‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, abbé séculier de Brantôme et d'André vicomte de Bourdeille (volume 2)Chapitre 245 sur 361 · M. LE BARON · texte numérisé non relu

M. LE BARON

Il a esté très-malheureux en ceste charge , car plusieurs fois il y a eslé en dedans et dehors; dont aucuns, après la mort de M. le grand prieur, et que M. le marquis d'Elbœuf eut succédé en ccsle charge , dirent à la cour : qu'on avoit faict grand tort â cest honnorable vieillard et capitaine , qui avoit tant bien servy la France, et nicsmcs pour si peu de jours qu'il avoit à vivre, et que M. d'Elbœuf s'en fust bien passé , car il estoit assez riche , grand et chargé d'autres charges d'ailleurs, sans prendre celle-là , à laquelle il estoit novice , pour n'avoir veu ny pralicqué de mer.

Enfin amprès ta mort dudict M. le marquis, ainsy qu'il est raison que toutes choses retournent eu leur premier estre, M. de La Garde rentre en sa première charge, laquelle il a gardée sans aucun reproche jusqu'à sa mort : et la vieillesse ne luy en a faict aucun qu'il n'ayt tousjours bien faict, mesmes sur ses plus vieux jours au siège de la Rochelle , là où il garda et empescha bien l'entrée du port , et aussy quand le secours de M. de Montgoinmcry y vint , qui ne peut entrer, et fut contrainct de se mettre au largue; qui fut cause que le lendemain ilallaavecquessesgalleres l'appeller au combat avecques coups de canon; mais il n'y voulut point venir. C'estoit un homme qui entendoil bien son mestier de marine.

Ce fut luy qui fit faire ceste belle gallere qu'on appeltoit La Reaile, et qui l'arma à galoche et à cinq par banc, dont paradvant on n'en avoit veu en France. Despuis ceste mode a continué, qui est bien meilleure que l'autre vieille, qu'on a laissé il y a long-temps par tout le Levant. Celle que André Doria avoit faict pour l'entreprise de Tunes à y recevoir l'empereur, n'estoit que de quatre, et fut trouvée de ce temps très-belle et superbe. Ceste gallere reaile de jadis fut si bien faicte et commandée par le brave gênerai , qu'elle a duré et servy d'ordinaire plus de trente ans, encor qu'elle eust eu un tour de rcings soubs feu M. le grand prieur ; et pour ce , sur ce patron , feu M. le marquis d'Elbœuf en fit faire une très -belle et toute pareille, qu'on appelloit La Marquise, de son nom. Le comte de Rais l'achepla despuis, et dure encor, mais meilleure voyllierc. Elle servit de generalle luy vivant ; et rendit à M. de La Garde sa reaile, qui luy MUirroKB. i.

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