DE I/HOSPITAL
«Martinangue, qui est la seigneurie des Veni- i «tiens , et de là à Padoue, où de toute antiquité des estudes de droict fieurissoieni ; auquel lieu ■ayant demeuré six ans, mon pere m appel la à «Bouloigne et à Rome , où l'empereur Charles «estoit allé pour se faire couronner roy des « Romains , à la suite duquel mon pere estoit «après la mort du duc de Bourbon.
« De Bouloigne il vint à Rome, puis à Mar- «seillc, où le pape Clément el le roy François ■estoient assemblés : là se firent les nopees de «Catherine de Medicis, de la famille du pape «Clément, de la part de son frère, avecques «Henry, (ils du roy François
«Alors, estant à Rome, je fus tant honnoré
■ que d'avoir une place des juges qu'on nomme « les auditeurs de la rothe : de laquelle m'estant «deffaict par l'advis de mon pere, à cause des « promesses que luy faisoit le cardinal de Gram-
■ mont de m'advancer au pays à plus grands
■ estais , je fus frustré en mesme temps de l'cs- «perance que j'avois d'une part et d'autre; car «l'estat d'auditeur fut donné à un autre; et a estant demeuré en arrière par la mort du «cardinal de Granfmont , qui m'avoit faict re- « venir en mon pays soubs ceste espérance, je « me mis à suivre le palais, où , ayant demeuré «trois ans, je pris à femme Marie Morin , fille «du lieutenant criminel Morin, qui eut pour «douaire un estât de conseiller au parlement ; «lequel ayant exercé environ neuf ans, je fus «envoyé pour ambassade à Bouloigne par le «roy Henry, auquel lieu le conseil universel de «tous les evesques avoit esléjestably et publié « pour reformer la religion : auquel lieu ayant «faict séjour de seize mois entiers, je trou vay. «au lieu d'eslre recompensé de Testât que j'es- «perois, de grandes picques et altercations a entre les princes et grands seigneurs qui es- «toient pris la personne du roy; car, comme «on dit vulgairement : la vertu rencontre «beaucoup d'embusches et empeschemens à sa « naissance.
«Cependant Marguerite, sœur du roy Henry, « et princesse très-vertueuse, me receut , n'estant • pas seulement contente de m'avoir sauvé du «danger, mais me donna un estât de souveraine «authorité en sa maison , et de grands moyens «envers le prince. Par sa bonté et faveur, bien- «tost après, ordonné chef et surintendant des
MANTOM. I.
«finances du roy en sa chambre des comptes, «et esleu du privé conseil après la mort du roy « Henry ; et despuis fus choisy pour conduire «madame Marguerite, sœur du roy, ma raais- « tresse, en la maison de son mary nommé «Philibert. \à je fis tout debvoir, estant près de « la personne de ma maistresse très-illustre, qui ■ estoit griefvement malade.
«En ces entrefaictes. arriva un courier en «grande diligence de la part du roy François, «qui m'appella pour estre chancellier, qui est le «premier et seul estât de gens de robe longue, «vaquant par la mort de très-noble personnage «François Ollivier.
« J'arrivay à la cour fort troublée et esmeue «d'un grand bruict de guerre, incontinant «après le tumulte d'Amboise, qui ne fut pas « tant de soy dangereux que pour le remue- « ment des partiaux qui bientost après s'en- « suivit.
a Alors j'eus affaire à ces personnages non «moins audacieux que puissans , voire qui «aymoient mieux ordonner les choses par a violence que par conseil et raison ; dont pour - «roit donner lion tesmoignage h reyue mere «du roy, laquelle fut lors reduicte en tel estât «qu elle fut presque deboutlée de toute l'admi- «nistration du royaume; à raison dequoy se «complaignant souvent à moy, je ne luy pou- « vois autre chose proposer devant les yeux que «lauihorilé de Sa Majesté, de laquelle, si elle «se vouloit dextremeut servir, elle pourrait «ay sèment rabattre et affoiblir l'ambition el a cupidité de ses adversaires.
«Advint que le roy Charles succéda au «royaume par la mort du roy François, son «frère aisné. Le party de ceux qui pouvoieni le a plus du temps du roy François fut affaibly, «et la puissance de la reyne mere du tout aug- « menlée : et néanmoins , pour tout cela l'envie «ne se cessa point, car le roy de Navarre, « induict par faute opinion , tirait à soy toute la « puissance de commander, s'usurpant le nom «de tuteur du jeune roy, selon les loix des «Gaulois. Au contraire, la reyne mere se def «fendoit par mesmes loix et couslumes, ad- « joustant à ce les exemples auxquels on avoit «donné lieu el authorité en semblables ma- «tieres.
«Ce débat estant rapporté aux estais du
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a royaume, et icetu iiiiluicis ou par équité (car ■ qui est plus équitable (pje de donner la charge «et tutelle du fils à la uicre estaus donc iceux oinduicts ou par équité, ou nosire continuelle «poursuitte, donnèrent à la reyuc merc la «charge et tutelle du roy et de ses biens, luy «associant pour ayde et conseil te roy de o Navarre.
« Il nous sembloit par ce moyeu avoir rcuny «les cœurs des princes , et aucunement reslably «en tout le royaume un vray repos et tranquilalité. Mais la faction et ligue qui avoit manié «les affaires du temps du règne du roy François, ne pouvoit endurer que d'autres manias- «sent les affaires. Partant , ils susciloient le roy «de Navarre et les autres seigneurs de la cour «(lesquels se complaignoicnt que leur puissance «et authorité estoit diminuée par l'aulhorité a d'une seule mere) à prendre les armes soubs «prétexte de religion.
«Or, ce n'est pas icy le lieu ny nosire inlen- «tion de dire comment ces choses ont esté ira- «mées et conduictes, et quelles issues elles «ont eues. Je puis seulement asseurer que, «jaçoit que les armes ayent esté prises par a quatre ou cinq fois, j'ay lousjours conseillé et «persuadé la paix, estimant qu'il n'y avoit rien «si dangereux en un pays qu'une guerre civille, «ny plus proffictable qu'une paix, à quelque «condition que ce fusi.
«De là , tous se priudrenl presque à se moc- «quer de moy, qui ne demandoient que nou- « veaux changemens d'affaires, et qui disoient « haut et clair que ceste guerre se pouvoit mettre «à fin sans difficulté.
«Pour cela ils incitèrent contre moy toute la «noblesse, les princes, magistrats cl juges , « lenans conseil de la guerre et de la paix en « particulier, non en public ; ce qui ne se pouvoit «faire sans en demander fadvis et conseil du « chancellicr, ou autrement le debvoieni eux exe- «culer d'eux mesmes, sans en demander con- «seil à aulruy, ou bien en attendre l'advis des «parlemens , qui sont souvent juges des affaires «qui se présentent.
«Ainsy, nous avons presque perdu fe roy et «le royaume, toutes choses estans changées à cla ruine de la patrie. Et, non contens de faire «combattre les forces du pays les unes contre I « les autres , firent approcher jusques au cœur 1
« du royaume des estrangers de diverses parties a de l'Espaigne, Italie et Allemaigne.
«Helas! nous avons veu, ce que je Depuis « presque dire sans larmes et sans gemissemens, «que les soldats estrangers se jouoient de uous, « de nos corps et de nos biens, quand ceux qui le» a debvoieni empescher les premiers eoestoieol «eux-mesmes lesautheurs et conducteurs , et «qui trouvoient bons tous les maux et meschan- « celés qui se commetloient en la France.
«Quant à moy, voyant que mon labeur n'esa toit agréable au roy ny à la reyne, et que le «roy estoit tellement pressé qu'il n'avuit plus «de puissance, voire qu'il n'osoit dire ce qu'il «en pensoit , j'advisay qu'il me serait par trop «plus expédient de céder volontairement àU «nécessité de la republique et aux nouveaux «gouverneurs, que le débattre avecques eux , «avecques lesquels je ne pou vois plus demeurer.
t Je fis place aux armes, lesquelles estoieut les « plus fortes, et me retiray aux champs avecques «ma femme, famille et petits enfans, priaut «le roy et la reyne, à mon parlement , de ceste a seule chose, que, puisqu'ils avoienl arrestede « rompre la paix et de poursuivre par guerre ceux «avecques lesquels peu auparadvanl ils avoienl «traiclé la paix, et qu'ils me reculoient de la « cour pour ce qu'ils avoienl entendu que j'eslois «contraire et mal content de leur entreprise; «je les priai , dis-je, s'ils n'acquiesçoient à mou «conseil, à tout le moins, quelque temps après « qu'ils auraient saoulé et rassasié leur cœur et « leur soif du sang de leurs subjects, qu'ils cm «brassasseut la première occasion de paix qui «s'offrirait, devant que la chose fust reduicte à «uue exlresme ruine; car quelque chose que « couvoit ceste guerre , elle ne pouvoit eslre que « très-pernicieuse au roy et au royaume.
«Ayant faict ceste remonstrance avant qur « partir de la cour en vain, je m'en allay avecqut* aune grandissime tristesse de quoy le jeune roy « m avoit esté ravy et ses frères , en tel aagt* ci o temps auquel ils avoient plus affaire de nosu* « gouvernement et ayde; auxquels sî je n'ay ptu «assister ny d'ayde ny de conseil si loog-iem|* «que j'eusse bien voulu, j'en appelle Dieu à atesmoing, et tous les anges et les homme*, «que ce n'a pas esté ma faute, et que je n'ay a eu jamais rien si cher que le bien et salut do «roy et de ma patrie : et eu ce me sentant