‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, abbé séculier de Brantôme et d'André vicomte de Bourdeille (volume 2)Chapitre 270 sur 361 · M. LE PRINCE DE CONDR · texte numérisé non relu

M. LE PRINCE DE CONDR

avoit vcues dès son petit aage, estant à la suîtte de M. d'Orléans, et tuusjours continué soubs le roy Iknry, qui l'aymoit uniquement et luy estoit pttts privé et famillier qu'aucuns de ses favorys , et se jouoient ordinairement ensemble , comme s'ils eussent estés pareils; car ledict comte estoit de très-bonne et très-plaisante coropaignie, et disoit des mieux le mot, au reste, très-bon seigneur, et qui n'offensoit jamais personne. Toutesfbis, aux guerres civilles, se voyant beau-frère du prince roy des huguenots, devint un peu glorieux : mais quant à moy, je ne le trouvay jamais tel, car il estoit trop de gaillarde humeur. Les bons trompettes desFrançois et reistres parmy leurs clairons sonnoient souvent ceste chanson et quinte :

Le prince de Coude , lia «lé lu*, Mai* montieur l'admirai Est encore à cheval , Avec La Rochefoucaud,

Pour chaurr (ou* cet papaux , papaux, papaux.

It y avoit Ai. de Mouy, un très-brave et vaillant capitaine. 11 le monstra à la battaille de Dreux, car ce fut luy qui fit la première charge avecques les cinquante ou soixante casaques blanches eslues. On le tenoit pour plus vaillant que sage capitaine; mais il monstra et l'un et l'autre quand il conduisit le duc des Deux-Ponts jusqu'en Guyenne avecques ses trouppes, et prit La Charité contre une infinité d'obstacles qu'il trouva par les chemins. 11 avoit aussy fort pratiqué les guerres estrangeres, et s'y estoit faict signaller bien fort.

Il y avoit aussy M. de La Noue, qui porte le nom aujourd'huy et à l'heure que je parle, du plus grand capitaine de la France, pour les grandes expériences qu'on a cognues en luy : j'en parle ailleurs fort au long.

Il y avoit aussy le seigneur de La Loue, pareils en nom fors d'une lettre , et pareils aussy en valeur : il avoit eu charge de la vénerie du roy; mais il ne s'amusa tant à la chasse des cerfs que des hommes, et menoit mieux ses gens à la guerre que les chiens à la chasse; et si rat fort bon pour l'une et pour l'autre chasse.

Il y avoit aussy M. deTheligny, beau-frere de M. de La Noue, un sage et brave gentilhomme, et qui estoit bien accomply de toutes vertus.

Il y avoit M. de Boucard , jadis fort aymé et favory du feu roy Iteory II, et son escuyer

quand il estoit dauphin, et qui avoil fort veu les guerres estrangeres et s'y estoit faict fort renommer; comme aussy M. d'Esternay et M. de Genlys; M. d'Acier, duquel je parle ailleurs, et le bon vieillard M. de Briquemaud , leur mareschal gênerai de camp, très-bon et grand capitaine, qui avoit si hdellemeut servy ses roys en Piedmont et en France , et pour ce nedebvoit point mourir de telle façon qu'on fit, et mesmes en si vieil aage qu'il estoit, et debvoit-on attendre son heure.

11 estoit un fort homme de bien , et qui ne combattoit que pour sa religion, ainsy que j 'a y ouy raconter à un gentilhomme qui avoit esté nourry son page, que trois ou quatre jours avant la battaille de Jarnac il avoit esté blessé en une jambe; et ainsy que M. le prince et M. l'admirai l'allerent veoir en son lict et y tenir le conseil, à M. le prince il eschappa quelque mot de régner1, o Monsieur, luy dit a M. de Briquemaud , il semble, par vostre dire, «que vous tendiez plus à l'ambition qu'à la religion. Je vous quitte si venez là. Prenons le «party de Dieu, autrement je me retire.» Ce page estoit lors en la chambre, qui ouyt ces mots, et me les dit despuis.

Il y avoit aussy ce brave et déterminé M. le comte de Montgommery, que j'ay veu nommer le Dompteur de la Gascoigne; et en peu de temps il s'en alla lever le siège de Navarrains, qui de soy-mesme se leva , le sentant venir; et luy, ne se contentant de cela, assaut et prend

1 Cétait en 1509. Voici quelque* vers, «ouf le tilre d'Écho, qui parurent eu ce temps là, à l'occasion de l'ambition du prince de Coodé. Ils sont tirés d'un ancien recueil manuscrit :

Quel pays de ce moode est en plut grand souffrance F

Qui l'a mit eu ce point? qui met

: orage ?

ftàge.

i ce poinl?

Point.

ton frère ayant tant de le* moi n* ?

Moins.

Qui nout a dooc cauté ceste douleur amere ?

Mere.

Qui en a dextrcinent ton vouloir seconiie ?

Comté.

! l'attire t Ire.

Quel prétexte a-l-il prit pour couvrir te* di-wcin*?

Saint».

BtUreliittonctlelledecei

470 HOMAlbS ILLUSTRES ET GRANDS CAPITAINES FRANÇOIS.

en plein jour de prime abord M. le baron de Tcrride , vieux, ancien , sage et bon capitaine

Je parleray aussy de plusieurs autres capitaines huguenots. Que si je routais à ceste

fort estimé par les guerres passées du Piedmont, | heure les particulariser, je ne sçaurois fournir avecques toutes ses trouppes; retourne après . tant il yen a eu de très bons, et de cheval el triomphant à son bel aysc , et se pourmene par de pied , desquels je parle au chapitre des cou-

la Gascoigne comme il luy plaist , sans aucune résistance : de telle sorte que ce qu'on en disoit on le reputoit plustost à miracle qu'à autre chose. Je pense bien qu'il y a quelque historien qui en parle , sur-tout M. de Montluc. J'en ay ouy conter les grands faicts à gentilshommes qui estoient arecques ledict comte, que j'escrirois voulontlers, mais on ne les sçauroit croyre.

J'ay ouy conter de l'humeur de ce capitaine, que c'estoit le plus nonchallant en sa charge et aussy peu soucieux qu'il estoit possible, car il aymoit fort ses ayses et le jeu ; mais quand il avoit une fois le cul sur la sefle , c'estoit le plus vigilant et soingneux capitaine qu'on eust sceu veoir, au reste si brave et vaillant qu'il assailloit tout, foyblc ou fort, qui se présentas! devant luy.

Aussy a-il faict de belles guerres et y a esté très-heureux, comme il fit dans Rouen, là où il tint le siège plus long-temps que la forteresse, ne la place, ne l'armée devant , composée de si grands capitaines les plus grands de la France, ne le requérait; soustint les assauts tant qu'il peut; et au dernier, cédant à la fortune et combattant au dernier point , se retira bravement, et non si à I haste qu'il coyda entre pris, et se voulant jetterdans l'esquif de la gallere en laquelle il se mit et tira vers le Havre ; mais en chemin, à Caudebec, il rencontra une pallissade qui avoit esté faicte si forte pour engarder le secours de la mer , qu'à vogue rancade il la faussa et se sauva bravement ; qui fut un effort de quoy les bons mariniers des galleres s'en esbahirent pour jamais, bien qu'il n'y ait force pareille que d'une gallere vogante à pleine voille et rame de toute force. Aucuns disoient que c'estoit un miracle ; d'autres disoient que celuy qui avoit eu la charge défaire faire la pallissade l'avoit faicte de cest endroict foyble, parce qu'on le soupçonnoil favoriser ce party. Je ne le nomraeray point. Je parleray de ce comte en d'autres lieux, ensemble de ses frères, Corboson ou Sainct-Jean, et le jeune l'Orge, tous braves gentilshommes que j'ay rognus tels, et deux fort mes grands amys, et tous de la religion.

ronncls; car il faut confesser le vray , que l'on y a recognu de braves et vaillans gens et de bons capitaines; et si en est venu après lr< morts de bons qui ont veseu et vivent despuis et à eestc heure, comme j'ay ouy dire à gens plus clairvoyans que moy. Ils n'ont appris que des morts , et si ne les ont nullement surpassés.

Ainsy fut le prince de Condé accompaigné de ces braves gens. Et ainsy luy et M. l'admirai se sont faicts craindre et ont planté l'Evangile qui bourgeonne et verdoyé aujourd'huy encor, et sans lesquels elle serait sèche , et de couleur de feuille morte.

Et diray bien plus : què si tous ces bons capitaines se fussent mis de nostre costé, et eussent faict pour le roy , ils fussent estes tous honnorésde grades, de nobles charges et pensions et ordres; et si en fussent estes mieux dignes, et d'estre mareschaux de France , que plusieurs que nous en avons veu.

Mais , ce qui est un grand cas , ils avoieot l'œil et le cœur si fort tendus à la religion , et l'embrassoient de teHe dévotion , qu'au diable s'ils s'en soudoient d'un seul brin de nos honneurs et estats, et comme je leur ay veu dire et le monatrer par effects.

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