‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, abbé séculier de Brantôme et d'André vicomte de Bourdeille (volume 2)Chapitre 276 sur 361 · M. DE MOP · texte numérisé non relu

M. DE MOP

pas cncor quinze ans ) pour le secourir et le garder ; et y entra fort heureusement , autant conduit par son bonheur et vaillance, que par la prévoyance et le bon ordre que luy ordonna ce sage capitaine monsieur son père; dont en cela on ne sçauroit assez louer sa généreuse bonté e( loyal zellc, d'avoir aiusy exposé, pour le service de son roy et du royaume, monsieur son fils, n'ayant que ccluy-la, qui, estant leans, se monstra si asseuré el courageux, qu'il se jettoit ordinairement aux hasards comme le moindre soldat de leans.

Mais il fallut pourtaut céder a la nécessité et à la force. Donc fut faicte une composition belle et honnorablc , comme chascun sçait ; et ce jeune prince fut fort honnoré de tous ceux de l'armée espaignolle, et mesmes d'aucuns vieux capitaines cspaignols cl italiens qui avoient jadis combattu soubs son grand oncle, le seigneur Ferdinand dcGon/aguc; el tous l'admirèrent, et s'esbahirent fort de quoy ce jeune prince s'estoit aiusy allé précipiter; et l'eslcvcreut jusqu'au ciel , et luy offi irenl beaucoup de services, luy trouvant la façon très-belle. J'esperede parler de luy et de ses faicls plus au long dans la vie de uoslre roy.

Ne faut point demander si M. son pere fut ayse de veoir son fils retourné sain et sauve, avecques une très-glorieuse réputation qu'il rapporta de ce siège ; mais au bout de quelque t em ps il mourut , aucuns disent de tristesse ; pour ne veoir lors les affaires du roy aller si bien comme il le desii oit, autres disent de malladie ; car il estoit tousjours si mal sain despuis son coup. Dout il délaissa madame sa femme très-desolée , car elle l'aymoit et honnoroit fort , et luy en faisoit de mesmes; et le maryage en estoit bon et heureux , duquel est sorty, ce jeune prince leur fils que je viens de dire, madame de Longueville, fille aisnée, très-sage, belle et vertueuse princesse et bonne, et madamoiselle de iNevers, très-belle princesse au&sy.

Ce fut une grande perle de ce prince , car il estoit très- bon prince et tenoit encor de ceste vieille bonne paste que peu voit-on aujourd'huy tenir parroy nous.

Il estoit fort splandide, comme M. son beaupere et beau x-fireres, car il despensoit fort honnorablcment à la cour, et son train cl ordinaire alloien» tousjours bien. Quand il luy fallait faire

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quelques festes et magnificences et festins, nul ne l'en a jamais surpassé, car il emportoit tousjours le prix. Quand il s'y met toit, il jouoit, et peu , et non si souvent comme M. son beaupere; mais quand il y estoit il jouoit fort gros jeu , comme il fit au voyage de Poulongne. i II estoit fort provident en ses affaires, ainsi qu'il lcfitparoistrcau bien de madame sa femme, lequel, encor qu'il fust Irès-grand, il le trouva un peu brouillé pour les grandes debtes des pères et frères passés; il nettoya et accommoda i si bien sa maison, qu'elle estoit des grandes de la France et des ay6ées. Il estoit fort doux , af- | fable et gracieux , et faisoit très-bon avecques ■ luy ; il estoit très-grand et profond discoureur, et I parloil bien; et disoil aussy bien le mot comme madame sa femme , qui le disoit aussy bien que dame de France, et qui avoit aussy bonne grâce.

Or, c'est assez parlé de ce prince, j'espere encor en parler ailleurs, en la vie de nos deux ! roys derniers ; car je l'hounorois fort , et le tenois pour l'un de mes bons seigneurs cl amys, comme madame sa femme m'a esté tousjours l'une de mes meilleures dames de la cour,et que j'ay tousjours bonnorée , aiosy que sa vertu el ses mérites me l'ont tousjours commandé.

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