‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, abbé séculier de Brantôme et d'André vicomte de Bourdeille (volume 2)Chapitre 274 sur 361 · M. DE REVERS, FRANÇOIS DE CLEVES · texte numérisé non relu

M. DE REVERS, FRANÇOIS DE CLEVES

A ceste bat taille mesme, M. deNevcrs,beaufrere de ces quatre princes de Bourbon, pour

NDS CAPITAINES FRANÇOIS.

avoir espousé Margueritte de Bourbon leur souir, s'y trouva; lequel, amprès avoir combattu et faict ce que prince d'honneur et de valeur peut faire, et voyant devant ses yeux une si misérable perte, fit sa retraicte honnorable dans 1j Fere, ralliant ce qu'il peut des siens à soy, où il servit beaucoup le roy et toute la France; car, avecques si peu d'hommes qu'il amassa, il refit encor un petit corps d'armée, et fit tenir l'ennemy en cervelle et en bride, qui vouloit tirer plus avant.

Si bien qu'ayant envoyé un trompette vers le prince de Piedmont pour recognoistre les morts et recommander les prisonniers : « Com- <r ment, Iuy dit M. le prince, trompette, vous « me venez icy parler de la part de M. de Nea vers? vous estes un menteur , je vous feray « pendre ; il est mort , je le sçay bien. » Mais, quelque parolle que Iuy peust dire le trompette contraire à la sienne, il ne peut le croire, le menassant tousjours de le faire pendre, à qnoy se soubmit le trompette s'il n'esloit vray; dont M. le prince en demeura esbahy et fa*ché, et dit a aucuns des siens : « S'il est vray (comme « il le sceut tost après) , le roy de France n'a a pas perdu tous ses bons capitaines, comme en « voylà encor un des siens sur pied qui nous a donra encor bien de l'affaire et nous empes- «r chera de faire tout ce que nous eussions bien o voulu. »

Ce lesmoignage d'un tel prince ne fut pas petit pour la valeur et suffisance de M. de Nevers, ainsy qu'il le fit paroistre,cari1fit tousjours bonne mine et teste si bien à l'ennemy. que le roy Henry eut loysir de redresser une armée bonne et bien gaillarde, dont il l'en fit son lieutenant gênerai , ayant auparadrant mis si bel ordre et garnisons dans les places, que Penneray ne fit pas ce qu'il pensoit.

Voylà la grande obligation que le roy et son royaume eurent à M. de Nevers; car sans Iuy, sa sagesse et valeur , tout fust allé mal. Ce ne fin pas le premier ny le dernier service qu'il fit à son roy; car, estant lieutenant de roy en Champaigne, comme certes il l'a très-dignement et fidellement servy en ceste charge, il facilita fort le voyage d'Allemaigne et le retour du roy, et Iuy asseuraaussy fort son chemin pour entrer au pays de Liège, ayant mis en l'oheyssance de Sa Majesté les forts dessus la rivière de Meuse,

Page 1