l'a voient longtemps par de là traisnée. Aussy M. de Bourbon ne craignoit rien tant que ledict Rance et ses compaignons, tesmoing le refrain de la vieille chanson des advanturiers de guerre d'alors , qui dit :

Quand Bourbon vit Marseille, Il a dki a ses gras :

• Vray IMeu, quel capitaine «1

• Il ne m'en chaut d'un blanc «D'homme qui soil en France,

• Mais que ne soil dedans

• ls capitaine Rance. •

Nob'e seigneur de I ISous le remercions K' la bonn' rccutillanct

A grands coups de canon , Aussy l'artillerie, Us aroil repousses > en Italie.

Au mont de La Coulouibe, Le passage est estroict , Montèrent lous ensemble En soufflant a leurs doigts ,

Disant a cette fois :

• Prenons f reslous courage ,

• Abballoos tous ces bois ,

Par ces parollcs M. de Bourbon ne se donnoir pas beaucoup de peine des autres qui esloient là , ni ne les craignoit guicre* ; mais c'est le naturel d'un desfavorisé de dire tousjours du mal des favoris, quoy que braves soient-ils, comme j'ay veu souvant. Si est-ce que j'ay ouy dire à aucuns vieux routiers que , si le roy ne fust venu au secours , il eust donné de l'affaire à la ville , et par mer et par terre.

La battaille de Pavye se donna, où ledict seigneur de Brion fil si bien que le roy, après l'avoir employé pour plusieurs allées, venues et postes vers l'empereur, à cause de son traietcment et douce prison , luy donna Testât d admirai, vacqué par M. l'admirai Bonnivet: il fut son lieutenant gênerai en Piedmont, où il fit très bien , et en sage capitaine, les affaires du roy.

Mais , estant au plus beau train d'elles , il fit une grande faute à Versel, où le trouvant M. le cardinal de Lorraine, que le roy envoyoit à Rome et vers l'empereur pour l'eulrelicn de la paix et ses excusrs ( il n'estoit plus temps) dequoy il avoit envahy la Savoye et le Piedmont , luy dit et luy conseilla de ne passer point plus outre, de peur d'altérer les choses lesquelles il alloit traicter. M. l'admirai le creut, et arresta son flux de victoire court ; en quoy il faillit grandement, pour un grand capitaine, d'ajouster foy si librement à M. le cardinal, et qu'il ne luy en monstra autrement nul pouvoir du roy , ny signé de sa main ; mais se régla simplement sur ce qu'il luy en dit, s excusant et pensant qu'il parlast de la part du roy, envers lequel il avoit plus de crédit que seigneur de la cour. Mais M. le cardinal s'excusa après, que ce qu'il luy en avoit conseillé c'csioil qu'il pensoit faire au mieux, ne voyant si bien les affaires que menoit M. l'admirai

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