‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, abbé séculier de Brantôme et d'André vicomte de Bourdeille (volume 2)Chapitre 258 sur 361 · M. L'ADMIRAL DI · texte numérisé non relu

M. L'ADMIRAL DI

luy remoostra qu'il falloit faire la guerre au , roy d'Espaigne, ou qu'il se resolusl d'avoir ! encor la guerre en son royaume; dont aucuns du conseil en furent si escandalisés , qu'ils commancerent à crier sourdement : Toile, toile, crucifiée, blasphemavit 1 ! et en firent un grand bouclier et en levèrent la bannière. Mais ils ne prindrent pas du bon biays qu'il le falloit, pauvres gens qu'ils estoient ; car M. l'admirai voyoit bien le naturel de ses huguenots, que s'il ne les occupoit et ainusoil au dehors, que pour le scur ils reconnu anecroient à brouiller au dedans, tant il les cognoissoit brouillons, remuans , frétillant et amateurs de la picorée. Je sçay ce qu'il m'en dit une fois à La Rochelle que je l'estois allé veoir , et mourut un an après; et me faisoil cest honneur de discourir avecques moy, bien que je ne fusse de son part y et fusse eocor jeune et fort incapable de ses secrets ; mais il m'aymoit , car je luy estois fort proche, à cause de madame sa femme.

Je sçay bien aussy ce que m'en a dtet M. de la Moue , lequel , tant qu'il a peu , reprit les erres de M. l'admirai pour jeller la guerre j du dedans au dehors, ainsy qu'il a fait parois tre par le long séjour qu'il a faict en Flandres ; car il m'a juré cent fois qu'il n'y avoit rien au monde qu'il detestast tant que la guerre civille , et que M. l'admirai la detesloit bien autant, et que jamais plus il n'y retournerait que par force.

Le roy doneques , ne se voulant servir de luy en si bonne affaire , fut , ou de loy-mesme ou de plusieurs de son conseil , persuadé de le faire mourir; et pour ce fut attiré le sieur de Montravel , qui avoit tué paradvant M. de Mouy , son maistre , qu'on appclloil le tueur du roy, ou le tueur aux gages du roy; lequel , ainsy que M. t'admirai se retirait en son logis , et estant devant ceiuy du chanccllier, ledict Montravei, caché en une fenestre d'un ntesclunt petit logis qui esloit là près, (ira à moudict sieur l'admirai une harquebusade au bras, ainsy qu'il lisoit une lettre en marchant.

M. l'admirai se sentant blessé, il ne dit autre chose, si-nou que : « le coup vient de là; » et se retira en son logis , et se fil soudainement panser. Le roy, et toute sa cour, tant des catho- j tiques que des huguenots, fut fort troublé, !

1 Otez le, ùtcz-leel le crucifie* , il a l»l.«pli><m<t.

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