‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, abbé séculier de Brantôme et d'André vicomte de Bourdeille (volume 2)Chapitre 209 sur 361 · LE CHANCELLIER · texte numérisé non relu

LE CHANCELLIER

Aossy estoit-il si parfaict en lettres humaines, qu'il sçavoit bien user d'humanité envers ceux qu'il falloit et cognoissoit en esire dignes; et ainsy ces belles lettres humaines luy raballoient beaucoup de sa rigueur de justice.

Il estoit grand orateur et fort disert , grand historien, et sur-tout très-divin poète latin, comme plusieurs de ses œuvres l'ont manifesté tel.

Plcust-il à Dieu nous fust-il encor en vie, et ce grand M. le connestable, pour nous servir de tels ccascurs comme nous en avons bien besoing, qui ont esté autres certes qu'un Caton, le censeur romain, qui trou voit à redire partout , qui censurait et vouloit reformer tout , se fondant plus en une certaine opiniastreté et une inorgue austère et dure reprehension , qu'en une modeste et gentille reformalion et censeure, de laquelle se sont aydé M. le connectable et M. le rhancellier en leur temps, qui estoient sages et de nature et de pratiques, point sévères, si non que bien à propos, équitables quand il falloit, non point ehagrineux et rebarbera tifs, oy séparés des douces conversations , entendans les raisons, ny bizarres ny fantastiques comme estoit ce Caton , qui, par ses mœurs ainsy farouches et parolles barbares, ne fust esté bon pour nous autres François, ainsy qu'ont esté ces deux grands personnages, que plusieurs années et longues expériences a voient façonnés , et non comme aucuns d'aujourd'hui qui les veulent imiter, qui ne sont esté faicts que du midy jusques au soir. Ce M. le chancellier fut pourtant hay de plusieurs, et tout pour estre politicq et tempéré plus que passionné.

Il me souvient que , quand M. le cardinal de Lorraine vint du concile de Trente à Fontainebleau, il voulut fort exorter le roy et la reyne de le faire publier ; et cela fut fort debattu au conseil devant Leurs Majestés. M. le chancellier en prit fort et ferme la paroi le, et s'y opposa du tout , alléguant qu'il estoit du tout contre les droicls et privilèges de l'Eglise gallicane , et qu'il n'estoit raison de les laisser perdre aucunement, ains les maintenir jusqu'à la dernière goutte du sang de tous les François ; et que par trop légèrement les roy s passés en avoient laissé perdre un qu'ils n'eussent deu jamais avoir quitté, qu'estok celoy qu'ils i

Page 1