‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, abbé séculier de Brantôme et d'André vicomte de Bourdeille (volume 2)Chapitre 272 sur 361 · LE ROY DE NAVARRE, ANTHOINE DE BOURBON · texte numérisé non relu

LE ROY DE NAVARRE, ANTHOINE DE BOURBON

ledict David chia sur la Bible et le ministère et tout.

Le roy Henry ne trouva bon qu'il eust mené avecquesluy ce ministre, qui ne porloit pourtant le titre de ministre , mais de prescheur du roy et reyne de Navarre ; et par ce titre il n1 estoit si odieux que par celuy de ministre.

La reyne de Navarre pour lors, qui estoit jeune, belle et très-honneste princesse, et qui aymoit bien autant une dance qu'un sermon , ne se plaisoit point à ceste nouveauté de reli-

chosc de la conjuration d'Amboyse, d'autant que les principaux conjurateurs estoient de son gouvernement , voyre aucuns de ses vassaux et serviteurs. Toutesfois, ceste raison estoit foyblc, mais bien forte celle qu'ils estoient de la religion, que ledict roy soubs main tousjours en»brassoit et favorisoit , ainsy qu'il le fit paroi sire fort à descouvert quand le roy Charles vint à la couronne, et qu'il fut régent par la menée des estais , par un csdict faict qu'on n'eust plus à parler de la conjuration d'Amboyse, ny en ré-

gion, ny tant qu'on eust bien dîct ; et pour ce, je j chercher ceux qui estoient soubçonués; dont tiens de bon lieu qu'elle le remonstra un jour , j'en vis aucuns huguenots qui en estoient bien au roy son raary ; et luydict tout à trac que, I ayscs, que je cognois, et dire ces parolles : s'il se vouloit ruyner et faire confisquer son ! « Or, hier nous n'estions pas de la conjuration bien, elle ne vouloit point perdre le sien , ny si j «d'Amboyse , et ne l'eussions pas dicl pour tout peu qui luy reste du royaume des roys ses pre- | « l'or du monde ; mais aujourd huy nous le disons decesseurs, lesquels pour l'heresie avoient per- ; «pour uneseu , et que l'entreprise estoit bonue du le royaume de Navarre. Hérésie appclloit- j «et sainetc. »

L'innocence de M. le prince fut publiée avecques l'edict de juillet. Le colloque de Poissy a ni près se moyenna par ledici roy de Navarre; et ce fui luy qui à ses propres cousts et despans, disoil on, envoya quérir les ministres eslrangers pour s*y trouver : et fut un gentilhomme qui estoit à luy, ets'appclloit M. d'Esiourneau, mon voysin et bon amy, qui les alla quérir et les mena en France ; despuis il est mort maistre prises, et s'aydoit du roy de Fc2, vers lequel ! dliostel du roy d'aujourd'huy. El turent les- II avoit envoyé en ambassade les capitaines dicts ministres retournés par ledict genlil- Montmor, Gascons , et Merchior, Porluguais, homme, qui m'a tout conté, très-contens et

elle, d'autant que le pape Jules avoit déclaré hérétique, mal à propos, tous ceux qui yroient encontre sa sentence donnée sur la confiscation dndict royaume ; mais â aucuns j'ay ouy affirmer que ce nom d'heretique nestoit pas bien adapté.

Ce roy , si la guerre espaignolle eust continué, avoit bien résolu d'en avoir sa raison PEspaigne, où il y avoit de bonnes entre-

qui m'en entretint fort un jour à Lisbonne, où

bien salariés de la bourse dudict roy.

il s'estoit retiré après la mort dudict roy, qu'il Ce ne fut pas tout ; car il fit faire et publier

plaignoit fort, et ses desseins, qui eussent facile- j l'edict de janvier. Et rien ne voyoit-on à la cour

ment reussy; et m'y fit toute bonne chere, ayant que ministres, et n'oyoit-on que presches,

veu ma raere dame d'honneur de la reyne de j non quiclans pour cela la messe par beau sem-

Navarre en sa cour; et ne bougeoit d'avecques blant.

moy à me faire monstrer tout plain de singu- Je rctournois lors d'Escosse , ayant conduict

tarifés, quand j'altois veoir le roy et la reyne, la reyne, que moy et mes compaignons , qui

sœur de l'empereur , encor restée de toutes les 1 pouvions estre environ cent gentilshommes,

autres, qui se porloit fort bien.

suivans M. le grand prieur de Lorraine et d'Ain-

Les desseins de ce roy n'estoient pas petits, ville. Quand nous vismes ce changement nouet l'alliance avecques ce roy de Fez très-bonne veau despuis nostre despart , nous fusuies bien

et ferme.

La reyne sa femme changea bien après;

estonnés.

Sur ce , le pape et le roy d'Espaigne ne dor-

car son mary se changea en catholique, et elle ment pas, et font tant qu'ils gaiguenl ledict

se changea en huguenotte très-ferme. roy par belles parolles et offres, et le recom-

Le roy Henry mort , et le roy François venu penser de son royaume de Navarre pour celuy

à la couronne, l'on eut quelque petit soupçon de Sard?igne, qui n'esioit pourtant si grand et

que ledict roy de Navarre sçavoit quelque riche que celuy de Navarre, en ce qu'il voulust

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soustenir la religion catholique, et employer sa puissance pour extirper l'heresie. A quoy il preste l'oreille très-volonliers ; car, et qu'est la chose qu'on ne fasse pour régner ? Et pour ce , le sieur d'Esears,son grand favory, qui estoit très-bon catholique, fut envoyé vers le pape, duquel il fut très-bien receu et renvoyé vers son maistre, plus plein de belles paroi les et grandes promesses que d'autre chose et presens, touicsfois si bien gaigné, oufre le bon zelle qu'il portait à sa religion , qu'il réduisit du tout le roy son maistre à la demande du pape : dont s'en ensuivit la guerre ci ville, dans laquelle il s'embarqua si bien, qu'il y estoit plus avant, et en sévérité plus grande contre les huguenots, que le triumvirat mesme.

Aussy fit-on de luy un pasquin : qu'il n'y avoit rien pire qu'un renégat ; et sur ce en alleguoient les renégats d'Alger et d'ailleurs; et un autre où ils faisoienl une anatomie où ils ne l'y peurent jamais trouver de cœur ny de fiel, y ayant appellé tous les meilleurs médecins et chirurgiens de la France. Si estoit-il brave, vaillant , tout plein de courage ; mais il avoit delà bonté, et pour ce on le plaignoit ainsy.

Il ne laissa , estant ainsy embarqué en la catholique, à se souvenir de son proffit particulier et des promesses qu'on luy avoit faictes; et pour ce depescha le président de Sel va , fort digne homme de son estât , vers le roy d'Esjwigne ; mais de malheur il fut pris et mené à Orléans, où, sans M. le prince, il couroit fortune de la vie, en eschange de l'exécution qu'on avoit faietc à Rouen du président Esmandreville, duquel la mort debvoit estre expiée par la mort csgalle d'un autre président.

En toute ceste guerre , pour si peu de temps que ledict roy la mena comme lieutenant gênerai du roy , il s'y monstra fort animé , brave , vaillant, courageux, esebauffé, collere et prompt à en faire prendre, comme j'ay veu ; aussy les huguenots l'en hayssoient comme un diable, et le depaignoient de vilaines injures que j'obmets ; car ces messieurs sçavent aussy bien mal i dire que bien dire.

Le siège de Rouen se fit, où il n'espargna j ses pas ny sa peau non plus que le moindre ! soldat du monde; si bien que luy s'appareillant pour aller à l'assaut, moitié mené du brave et

<DS CAPITAINES FRANÇOIS

généreux courage qu'il a tousjours possédé, moitié d'ambition et émulation qu'il portoil de tout temps à M. de Guyse, qui en telles factions se hasardoit tousjours des plus advans , comme j'ay dict, estant dans le fossé et prest à monter, ainsy qu'il s'estoil tourné pour pisser (dont il en fut faict une epitaphe que j'obmets parreverance), il eut une grande harquebusade dans l'espaule, mesme coup quasy qu'eut amprès M. de Guyse , dont il tomba à demy et rendit sa gorge.

Aussy tost il fut jugé à mort par les chirurgiens et médecins , ainsy qu'après quelques jours qu'on pensoit qu'il en eschapperoit , il mourut repentant (ce disoient aucuns) d'avoir ainsy changé de religion, et résolu de remettre la reformée mieux que jamais, ainsy qu'il le manda à M. le prince son frère par un sien maistre d'hostel qu'on appeloitOsquerque, qu'il avoit envoyé vers luy le visiter. Cela se disoit parmy aucuns de nous autres, au contraire du roy Henry d'Angleterre , qui , sur la fin de ses jours, voulut remettre la religion catholique. Il estoit temps vrayement, après tant de maux faicts.

De sorte qu'il ne fut pas guieres regretté, car il estoit en termes de brouiller : d'autres le regrettèrent fort , car il estoit tout bon et gentil prince, et raesmes la reyne mere, qui, tousjours apprchensible , avoit opinion que , comme graDd qu'il estoit, il retenoit plusieurs capitaines, gentilshommes, soldats et autres, qui sans luy fussent de l'autre costé avecques le prince, qui aymoient mieux estre avecques l'aisné et le chef des armes et du nom qu'avecques le cadet, et que, luy mort, à veue d'oeil on les verroit tous disparus de l'armée du roy, et tes uns après les autres iraient trouver M. le prince : mais M. de Guyse, qui n'estoit paoureux , asseura la reyne et luy dit : a Non, non, madame, n'entrez point en a telle craincte et appréhension ; car pour moins a d'un rien je vous en relevé. La bande qui en a partira de l'armée du roy en sera fort petite, a ce que je ne croy encor ; et , si elle en part , ce « sera autant la purger et bien nettoyer , et n'y « restera que le beau grain , pur et net , ce qui « sera le meilleur pour nous; car là où il y a des a tratstres et gens doubles, tout va mal; et s'il y « en reste, je les tiendray si de court et la e feray si bien veiller , qu'ils n'oseront seu-

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