‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, abbé séculier de Brantôme et d'André vicomte de Bourdeille (volume 2)Chapitre 256 sur 361 · S CHASTILLON · texte numérisé non relu

S CHASTILLON

menty. Mon oncle, curieux de l'honneur de son maistre , et le voyant en peyne , car il craignoil que le roy l'intcntast , d'autant que ledict Jarnac avoit espousé la sœur de madame d'Estampes, favorite du roy, prit le desmenty pour son maistre sur luy , et dit qu'il l'avoit dict à luy-mesme, et qu'il le combat! roit là dessus, comme il s'ensuivit (j'en parle fort au long ailleurs ) 1 ; et mourut sur le poincl, et sur le règne que son maistre l'cust faict trèsgrand.

MM. de Chastillon et de Saincl-André restèrent seuls favoris, lesquels pourtant . du temps du roy François, eurent quelque pteque qui ne dura guieres.

M. de Guysc, encor qu'il fust un jeune prince , beau et de bonne grâce , très-adroict et très-bon homme d'armes , qui se faisoil fort valoir aux tournois de la cour, il s'accosta de M. l'admirai ; et jurèrent ensemble amitié telle que j'ay dicte, qui dura bien qnasy cinq à six ans: et pour ce, dit-on, et M. l'admirai l'a dict à homme qui me l'a dict , inondict sieur l'admirai le fit aymer à M. le Dauphin , de telle façon que l'on l'a veu. Despuis et amprès ( comme j'ay dicl ) les haynes se semèrent entre eux deux , mais non tant que M. l'admirai n'adverlist, du temps du roy François II, madame deGuysc, qu'il y avoil encor une conjuration secrette contre M. de Guyseet sa vie, et qu'elle y prisl garde et l'en advertist.

M. l'admirai ne voulut donner tel advis â M. de Guyse luy-mesme, comme j'ay ouy dire, affin qu'il ne pensast que, pour tel advis, il voulust regaigner son amitié et faire du bon et officieux compaignon ; mais il le voulut adresser à madame sa femme. Et cet advis fut donné amprès la sédition et conjuration d'Amboise, qui esioit pour la seconde; car M. l'admirai ne secut jamais lad k le conjuration d'Amhoisc , à ce que j'ay ouy dire à aucuns des plus anciens de la religion, et aussy à la Vigne, vallel de La Renaudie , qui en sçavoit tout le secret. Ou ne la luy voulut jamais confier, d'autant que les conjura leurs le (enoient pour un seigneur d'honneur , homme de bien , sage, meur, ad visé, politiq , brave censeur, poisant les choses et aymant l'honneur et I*

' Discourt sur le* duels.

vertu , comme il avoit tousjours faict paroistre par ses belles actions passées ; et pour ce les eusl bien renvoyés loing, rabroués, et reculé le tout , voire aydé à leur courir sus. Il n'estoit pas lors à Amboi.sc , mais ouy bien M. le cardinal son frère, lequel je vis fort anime et collcré contre ces enl repreneurs, et aussy eschauffé à les faire pendre et faire leur procès, que tout autre; voire luy-mcsme je le vis sortir courageusement sur La Motte-aux-Connils , ce jour qu'ils vindrent se présenter là auprès.

11 avoit raison de s'en formaliser ainsy, et M. l'admirai de n'en avoir rien sceu ny s'en estre meslé le moins du monde ; car c'esloit le plus meschant, vilain et détestable acte qui fust jamais ; car quelque belle paltiation , couverture et couleur qu'ils luy purent donner qu'ils n'en vouloient qu'à MM. de Guyse, d'autres disoient qu'ils ne vouloient que présenter une requeste au roy , s'ils fussent venus au bout de leur dessein et fussent eslés les plus forts, ne faut point doubler que le roy eusl passé comme les autres , ainsy que ta Vigne luy-mcsme me l'a dict, et d'autres aussy.

Le premier discord qui entrevint entre M. de Guyse et M. l'admirai pour la religion , ce fut à Fontainebleau, quand le roy François II y fit assembler une petite forme d'estals, et que M. l'admirai présenta requeste au roy pour ceux de la religion, demandant liberté de couscience , et qu'il parloit de la part de cinquante mille hommes ; que M. de Guyse ne se peut contenir de collcre , qu'il ne dist qu'il en mènerait contre eux cent mille bons catholiques pour leur rompre la (este , dont il serait chef. !>e roy François vint à mourir là, où M. l'admira! commença à entrer en vogue autant que jamais, par le moyen du roy de Navarre, qui sculoit de la religion et qu'il possedoit fort , et M. le prince aussy, qui estoit son nepveu, ayaut espousé sa niepee, fille à madame de Roye sa sœur.

M. l'admirai prend ce grand appuy pour non pas seulement appuyer sa religion, mais pour la hausser bien haut , ainsy qu'il y parut , de ceste mort jusqu'à la première prise des armes; et le tout fut par les menées artificieuses et gentil esprit de M. t'admirai , qui conduitoit et gouvernoit tout à la cour lorsque l'cdict

de janvier se fit, comme je vis moy-mesme.

Voylà doneques la religion si haussée, si bien relevée et fortiffiée, qu'à ceste prise des armes première tout à coup quasy toutes les meilleures villes de France furent surprises par ceux de la religion ; qui fut un très-grand cas : mesmes Paris estoit en danger, sans les venues et secours de MM. le connestable, de Guyse et marcschal de Sainct-André.

Thoulouse aussy, qui est après Paris la plus ferme catholique, et la plus remplie de catholiques qui soit en France, fut prise; et sans M. de Boyjourdan l'aisné 1 , très-brave et vaillant gentilhomme , nepveu de M. le mareschal de Termes , et autres vaillans et braves gentilshommes gascons, que M. de Mont lue raconte. Elle estoit huguenote comme les autres; car elle fut prise viugt heures , et puis recouverte par les armes et la conduietc belle dudict Boyjourdan et aucuns braves et vaillans de la ville.

De spécifier par nom les villes qui furent lors surprises, ce serait chose superflue ; car je me souviens que, lors de ceste grande esmeutte et sédition , quaud on demandoit quelles villes lenoicnt pour les huguenots, on disoit : «Mais « demandez qui sont celles qui ne tiennent pour «eux.* Et de tonte ceste grande et admirable et incredulle entreprise fut le seul aulheur et conducteur M. l'admirai. Par là on peut cognoistre quel grand capitaine ç'a esté.

J'ay ouy conter que le prince de Parme dernièrement, quand il eut entendu la grande révolte que feu M. de Guyse fit de tout le royaume de France, et mesmes de la ville de Paris, en ces barricades qui en moins d'un rien furent faictes contre le roy , qu'il dit et avoua : que M. de Guyse estoit le plus grand capitaine aujourd'huy de toute la chreslienlé , par une si soudaine révolte et desobeyssance ainsy faicte tout à coup contre son roy. Je croy que dans son ame il eust bien voulu, ou peu, en faire de mesmes au Pays-Bas , pour s'en rendre le maistre et en despouiller le roy d'Espaigne, et puis après porter le titre luy-mesme, qu'il bailloit à autruy, bien qu'il le porlast d'ailleurs

' II fut tué au siéfje de Montauban le 22 octobre 1.562. Va Roisjourdan , officier de la Garnison de Trêve», fut décapité en 1575 a Meiz, poui sédition contre le maréchal de Crcqui , enfermé dans Trêves , et qui ne voulait pas i dre cttte place que les Allemands ;

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