M. L'ADMIRAL DE CHAST1LL0N
Castille le duc de l'Infantasque 1 , fort jeune prince et peu encor pratiq , qui demanda si ce l'admirai de France et tous ses partisans
a ainsy que Ion a \ eu arriver à force en «reils.» Comme de vray, combien avons nous veu despuis force huguenots s'est re convertis et faicts bons catholiques ! les chemins en rompent. Voyla le beau dire et la belle prophétie de ce sainct pere sur ce malheureux massacre.
C'est un grand cas qu'un seigneur simple et non point souverain , mais pourtant d'un trèshaut et ancien lignage de Colligny en Savoye, et autresrbis souverains et très-grands, ayt faicl trembler toute la chreslieuté, et remplie de son nom et de sa renommée, tellement qu'alors, de l'admirai de France en estoit-il plus parlé que du roy de France. Et si son nom estoit cognu parmy les chrestiens, il est allé jusque* aux Turcs; dételle façon, et il n'ya rien si vray, que le grand sultan Soliraant, l'un des grands personnages et capitaines qui régna despuis les Ottomans, un an avant qu'il mourust , l'envoya rechercher d'amitié et accoin lance, et lu y demander advis comme d'un oracle d'Apolo; et, comme je tiens de bon lieu , ils avoiiut quelque intelligence pour faire quelque haute entreprise, que je n'ay jamais peu tirer ny scavoir de M. de Thelligny , mon grand amy et frère d'alliance , qui fut depesché de M. l'admirai , et le seigneur de Villeconnin, à Constaiiliuople , là où ils ne le trouvèrent point, car il esloit dcsjà party pour son voyage de Siguet , où il mourut. Voylà quel a esté ce grand admirai parmy les chrestiens et parmy les infldelles.
Je parle de luy en mon livre des couronnels plus au long; et sur ce beau renom il est mort. Quel dommage! Il y eut quelqu'un qui fit son ail en soit mort aussy bien des innocens que I epitaphe en vers grecs, où il introduit un pas- «des coupables.» Comme il fut vray, mesmes sant qui s'enquiert et demande la où est le toni-
estoient chrestiens; qui respondit que ouy. Luy après répliqua : Como diablo puede ser que, pues que son Franceses y asi christianos se maton como bestias a? L'admirai luy respondit : Calia, seflor duque , que ta guerre de Francia es la paz de Espatla, y la paz de Espaiîa es la guerra de Francia con miestros doblones Voylà ce que m'en conta ce cavallier, qui esloit lors à la table de cest admirai , qui ouyt tout ce discours.
Touchant l'alegresse et la contenance qu'en fit le bon sainct pape Pie V (on le peut appeller ainsy) de ce massacre susdict, j'ay ouy dire à homme d'honneur qui pour lors estoit à Rome, et qui en sçavoit des secrets , que quand on luy en apporta les nouvelles il en jella des larmes, non pour joye qu'il en eust, comme force gens font en cas pareil , mais de deuil. Quand aucuns de messieurs les cardinaux qui estoient près de luy remonstrerent pourquoy il pleurait et s'attristoit ainsy d'une si belle depesché de ces malheureux gens , ennemys de Dieu et de Sa Saincteté, « Helas! (ce dit-il) je pleure la façon «dont le roy a usé, par trop illicite et defi fendue de Dieu, pour faire une telle punition ; a et que je crains qu'il en tombera une sur luy, «et ne la fera guieres longue désormais!» Comme ce sainct homme sceut (rès-bien prophétiser par l'esprit de Dieu , que je croy qu'il avoit , autant que jamais eut pape. « Je pleure o aussy, dit-il, que, parmy tant de gens morts,
de force bons catholiques, que leurs ennemys faisoient accroire qu'ils estoient huguenots. De plus adjoula ce bon sainct pere : « Possible qu'à c plusieurs de ces morts Dieu eust faict la grâce • de se repentir et de retourner au bon chemin,
le prince de Condé, parce que ce n'est qu'un enfant; et te troisième, le comte de Montgommery ,qui t'est sauvé sur une jument par un miracle, non de Dieu, mai* du diable, ayant fait soixante-dix lieues uns s'arrêter. ' lafantado.
' Gomment diable se peut-il que, puisqu'ils sont Fran-
* Doucement , monsieur le duc. La guerre de la France ?st la paix de l'Espagne, et la pais de l'Espagne est la guerre de la France, 1 l aide de nos doublons.
beau de ce grand admirai tant renommé par le monde, qu'il demandoit par grande admiration visiter. Un autre luy respond : «Passant , a sans faire plus grand chemin, tu peux bien ne a passer plus outre, ou t'en retourner en ar- «riere; car tu n'en trouveras aucun icy bas, «d'autant que le monde et le ciel l'ont pris et «l'ont porté ensevelir dans le sein de l'immor- «talité, où maintenant il gist à son ayse.»
Parions un peu que devint ce Besmc qui te tua. On disoit pourtant qu'alors Sarlabous, gouverneur du Havre, se vanta de l'avoir tué. Si c'est la vérité , ou qu'il s'en soit vanté à faux, c'est une récompense mauva^e d'un capitaine
envers son couronnel, qui d'autres fois luy avoit commandé. Mais pour le seur ce fut Besme; possible que l'autre luy donna quelque coup , et pour en avoir une divine vangeance. Ce Besme estoit un gentilhomme allemand, que j'avois veu d'autresfois nourry page du cardinal de Guyse : il se mit en telle grâce et amitié de M. de Guyse, qu'il le gouvernoit paisiblement; et pour ce luy fit espouser la fille bastarde du tfrand cardinal de lorraine. Je nommerais bien sa mere et ceste fille dicte Anne, Port belle et lionnes! e damoiselle, et bien créée en la cour d'Espaigne , et nourrie de ceste nosfre grande reyne de là , à qui je l'ay vruc; et après sa mort elle s'envint en France demeurer avecques la reyne mere, qui n'en refFusa jamais.
1* roy d'Espaigne fut si libéral à l'endroict de toutes ces filles nourries avecques la reyne sa femme, qu'entre autres beaux presens il leur donna à chascune trois ou quatre mille escus pour maryage , s'il m'en souvient bien: mais il me semble qu'il y en avoit plus que moins : et ce maryage n'estoit payé ny délivré, si-non lors qu'elles esloient maryées.
Anne doneques estant maryée , son homme se résolut deux ans après d aller en Espaigne, par le moyen de M. de Guyse, tant pour quérir Son maryage que pour braver et se monstrer en piaffe devant le roy et les Espaignols, et dire que c'estoit luy qui avoit faict le coup de M. l'admirai. (Et quel coup à son advantage, qu'un petit enfant en eust faict autant!) Il y va et sans danger, et y fut très-bien venu et payé; dont la plupart de son argent il le mit en pierreries, bagues et joyaux, et babiolles, pour mieux porter son faict , et aussy qu'il sçavoit bien que M. de Guyse l'en déchargerait. Outre tout cela, le roy d'Espaigne le gratiffia de quelque autre présent, pour la gratification et recompense du meurtre. Pour son retour il fut si imprudent et perdu d'esprit et d'entendement, ou Dieu, juste vangeur des forfaicts,
de Bouteville, où commandoit pour lors le sieur de Berlauville, qui commande aujourd'huy à Ponts.
Il fut la gardé long-temps prisonnier. Dont fut remonstré audict Bertauvillc ce qu'il vouloit faire de cest homme, et, qu'il ne falloit qu'une heure qu'il se sauvast (comme devray il la faillit une fois), et s'il ne sçavoit pas ce qu'il meritoit?
Par quoy, un jour on luy fit accroire qu'il vouloit rompre les prisons et se sauver, comme de vray il y eut de l'apparence; il fut tué, et eut ce qu'il avoit presté à M. l'admirai; cl trèsbien employé, car il estoit venu trop hautain et trop glorieux de ce coup, bien qu'il ne fust pas plus mauvais qu'un autre, comme je le vis au siège de la Rochelle, ainsy que je le voyois fort eschauffé de retirer M. de Guyse des coups et harquebusados , et luy remonstrer les hasards qu'il courait, et luy pour son honneur avecques son maistre.
Quesy M. de Guyse (disoit-on) l'eusl voulu croire, il u'eust acquis la réputation d'eslre si vaillant comme il a esté : et iroy que des lors sa conscience l'avoit jugé pour ('advenir; caria mort de si grands personnages est toujours fatalle a ceux qui la donnent ou procurent. Plusieurs (comme cestuy-cy) s'en sont ressentis, bien qu'ils fussent des plus grands, que je ne diray point. Et sy diray encor plus, que, bien que le roy d'Espaigne, le duc d'Albe. lor* son lieutenant eu Flandres et au siège de Munit en Ilaynaut, quand cela vint, furent avecques leurs Espaignols très-joyeux de ceste mort rt de plusieurs de ses partisans. Si uc lapprouverent-ils jamais de la façon, et que cela mii- (oit ptustost son carnage barbare cl de Turc, que son Cousteau de justice chrrslieuiic.
Je l'ay ainsy ouy dire à aucuns braves soldats espaignols , que le duc d'Albe ne fit pa* ainsy à ceux de la ville d'Arlem, qu'il fil tous punir par forme de justice : car aussy, pour-
possible l'aveugla de telle façon, ou squ démon I quoy Dieu l'a-il donnée aux grands, si-non pour malin ou malheureux destin l'y conduisoit, la bien exercer comme il faut, et non pour en qu'il vint passer par le grand chemin des postes abuser ?
de la Guyenne, où les huguenots avoient bon J'ay ouy aussy dire, que, lors de sa mort, crédit, lesquels alors faisoient quelque petite j ledict duc d'Albe dit : Mnerto l'admirante, guerre par les forteresses petites qu'ils te- perdido un gran capitan por Francia ,y noient. Par quoy il fut pris entre Barbezieux et gran cnemigo por Espafia x. Chasteauneuf, et mené prisonnier au chasteau ' « L'amiral mort, c'est un grand capitaine