‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, abbé séculier de Brantôme et d'André vicomte de Bourdeille (volume 2)Chapitre 203 sur 361 · DE SANCERRE · texte numérisé non relu

DE SANCERRE

«de La Chemiere et viscomte de La Rivière et «Hieronimo Marino, ont esté , en compaignie «dudict sieur visce-roy, devers l'empereur; aux- «quels Sa Majesté Impériale a dict de sa bou- «che qu'il advouoit et confirmoit tout ce qu'ils «avoient traicté avec le visce-roy, et promis que « le tout s'observeroit entièrement. Faict comme a dessus.

■ Ceux que le comte de Sancerre donna pour « ostages au visce-roy , sont : M. de La Roche- «Baron; M. d Esternay ; M. de Cantron , Ais de «M. de Longoeval ; le porte enseigne et le ma- «reschal des logis de M. d'Orléans. »

Voylà la capitulation , que je n'ay changé de nul mot, en laquelle deux choses j'y ay notté , dont de l'une je m'estonne : que dom Ferdinand de Gonzague , qui avoit esté visceroy en Sicille , et ne l'esloit alors de ce siège (car il estoit là tout le conseil de l'empereur et son lieutenant gênerai ) , il rctenoil encor le nom et portoit le titre de visce-roy de Sicille, veu qu'il est à présumer que l'empereur l'ayant tiré de la , qu'il y en eut commis un autre en sa place, ainsy qu'estoit sa coustume et du roy son fils d aujourd huy, et mesmes que le conseil d'Espaigne l'en avoit débouté, pour les rigueurs sévères qu'il usa envers les soldats espaignols a mutinés.

L'autre chose qui m'estonne , de quoy Hieronimo Marino. que nous avons ainsy nommé , et encor despuis veu grand et bon ingénieur, et qui a bien servy aux guerres du roy Henry, fut recru à conférer ceste capitulation avecques son lieutenant gênerai , puis que l'empereur n'avoit rien qu'il eust plus en haynect horreur qu'un est ranger reffugié au service d'un autre prince , fust ou de ses terres ou de l'empire ; car toute l'Italie la pretendoit-il de son empire, voire Rome et les terres du pape, a cause du titre d'empereur des Romains; tant il estoit présomptueux ! D'un François cela estoit bon , car il n'avoit nulle juridiction sur luy comme sur l'Italien. Et m'estonne comment ledict Hieronimo s'y hasarda , et que l'empereur ne luy fit trencher la teste , comme il y pouvoit avoir de la couleur, et comme il en avoit faict à d'autres.

11 est question maintenant de parler de nostre grand roy Henry IL

Lorsque ce grand roy vint à la couronne, il s'y trouva fort heureux ; car son royaume estoit paisible, franc de toute guerre avec l'empereur. Pour quant au roy anglois , il ne s'en donnoit trop de peine, pourestrefoibleennemy auprès de l'empereur.

Il trouva force finances dans le trésor du Louvre , qu'on estimoit â trois ou quatre millions, sans le revenu de Tannée qu'il voyoit venir devant luy, et hors de toutes debtes. Le roy son père luy laissa toute ceste belle succession : belle se peut-elle dire quand on la laisse point brouillée d'affaires ny de guerres, ny chargée de debtes; en quoy on doibt faire grand cas de la sagesse et belle conduicle de ce grand roy François , et qu'il ne brouiiloit son bien comme on le taxoit , en donnant deamesurement aux dames qu'il aymoit. Certes, il les aymoit, comme jay dict cy-devant; car il vaut mieux les aymer, puisque nous sommes humains, que de tomber en plus grand et énorme vice; mais de se laisser aller par trop à elles pour en perdre le sens, l'esprit , la vie et l'honneur, Testât et le bien, cela est reprehensible. Et si , despuis le temps de nos grands pères, ayeuset pères, ne s'est-il guieres veu de nos roys ny d'autres grands qui n'ayent aymé les dames, les uns moins, les autres plus; car malaysemeot, quand Ton s'approche de beaux et grands feus par trop, ne se peuton garder qu'on ne se brusle.

Sans aller rechercher ces roys plus haut ny plus loing, Pbilippesde Valois, fort vieux et cassé, ayma et espousa Blanche d'Evreux, qui n'avoit que dix sept ans, mais pourtant la plus belle princesse de son temps, qui luy advança ses jours, comme s'il n'estoit assez vieux penard pour mourir bien tost , sans prendre ce subject.

Ce généreux et vaillant roy Jehan tourna pour la seconde fois en Anglctterre , plus pour y servir sa maistresse, qu'il avoit là faicte en sa prison, que plus grand subject de sa rançon,

NOS CAPITAINES FRANÇOIS

ny pour s'acquitter de sa promesse; car V y avoit bien autre remède que son retour.

Le roy Charles V, son fils, qui porta le litre de Sage , espousa sa femme de la maison de Bourbon , pour sou plaisir et pour sa beauté, et laissa Tberitiere de Flandres, toute pleine de grands biens et richesses, et la donna à son dernier frère Philippe le Hardy ; en quoy on dit qu'il perdit là le nom de Sage, et qu'il fut là trop aymant la beauté.

Le roy Charles VI ayma la jeune duchesse de Berry, qui le couvrit et le cacha et garantit, de sa cotte et robbe, du feu, à la masqua rade «aies Sauvages de Nesle. Il ayma fort aussy madame Valantine sa cousine, ce qui fut cause de sa grand maladie et la perte de son sens.

Charles VU ayma si esperdument la belle Agncz, qu'il en oublia tous les affaires de son royaume; mais après il recognut sa faute, et les resprit en sa main et son Estât : de sorte qu'il mourut en renom de Fortuné et Victorieux.

Ce bon rompu le roy Louys XI ayma aussy, mais cesloit indifféremment toutes femmes; et planta là sa femme en un chasteau d'Amboise, vivant non en reyne , mais en simple damoiselle. Mais pourtant , quoy qu'il aymast, il n'en laissa jamais ses affaires descousues; mais les cousu t si bien, qu'il n'y a cousturier en France qui les eust mieux cousues. Aussy ay-je ouy et veu practiquer que l'amour d'une seule coiffe plus un amant, que de plusieurs autres : et c'est un des principaux remèdes de l'amour que de s'addonner à plusieurs, et ne s'engager jamais au giron d'une seulle; car elle vous manie comme elle veut, et le changement vous donne guerison des tourmens, maux, peines et jalousies, qu'une seulle maistresse donne, ainsy qu'un clou chasse l'autre. Et voyla pourquoy ce bon rompu ne se coiffoit d'une seule coiffe ou béguin , mais en empruntait, qui deçà, qui delà, comme on faict aux bostelleryes et autres maisons, quand on ne porte de bonnet de nuict , ny de coiffe , ny de couvre-chef; il faut prendre ce que Ton peut pour couvrir la teste, qui veut , et qui en a besoing : aussy s'en trouva-il bien tout le long de son règne.

Le roy Charles VIII, pour aymer trop les dames et leur complaire en festes et tournois A

Naples, à Lion et ea France, en perdit son royaume de Naples, et la vie, et tout bien tost après, pour s'y eslre par trop addonné en sa debille complexion et fbible habitude.

Le roy Louys XII ayma fort : aussy ne fut-il esté fils de son grand pere Louys , duquel il portoit le nom, qui estoit extrêmement paillard, ce qui luy cousta la mort Il laissa sa première femme pour espouser Anne, très-riche verve et irès-belle; et puis ceste belle Marie d'Angleterre , qui fut cause de sa mort , pour l'embrasser trop souvent; et outre ce, en ayma d'autres à part, et mesmcsune grande dame mariée alors, comme j'ay ouy dire à une ancienne dame. Tout cela est bon quand on ayme sans le détriment de sa personne cl de son Estât , comme un qui s'enyvre de son vin.

Le roy François ayma fort aussy, et trop; car, estant jeune et libre, sans différence il embrassoit qui Tune, qui l'autre, comme de ce temps il n'estoit pas galant qui ne fust putassier par-tout indifféremment : dont il en prit la grand verolle, qui luy advança ses jours. Et ne mourut guicres vieux ; car il n'avoit que cinquante trois ans , ce qui n'estoit rien : et luy, après s'estre veu escbaudé et mal mené de ce mal, ad visa que, s'il continuoil cest amour vagabond, qu'il serait encor pis; et, comme sage du passé, advisa à faire l'amour bien galantement. Dont pour ce institua sa belle cour fréquentée de si belles et honnesies princesses, grandes dames et damoiscllcs, dont ne fît faute que pour se garantir de vilains maux, et ne souiller plus son corps des ordures passées; s'accommoda et s'appropria d'un autour point sallaut, mais gentil, net et pur.

Kl pour sa principalle dame et maistresse il prit, après qu'il fut venu de prison, madamoisclle dHelly, que madame la régente avoit prise, et le roy ne l'avoit point encor veue •ju'à l'enircveue de madicle dame sa merc; il la irouva très-belle et à son gré. Despuis il la fit duchesse d'Estampes , et la maria avec M. de Point ievre, et luy fitde grands dons et biens ; mais il ne s'y arresta pas tant qu'il n'en aymast d'autres; mais celle-là estoit son principal boucon : non plus qu'elle ne luy tint pas autrement de grande fidélité , ainsy qu'est le naturel des

< LouU, duc d'tkiéaof , tué à la porte Barbette.

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