ENCORE DE L'ADMIRAL D'ANNEBAUT
Pour sortir hors de ma disgression et tourner a M. d'Annebaut , il fut donné pour principal conseil à M. le Dauphin au siège de Perpignan; mais le mauvais temps et grands vents combattirent si fort nostre armée , qu'ils emportèrent avec eux nostre entreprise et nostre siège à tous les diables.
Ledict seigneur d'Annebaut fut fort aussy estimé à l'enviiaillement de Tberouanue , qu'il exrt ma très bien ; et, sans l'indiscrétion et l*inconsideration de la jeunesse de la cour qui esloit avecques luy, tout alloit très bien; laquelle, après avoir faict ce qu'il vouloit, elle, en se retirant, alla donner l allarme au camp de l'ennemy et à l'agasser, qui , sortant sur les nostres, fallut qu'ils se retirassent sur M. d'Annebaut, qui peu à peu bravement et sagement faisoit sa retraietc et fort heureusement : mais il luy fallut tourner teste et s'engager au coro-
« homme, je vous prie aller voir jusque* en la o salle s'il n'y a pas là un de mes gcniilshomo mes, et me le faictes venir. » Le gentilhomme, qui esloit haut à la main , que je nommerois bien , qui esloit feu mon oncle de \a Chastaigneraye, luy dit : «Mort Dieu ! quel mon gentilhomme appeliez- vous? Allez le chercher «ailleurs; car je ne suis vostre gentilhomme «ny ne le veuxestre, princesse croltée que
malheur, estant le principal but d'un bon capitaine de bien faire et parfaire son poinct qu'il a designé, sans tout à coup en entreprendre un autre, quand il en verrait tous les plus beaux jeux du monde , pour les inconveniens que l'on en a veu arriver, ainsy que cestuy cy donne bon exemple.
Sainct-Dizier pris, et qu'il fallut à M. le Dauphin commander à l'armée du roy pour faire
«vous estes. Allez faire vostre message vous- ; teste à l'empereur, le roy luy donna, pour eslrc
«mesmes1.» ... . . . ... .
Le roy François en sceut le conie , qui aymoit
1 Philippe de Montespedon, femme et retire de Charles de Bourbon, prince de La Rocbe-«ir-Yon ,dea-
i, Flamand de nauou,
Wart Je
et valet de chambre de Jean de France, duc de Berri. YA't mourut en «on hôtel, au faubourg Saint-Germain , le 12 avril 1578. La reine de Navarre, qui aimait cette daine, l'était venue voir malade. La mourante, à qui le fard et la parure de celle priacesae faUaieot de la peine, la pria de te retirer.
L'A L> Ml UAL D'ANNEBAUT
avec luy, M. l'admirai d'Annebaut, lequel avoit eu la place de M. l'admirai de Brion par sa mort ; car autrement jamais ne la voulut-il prendre, encor qu'il fust privé de ses estats par sa condcmnation. Et le roy voulut qu'il ne quittas! pas Testât de mareschal, d'autant que l'admirai ne tient point rang aux armées de terre comme les marcschaux , et le roy se vouloil servir de luy en terre plus qu'en la mer; et pour ce le donna a Monsieur1, et voulut qu'il fust son principal conseil , et qu'il commandast ri qu'il gouvernast tout en son absence.
Surquoy M. le Dauphin , qui a\oit aymé iiiiis.ours de son naturel M. le connestable, \nyanl qu'il le pourrait bien servir en un tel btsoing, envoya prier le roy qu'il luy pennist de l'envoyer quérir en sa maison , où il estoit retiré, et s'ayder de luy en une telle urgente nécessité , pour estre si grand capitaine : mais le roy, qui luy vouloit mal mortel , parla bien à luy, et luy manda avec une très grand collere s'il luy appartenoit choisir de soy d'autres capitaines que ceux qu'il luy avoit donnés, et que, luy estans donnés de sa main, il s'en debvoit conienter et les avoir très agréables ; et qu'il voyoit bien que c'estoient des traicls , ruses et menées dudict connestable; parquoy, qu'il n'en parlasl plus.
Je tiens ce conte de bon lieu , qu'est à noter que, quand on a pris une personne une fois en hayne et inimitié, on ne s'en veut plus ayder ny en recevoir plaisir, courtoisie et service, et y allasl il de la vie.
En fin , le roy vouloit bien que M. le connestable demeurasl quiète en sa maison et se donnast du bon temps, mais non qu'il mist plus le nez en ses affaires , comme tant qu'il vesquit après ne Ta faict ; aussy que jamais un rappelé ne fit beau faict , comme le disoit lors le roy. Et M. l'admirai d'Annebaut avoit la charge de tout , car le roy le tenoit pour un très homme de bien , d'honneur, et remply d'une bonne et sincère ame, qu'est une marchandi.se Fort rare parmy les gens de cour, ce disoil le roy. Mesmes â sa mort il rendit tel lesmoignage de ce seigneur, lors qu'il le recommanda au roy Henry, l'asscurant que c'estoit le plus homme de bien qui l'eust jamais servy, et que jamais, en toute sa faveur, il n'avoil faict tort à personne, ny
* Le Dauphin.
pillé, ny gaigné, comme beaucoup d'autres; mais tant s'en faut, qu'il s'y esloit appauvry, au contraire de tous les autres, car il estoit riche de soy et de sa femme, qui esloit une riche héritière de La Ilunaudayc et de Raitz. Et pour ce , le roy ordonna cent mille francs à , prendre sur la maison de la ville de Rouen , et luy commanda et conjura expressément , sur peine de désobéissance filiale , de les luy laisser et confirmer; et le pria de se servir de luy, car il le servirait très fidèlement et s'en trouverait bien.
Le roy Henry tint très bien l'un, mais nullement l'autre ; car M. le connestable venu , qui n'aymoit pas M. d'Annebaut, l'en garda ; et prit la charge du tout, et posséda son maisire.
Ce fut à ce bon seigneur à se retirer chez luy, ainsy que chacun a son tour, et faire la vie solitaire. Si est ce que le voyage d'Allemagne s'estant présenté, la rcyne demeurée régente s'ayda de luy, le cognoissant de grand service, et envoya quérir cet honnorable vieillard , qui mit sur pied une très belle armée , et l'emmena au devant du roy en s'en retournant; laquelle servit bien a raffraischir celle du roy, qui estoit fort allebrenée et mal menée, pour les grandes incommodités qu elle avoit paty ; et le retour du roy s'en rendit plus facile : dont le roy s'en contenta fort ; et un chacun , en despit de ses ennemis, ne se peut garder d'aymer et honnorer ce.st honnorable et vieux capitaine, qui estoit venu si a propos , et non poiut en secours de Pise.
Tels \icux capitaines, encor que leurs forces manquent , si font-ils pourtant quelquesfois un bon coup au besoing, comme fit ce bon vieillard en ce voyage, alors que, partant de là , ayant entendu que l'empereur alloit assiéger La Fere, s'y alla jetter dedans pour y attendre le siège , et se mit à la fortifier et la rendre forte, et telle que nous la voyons aujourd'hui-; et là il mourut en très belle et grande réputation1, ayant laissé après soy un fils très homme de bien et d'honneur et de valeur, comme luy, et qui , en tous les lieux où il s'est trouvé, a très bien et vaillamment servy son maisire, comme il fil à la batlaille deCeri-
« De maladie, fan t552 Son nom «oit Claude dAo-
Mlles; qui , à «on retour, quelque temps après , eut une compagnie de cinquante hommes d'armes, de ta moiclié de celle de M. de Boulières , el qui avoit quatre vingts hommes d'armes en la sienne.
Ledict sieur d'Annebaut navoit pas la façon de courtisan si ^allant comme plusieurs autres, ny la parolle, car il estoit un peu bègue; mais il esloil un très homme de bien, d honneur, de religion , el très brave aussy. Tout bègue est tel , à ce qu'ont tenu les anciens.
Il le monstra en Piedmoni devant Foussan , à une très bel c escarmouche, qui fut attaquée là devant parM. d'Amvilleet M. le vidasme de Chartres, et luy, qui, donnant jusques sur le bord du fossé, son cheval luy tumba et luy rompit une espaule. Les guerres civiles estant venues, il alla finir à la bat lai Ile de Dreux ses jours, aussy vaillamment et honnorablement comme il les avoit passés ; et vis M. de Guyse le louer fort , tout de mesroes comme je le viens de louer.