M. LE MARQUIS DE VILLARS
L'autre frère de M. le comte de Tande fut M. le marquis de Villars, qui a esté un bon et sage seigneur et capitaine, et qui tousjours a bien faict où il s'est trouvé. Il fut pris dans le
chasteau de Hedin,où il s'estoit allé jettcr pour son plaisir, là où il fit bien. Il fut pris aussy à la battaille de Sainct-Quentin , et blessé. Il eut le gouvernement de Guyenne, et s'en acquitta très-bien.
Il y érigea, et meemes à Bourdcaux, quelque certaine confrairic contre les huguenots, laquelle la reyne , venant en Guyenne mener sa fille au roy de Navarre, rabroua fort et la renversa du tout. J'en parle en sa vie. Mais M. le marquis de Villars estoit mort, et M. le mareschal de Biron y commandoit. Toutesfois, despuis l'érection qu'en fil mondict sieur le marquis, avoit duré jusque» alors. Et me soutient que la reyne dit à celuy qui luy porta la parolle de la part de la confrairic : « Non , non , « le roy et moy voulons qu'elle soit abbattue, et « qu'on n'en parle plus. Si M. le marquis de Vil- «lars,quien a esté le premier instituteur de «par vous autres, estoit vivant à ceste heure, « il la vous ferait tout aussy lost abbattre comme a vous l'avez dressée, tant il estoit bon seni- «leur du roy et obeyssant à ses volontés.» Ce fut alors que ces coufraircs , voyant la reyne en parler si bravement (comme je vis et eslois lors fort près d'elle), cessèrent et annulèrent leur belle confrairie , cl luy firent rompre le col.
M D'ESSK.
Parlons d'autres capitaines. Feu M. d'Esse l'a esté très-bon, sage, brave et vaillant. Il fut advancé par M. le connectable , a cause de sa valeur et vertu, et les roys ses maistres le connurent et s'en sceurent bien servir. Il fut en son temps fort bon gendarme et gentil cheval léger. Le roy François disoit souvent : «Nous sommes quatre gentilshommes de la «Guyenne qui combattrons en lice et courrons « la bague coulre tous allans et venans de la «France : moy, Sansac, d'Esse et Chasialgne- « raye. » Il fut lieutenant du roy dans tandrecy avecques le capitaine La Lande, un vieux brave advanturier de guerre : tous deux soustindreni bravement le siège que l'empereur mit devant avecques de très-grandes forces, Uni d'Espai-
AISDS CAPITAINES FRANÇOIS.
gne, d'Italie, de Flandres, d'Allemaigne et d'Angleterre, le roy d'Angleterre et luy s'estans refaicts amys et grands confédérés.
I édicté ville de ce temps-là n'avoit garde d'estre forte comme elle a esté despuis, car on la disoit n'eslre faietc que de bouc et de crachat : de tels mois usoit-on pour monstrer sa faiblesse. Le siège en fut long; et, nonobstant j les assauts, fatigues, veilles, faim et autres in- ! commodités qu'ils y endurèrent, si faisoient-iis ordinairement de fort belles sorties sur l'cnnemy, dont ils n'en rappurtoient pas tousjours 1 du pire; et encor luy enlevèrent -ils une pièce qu'ils firent rouler dans le fossé. Après force beaux exploicts faicls , le roy François le vint avitaillerà la barbe de l'empereur; qui fut uoe faction très-remarquable, tant de l'envitaillement que de la relraicle : ce qui fut cause que l'empereur en leva le siège.
Ces deux capitaines, et tous deux bons compaignons, furent au partir delà fort estimés et renommés. Il ne faut que peu ou prou pour s'advancer en guerre, quand la fortune veut dire; car, si elle contrarie, l'on aurait beau à manger des charrettes ferrées, ou faire autant d'armes que firent jamais les anciens paladins, ou les doze pares de la fama (ainsy les appellent les Espaignols , qui est un très-beau los que de les appel 1er par ce seul et beau nom des douze ftairs de la renommée), ils y perdent leur temps et leur labeur.
Voylà comment donc ces deux compaignons deffenseurs de Landrecy furent favorisés de la fortune. Tous deux furent fort estimés et fort loués des pays estrangers et de la France, tous deux bien venus à la cour, comme j'ay ouy dire à ceux qui estoient lors, cl tous deux fort bien receus et embrassés de leur roy el récompensés.
M. d'Esse fut faict gentilhomme de la cham bre; qui estoit un grand el honnorable estât pour lors, bien plus qu'aujourd'huy deux fois; et estoienl gagés de douze cens francs , servans six mois seulement.
Le capitaine La tandc fut faict maislre- ! d'hostel du roy; bel estai pour lors, et plus qu'aujourd'huy : estoient gagés de six cens francs, servans aussy six iiiois.
Lors qu'ils prindrent possession de leurs estais, on disoil de M. d'Esse : qu'il estoit plus