‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, abbé séculier de Brantôme et d'André vicomte de Bourdeille (volume 2)Chapitre 240 sur 361 · AL DE COSSE · texte numérisé non relu

AL DE COSSE

de sa grande experiance , cooduicte et sagesse de guerre, et luy cust-on donné tout le los et la gloire, et peu à Monsieur, au lieu que Monsieur la participoit en tout. Je vis la reync mere un jour à Saint Mor en dire de mesmes, et qu'à Monsieur, son fils, et à luy seul , estoit deu le Iriumphe de cela.

Pour faire fin de moudict sieur le mareschal, il mourut , comme M. le marcschal de Brissac son frère, dans son licl, du tourment des gouttes, desquelles je l'ay veu quclquesfois désespéré; dont il me souvient qu'une fois, aux premiers estais à Blois, M. deStrozze el moy l'allasmcs un jour veoir qu'il estoit malade ; ainsy que M. de Slrozzc luy demanda : «El a bien, monsieur, que faites-vous? — Ce que «je fais, monsieur, mon grand amy, par Dieu ! «je me recommande à trente mille paires de • diables, qu'ils me viennent quérir et guérir, o puisque Dieu ne le veut pas. • Et puis , amprès s'est re un peu allégé et revenu à sa gaye humeur, nous dit :u Mort Dieul vous autres qui «estes mes bons amys, ne me voulez-vous pas « ayder à avoir raison de ces bourreaux mede- «cins, qui ne me veulent pas laisser boire du a boum? Et par Dieu! j'en boiray tout à ceste « heure avecques vous, en despict d'eux. Qu'on en «aille quérir; vous estes de mes meilleurs amys; «s'ils viennent , vous les chasserez. » Et puis, le bouru venu , nous eu beusmes chascun un bon coup, et vous asseureque ce ne fut pas sans bien rire; mais le malheur fut que , deux jours après que nous tournasmes le revoir, il nous fil ses plainctes du mal que le bouru luy avoil faict sentir du despuis, à ce que luy faisoicul croire ses marauts médecins, mais qu'ils melloienl la dessus leurs excuses et asnerics qui ne le scavoieni guérir; el puis nous dit : «Or bien , il a faut prendre patience.»

Un jour, devisant avecques Monsieur famillicrcmem,et luy disant quelques-unes de ses petites vérités, il luy dit : «Mort Dieu! vous autres roys « et grands princes , vous ne valez rien très-tous. «Si Dieu vous faisoit raison , vous meril tenez «d'estre tous pendus. — Comment pendus!

«dit Monsieur, c'est à faire à des marauts, «villains el bellistres. — Ah! par Dieu, res- « pondit le mareschal, il y en a eu de meilleure a maison cent fois que vous qui l'ont bien este t— De meilleure maison que moy ? replkqua

«Monsieur, il n'y en eut jamais.— Et si y a , par «Dieu! respondit te mareschal ; Jésus Christ «n'a-il pas esté pendu , et qui esloit de meilleure «maison que vous?» Ce fut à Monsieur à rire et à s'appaiser, estant irrité de quoy l'autre luy avoit dict qu'il y en avoit de meilleure maison que luy au monde , comme celle de France par dessus toutes l'emporte.

J'ay parlé cy devant de plusieurs bons et grands capitaines qui ont assisté M. le mareschal de Brissac en Piedmont, en ses belles guerres qu'il a faictes ; si je me voulois amuser ès gestes de tous, et à descrire leurs valeurs comme j'ay raid d'aucuns, je n'aurois jamais faicl, et en (reprend rois une œuvre par trop grande et impossible à moy : voylà pourquoy ils m'excuseront si je ne les repasse particulièrement les uns après les autres sur leurs louanges, encor qu'aiusy qu'il viendra à poinct, je ne les veux oublier tousjours par quelques traicts de plume. Voylà pourquoy pour à ceste heure je les laisse pour prendre en main M. de Vassé.

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