‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, abbé séculier de Brantôme et d'André vicomte de Bourdeille (volume 2)Chapitre 192 sur 361 · LE MARESCHAL DE MONTEJAN · texte numérisé non relu

LE MARESCHAL DE MONTEJAN

Ce mareschal de Montejan fut accomparé en son temps à M. de Lautreq sur sa présomption et sa gloire; laquelle fut telle, qu'estant en Piedmont lieutenant de roy, il fut si présomptueux de traicter avecques le marquis del

le gentilhomme, et en rit bien; et si en dit un mot après à la princesse, avec la réprimande, luy remonslrant que , pour espouse d'un prince, il ne falloit pas qu'elle usast de ces mois envers des gentilshommes de sa cour, où il y en avoit d'aussy bonne maison quelle , comme esloit cestuy là. qui avoit cest honneur d'appartenir à la feue reyne sa femme.

Gouast d'avoir enlr'eux des ambassadeurs : ce que voulut le marquis très volontiers ; et pour ce, luy envoya le seigneur de La Mole à Milan; et l'autre luy envoya à Turin le maisirede camp du lerze de Lombardie, An, acort et subi il Esnaignol , et de fort grande despense à tous allans et venans : où esiant logé chez le juge dcTurin,ceste entreprise fut traictée pour prendre la place, laquelle fut despuis descouverte ( Voyez les Mémoires de M. du Bellay) : et voylà le prof fiel de l'ambassade que vouloil avoir vers luy Montejan. S'il en eust peu faire autant pour ce subject sur Milan , enror cela fust esté bon : mais il ne le faisoit que pour vaine gloire, et pour contrefaire le roy. Ce que le roy François trouva fort sot . et oneques puis ne voulut permettre ces solterics de gloire sotte ; mesmes que le prince de Mclfc et le marcschal de Brissac , qui avoient pour lors les estendues de leur gouvernement plus grand deux fois que n'avoit Montejan, n'en eurent jamais. Cela louche un peu à la grandeur du roy, comme j ay ouy dire; cela est bon du grand, mais non aux vassaux et subjccls.

J'ay ouy dire que ce mareschal de Montejan avoit si bien dressé sa femme à la gloire, que, luy mort, et elle ayant espousé en secondes nopees le prince de La Roche-sur- Yon , estant venue nouvelle et mal raffinée à la cour , un jour, en la chambre de la reyne, ayant affaire d'un de ses gens , estant assise sur son tabouret

d'honneur, s'adressa à un gentilhomme des j bat , où il fut pris en vaillant homme de guerre galans de la cour , haut à la main , et d'aussy , ei homme d'honneur; dont le roy cuyda descs bonne maison qu'elle, mais ne le cognoissoit j porer< qu»à pappetit d'une indiscrétion, une pas; elle l'appella par deux fois : «Mon gentil- | chose si Djen faicte s'estoit rompue par si grand

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