‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, abbé séculier de Brantôme et d'André vicomte de Bourdeille (volume 2)Chapitre 194 sur 361 · M. DR LA NUE A Y · texte numérisé non relu

M. DR LA NUE A Y

M. de tangesy, certes , a esté un grand , sage et très poliiicq capitaine : aussy avoit -il les deux, et l'espée et la plume, qui ayde fort à parfaire un grand capitaine ; encor que nous en avons veu force grands qui n'ont eu ny sçavoir ny demy, non pas mesmes qui «ça voient signer leurs noms, ainsy qu'il s'en treuve force en ce livre. Mais les sciences avec les armes, si elles ne servent, pour le moins ne nuisent : t esmoi ng ce grand et le non-pareil capitaine du monde, Jules Cœsar, qui avoit tant de sçavoir. Un beau discours se feroit bien là-dessus.

Le livre qu'a faict M. de Langeay de l'Art militaire le fait connoistre autrement capitaine que ne fait Machiavel, celuy qui en a escrit; qui est un grand abus de cest homme, qui ne sçavoit que c'estoit de guerre, en aller faire et composer un livre ; tout de mesmes comme si un philosophe alloit escrire un livre dédiasse, comme a faict de Fouillou.

Entre autres grands poincts de capitaine qu avoil M. de Langeay, c est qu'il despendoit fort en espions; ce qui est très requis en un

grand capitaine , comme je le tiens de bien grands, et l'ay veu practiquer : et estoit fort curieux de prendre langue et avoir advis de toutes parts, de sorte qu'ordinairement il en avoit de très bons et vrays, jusques à sçavoir des plus privés secrets de l'empereur et de ses généraux , voire de tous les princes de l'Europe; dont l'on s'en eslonnoitsi fort, que l'on pensoit qu'il eust un esprit familier qui leservist en cela: mais c'estoit son argent de sa bourec, et sa curiosité cl diligence, n'espargnant rien du sien quand il vouloit une fois quelque chose.

En quoy j'ay ouy conter à feu M. le cardinal du Bellay son frère, qui estoit un autre inaistre homme en tout, quelque prélat qu'il fust, que bien souvent mondict sieur de Langeay, luy estant en Piedmont , mandoit et envoyoil au roy adverlisseinent de ecquisefaisoit oudebvoit faire vers la Picardie ou Flandres; si que le roy, qui en estoit voisin et plus près, n'en sçavoit rien , el puis après , en venant sçavoir le via y, s'esbahissoit comment il pouvoit descouvrir ces secrets.

M. le marquis del Gouast , pensant jouer son jeu fort à couvert du meurtre de Cœsar Fregouse et Rincoo , fut aussy tost descouvert par luy : et, s'il l'eust bien cogneu, il ne debvoil pas faire le coup si près de luy. J'en ay parlé ailleurs, pourdire qu'il mourut non trop vieux, et debvoit encor vivre. Il eust bien servy la France en tout, et luy eust donné de très bons et sages enseiguemens. M. Joachim du Bellay, pocic françois et latin , fit son lumbeau de luy en deux vers seulement :

Hic sitns est Langaus. l'ttrà nit quœre, viator, m metius dia , nit pot uit brtviu».

C est-à-dire :

. ra»unt, k-y gîtl le teigneur de Ungtay. Putn outre, ri

• ne Tout roquerez d.itantage; cjt rien de plu» grand ne 1e

• peut dire, ny rkn auuy de plu* bricr.»

Ceste louange si briefve porte bien autant de coup en ce seigneur qu'une longue prolixité de paroi les en d'autres.

Il y en a un autre qui dit :

Cy niât Langeay, qui de plume et d*etpé A Mimante Cicéron et Pompée.

Sa sépulture se voit fort superbe et magni

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