HAL DR COSSÉ
I de Gonnort ; car on i appel loi t ainsy devant qu'il fust mareschal. Le vers est tel :
Nam nec habet famulum, régnât cum cantine turpi. Cest-à-dirc :
1 Françoise Boucbet, daine de Puy-Greffier, femme d'Anus de Cotsé, maréchal de France. Le conte qui suit est de l'année 15«7.
L'allusion fait sur Garnavallet en disant, nam nec habet famulum , el de Gonnort, par cardine turpi. C'est une allusion bien sentant son rebus de Picardie l
A m près ceste intendance des finances , il fut faict mareschal de France. Pour sa première curée il fut donné par la reyne pour conseil principal à Monsieur, frerc du roy , son lieutenant gênerai, au voyage de Lorraine, où ledict mareschal fut fort blasmé de quoy on ne donna la battailleaux huguenots à Nostre-Dame de l'Espioe en Cbampaigne , car on en eust eu très-bon marché, comme gens qui se reliraient en grands desordres et longues traictes ; mais là, les ayant attainls, on leur donna temps et loysir de s'esloigner et tirer de longue, pa un séjour de deux jours que l'on fit mal à propos sur la maladie dudict mareschal, qu'aucuns disoient apostée, autres à bon escient. Tant y a que l'occasion s'eschappa belle sur ces bandes huguenotlcs, tant pour leurs relraictes que parce qu'elles estoient foybles, et celles du roy belles et fortes, et augmentées des forces de Guyenne de beaucoup, que M. de Terride avoit menées , montans à douze cens chevaux , tant gens -d'armes que chevaux-legers , et huict mille hommes de pied que nous estions arrivés tous frais , victorieux des Irouppes de Poncenat, qui avoit cinq cens chevaux et plus de cinq mille hommes de pied . que nous desfismes en Auvergne souhs la conduicte de ce brave et vaillant M. de Monlsallez, le jeune Tilladet. maistre de camp des légionnaires de Gascon gne , fort brave et vaillant capitaine , qui nous menoit , et n'estions pour lors que irais cen. chevaux et autant d'harquebusiers à cheval , à cause de trois grandes journées qu'il nous fallut faire pour aller à eux eu ces aspres mon-
1 Brantôme a bien raison : car, pour trouver quelque ombre de «en» a ce cardine turpi , il faut le traduire par gond ont, mauvais rapport à Gonnort. Quant a nam nec habet famulum, renJu par car n'a valet, autre mauvais rapport à Carnavalet.
taignes d'Auvergne, et laissasmes le gros derrière : où je ne sçay à quoy tint que nous ne donuasmes ceste battaille à Nostre-Dame de l'&pine; mais j'en vis, ce jour que Ion faillit ce coup, M. de Nemours bien en collere, car il menoit en ce voyage l'advanl garde avecques M. de Moulpencier, et le comte de Brissac avecques son infanterie , à qui ne tint que son oncle ne combatlist , car il avoit desjà commancé à deffaire quelques gens dans un village.
Pour excuse dudict M. le mareschal , Ion disoit qu'il avoit commandement de la rcyne de n'hasarder point la battaille ; sur-tout craignant qu'il n'en mesadvinsl a Monsieur , son mieux aymé fil* , qui , jeune et tcndrelet , ne faisoit que venir à une si grande et grosse charge , dangereuse trop pour luy en un grand choc de battaille.
Voylà comment en fut l'excuse dudict mareschal, lequel, cinq mois après, ne se voulant ayder d'aucunes excuses, fut commandé d'aller en Picardye lieutenant de roy, et desfaire le sieur de Coqueville, qui avoit assemblé près de douze cens harquebusiers françois congédiés à cause de la paix de Chartres, qui estoient des bons, et quelques chevaux. Nous desfismes tout cela en un rien , et forcasmes Sainct- Valéry, où ils s'estoient retirés, avecques peu de perte des nostres ; car nous n'y perdismesque le capitaine Gouas, le second des trois frères; qui fut dommage, car il estoit un ires-brave et vaillant gentilhomme : il a son fils, aussy brave et vaillant, qui est aujourd'huy en Provence, gouverneur d'Amibes soubs M. d'Espernon.
Ces trouppes desfaictes , qui vouloient aller en Flandres contre le duc d'Albe,ou, pour mieux dire, pour remuer encor cri France avecques le prince d'Orange, qui vcnoitd'Allemaigne avecques une grosse armée, le capitaine Coqueville fut pris et mené à Paris , où il eut la teste tranchée, ayant parlé plus qu'on n'eust voulu du costé des principaux chefs des huguenots.
Ce prince d'Orange donques, venant en Flandres avecques une grosse armée, ce grand duc d'Albe alla au devant de luy, et la rendit par sa sagesse si inutile a celuy qui l'avoil menée à rencontre, qu'elle ne luy servit de rien ; et elle voulant venir tumber sur nos bras , le mareschal de Cossé, encor en Picard} e, y pourveut si bien qu'elle ne nous peut nuyre; fallut qu'elle s'en
NOS CAPITAINES FRANÇOIS
retournas! encor en Allemaignc , comme eHe estoit veneue, sans aucuns effects, ayant accueilly le* seigneurs de Mouy, deGenlis,d'Antricourt , et autres gentilshommes françois de la religion , montant à cinq ou six cens chevaux, et quelque douze cens harquebusiers des bons, tous de la religion , qui n'avoient peu se joindre avecques messieurs les princes et admirai lorsqu'ils viudrent en Guyenne, et demeurèrent tous jours en Aliemaigne, vivans de gré à gré, qui est à noter, à ce que me dirent aucuns d'eux despuis, jusqu'à ce que le duc des Deux Ponts emmena son armée en Guyenne , où estoit aussy le prince d'Orange, non en grand chef de charge, mais en privé, luy et le comte Ludovic. Le mareschal de Cossé eut grand honneur, pour ce coup, d'avoir ainsy deslourné cest orage de l'armée de ce prince d'Orange , voulant tumber en Pi cardie, et aussy qu'il osta (j'y estois] le sieur de Bouchavanes , de Dourlans , lieutenant de M. le prince, dont il estoit gouverneur, et brave gentilhomme; il n'y avoit en Picardye autre espine que celle la qui peust picquer pour b huguenots contre les catholiques.
Tous ces exploicts fit ce mareschal fort heureusement et avec ;ues peu de trouppes, qui » toient les corn; .gnies des garnisons de la, ou il fit sortir ; dont la mienne, qui estoit dans Peroune, en estoit une ; et parce qu'elle estoit asseï bonne et belle, il la prit pour sa garde.
Les battailles par amprèa de Jarnac, Montcontour et d'Aîné le Duc s'ensuivirent, oè ledict mareschal acquit beaucoup de réputation , tant pour sa valeur que pour sa conduire et conseil ; mais M. de Tavannes faisoit le des sus au siège de La Rochelle. Lorsque M. le comte de Monlgoumery y mena le secours d'Angleterre, mondict sieur mareschal luy seul fut la principalle cause de quoy il n'y entra; car ce fut luy qui conseilla et ordonna de mener les pièces de canon snr le bord de la mer, dont il y en eut une qui donna si a propos un coup dans l'admirai , où estoit ledict sieur comte , qu'il le perça tellement qu'il failli! s'enfoncer, sans que quasy tous ceux du navire y accoururent et s'y amusèrent ; tellement qoti sur ceste allarme et empeschement, la marée vint à faillir, et furent contraincts de tournera main droietc et aller mouiller l'ancre à une demye lieue de là , cl faire bonne mine UMtt I*
M. LE MARE3C
reste de ce jour et tout le lendemain , mais non sans cslre sallués de nos gallcres, qui les allèrent escarmoucher et appeler au combat; mais n'en voulans taster, levèrent l'ancre le lendemain et reprindrent leur mesme roule d'où ils estoienl venus. Ceux qui csloient dedans du despuis dirent que sans ce coup, pour le seur, l'admirai et tous les autres vaisseaux entraient dedans , ainsy qu'à veoir leur brave contenance et furie alliere à leur venir le pouvoit-on bien conjecturer. Que s'ils y fussent entrés, c'estoil une grande honte pour nous ; car il nous cust fallu, ou lever le siège, comme desjà aucuns en murmuraient, ou, nous y opiniastrans , nous y eussions perdu deux fois plus d'hommes que nous n'y perdismes, encor que de bon compte faici nous y perdismes vingt deux mille ames , dont il y avoit deux cens soixante six capitaines, lieutenans, enseignes et maistres de camp.
J'ay veu que j'en avois le roolle , qu'un soldat d'esprit par nos bandes fut curieux de le faire , et bien au vray, ainsy que M. deStrozze, le couronncl , en le lisant le sceul bien con6rmer, et j'y estois présent.
Voylà le bon service que fil lors mondict sieur marcschal à son roy, qui despuis, huict mois amprès,le fit prendre prisonnier avecques M. de Montmorency au bois de Vincennes , et puis espouser la Bastille pour seize ou dix sept mois, jusqu'à ce que Monsieur les en fit sortir. De cela j'en ay parlé ailleurs.
Du despuis mondict sieur marcschal s'affectionna au service de Monsieur pour ceste obligation, plus qu'en celuy du roy ; mais pourtant, Monsieur le voulant mener en Flandres à ravitaillement de Cambray, le roy, voyant que cela ne raisonnerait pas bien , qu'un marcschal de France serait en la compaignie de Monsieur pour faire ceslc guerre, el que le roy d'Espaigne le prendrait à mal , luy fit commandement de n'y aller point et le venir trouver, a quoy il obeyt : ce qui tourna despuis à grande gloire à Monsieur; car ce voyage luy fut fort heureux, tant à lever le siège de Cambray et à s'en rendre paisible , qu'à prendre autres places. El disoil un chascun , voyre Monsieur le premier, que si le mareschal de Cossé fuslesté avecques luy, tout le monde cust dicl que c'estoil le mareschal de Cossé qui avoit tout faict , à cause