M. L'ADMIRAI, DE BRION
Brion à l'œil, comme luy; et que c'estoit à luy à tes considérer , méditer et poiser, qui les avoit en main , non à luy. Tant y a que le , roy voulut un grand mal audict sieur admirai, j pour luy avoir fort desbaucbé ses affaires qui cstoient en très bon estol , et d'avoir donné loisir à l'empereur de songer aux siennes, et de ; s'en venir aysement projecter et exécuter son t voyage de Provence.
Je feray ce petit incident , que ceux qui pren- j nent des charges des roys et des grands doi- j vent bien prendre exemple en cestuy-cy , qu'ils n'ayent à croire à personne quelconque s'il n'a un maudement signé, et qu'ils ne levoyenl, ny aussy ceux qui sont commandés des roys cl princes et grands de porter quelques paroi les de leur part qui soit de conséquence , qu'elles j ne soient signées de leur main en leurs instruc- ! lions.
Dont il me souvient que , lors que le roy de Navarre Anihoine fut mandé par le roy François II de venir à la cour et de luy mener son frère le prince de Condé , le seigneur de Monlpezat eut commandement du roy de s'en aller à Poicticrs, comme sencschal, et y deffendre audict roy de Navarre l'entrée ; ce qu'il fit : ce que ledicl roy trouva fort aigre ; et luy demanda s'il avoit pouvoir du roy de luy faire telle deffense. L'autre luy dit qu'il l'avoit très bon. Ijc roy François mort, le roy de Navarre entra en crédit , et , ayant couvé ce refus de : ville fakt par Monlpezat. il sceul que ledict j Muntpezat n'en avoit rien par escril, par le , rapport de quelque secrétaire que dirais bien; j dont ledict roy l'en rechercha et s'en voulut j venger, menaçant ledict Montpezat que, s'il ne i luy monstroit son eserit, qu'il l'en feroit rc- : pentir. Ce fut à Monlpezat à songer en soy et • à se retirer de la cour ; car il avoit perdu son garant, qui estoit le roy mort. Et ne faut point j doubler qu'il fust este" en peine, sans que M. le , connectable et M. de Guyse s'en meslerent et firent l'accord ; car ledicl roy esloil bon prince et qui pardonnoil volontiers.
Yoylà pourquoy ce n'est pas tout que d'avoir 1 des commandement des roys , cl grands et de * conséquence , s'ils ne sont escrits et signés; car l'on s'en trouve mal à la fin.
Du temps de ce mesmes roy François, lorsqu'il fit les chevalliers à Poissy, il avoit mandé
les gouverneurs et grands capitaines et chevalliers de son royaume. Entr'autres y arriva M. de Montluc , lequel , comme libre qu'il estoit , et entrant et parleur . un soir devisant avec M. de Guyse et discourant des affaires de la France , luy vint dire que la principale cause dequoy elles alloienl mal et yroient encor pis , estoit l'ambition du roy de Navarre , qui portoit envie à M. de Guyse , à sa grandeur, et au total gouvernement du royaume qu'il avoit usurpé sur luy , qui luy appartenoit ; et que le roy de Navarre luy en avoit faicl ses plainctes, et que, sur ce, il estoit party de la main , et luy avoit respondu que, s'il s'en douloit, il falloit qu'un beau jour ils décidassent leur différends tous deux seuls avec une bonne espée; et qu'il s'assuroil que M. de Guyse ne l'en desdiroit. M. de Guyse, oyant ainsy parler M. de Montluc, luy dit froidement: «Montluc, « le roy de Navarre vous a-il donné charge de «me tenir de sa part ces propos, et si vous les «avez escrits et signés de luy ?» M. de Montluc, estonné, luy respondil que non, mais que de luy-mesmes il s'estoit advisé de cest expédient. «Ouy, Montluc, respondit M. de Guyse, il vous «semble que vous estes encor en vostre Picda mont , parmy vas gens de pied , avec vostre • charge de capitaine et maislre de camp, à «faire battre vos soldats et leur donner camp. tLc roy de Navarre cl moy ne sommes point i gibier pour vous. Je ne pense point avoir dif- « ferend avec luy , pour le moins qu'il me l'ayt « mandé ny escrit , ny qu'il se plaigne de moy. o Quand il m'en fera sçavoirdescs nouvelles, «je luy eu feray aussy sçavoir des miennes, a Nous nous cognoissons bien , il y a long «temps, et par autre que vous. » Qui fut estonné ? ce fut M. de Montluc, et la paroi le luy baissa bien , si non à belles excuses. J'esiois lors à la cour, et sceus le lendemain ce conte de bon Heu.
Voylà que c'est comme l'on doit bien adviser à porter parolle aux grands. J'alléguerais autres exemples , mais je serais trop long un peu en ma digression , que je pensois faire encor plus courte.
Ainsy, M. l'admirai de Brion devoil longue ment songer a ce que luy dit M. le cardinal. Les affaires du roy et les siennes n'en allèrent pas mieux ; car j'ay ouy dire que le roy fut très
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mal content de luy, et despuis ne luy monstra si grande faveur qu'auparavant.
Si bien que , quelque temps après , prenant pied sur quelques concussions qu'on luy rapporta avoir faict en son gouvernement de Bourgnngne , il le fit constituer prisonnier , et commanda luy Faire son procès et le juger sur la sellette, comme le plus vil prisonnier de la Tournelle. Mais le roy luy fit grâce et luy remit la vie. Dont et despuis le pauvre homme ne proffila de son corps ; car des lors son poux luy arresla et cessa tout à coup par telle véhémence de peur , qu'oneques puis il ne le peut reeouvrnr, ny jamais peust eslre trouvé par quelque grand et expert médecin qui fust. Et puis , au bout de quelque temps il mourut , ?yant laissé deux fort bonnes tes et vaillans enfans. L'un fut le comte de Charny, un fort honneste seigneur , et homme de bien et d'honneur , et qui s'est fort sagement comporté en son gouvernement de Bourgongne. estant faict lieutenant de roy après M. de Tavannes , et M. du May ne après luy.
Il fut aussy grand escuyer après M. de Boissy son beau-pere. Ce seigneur s'est fort bien comporté , et sagement, en toutes ses charges, et a tousjours acquis bonne réputation aux guerres ; si a bien M. de Brion son frère.