M. DE MONTPENSIER
Puisque nous sommes encor sur les princes, il en faut encor continuer deux; et parleray de M. de Montpensier le premier.
M. de Montpensier, Louys de Bourbon, fut extraict de l'estoc de ce grand roy saincl Louys, ainsy qu'il en faisoit grande jactance; et tascha fort de l'imiter en l'observance de saincte religion catholique , et en probité de mœurs tant qu'il pouvoit, bien qu'il fust homme comme un autre : toutesfois il vivoit plus sainctement que le commun ; pour le moios le monstroit-il fort par apparance, du reste je n'en puis juger, puisque cela appartient à Dieu de cognoistre le juste.
Il fut petit-fils de ce M. de Montpensier, dict messire Gilliberl de Montpensier, qui fut laissé visce-roy par le royCharles VIII au royaume de Naples, qu'il garda le mieux qu'il peut; mais
après il le perdit par faute de secours et d'argent, dont il en mourut de tristesse, autres disent de poyson, autres de sa naturelle mort, qu'il advança des malayses qu'il receut après le traicté d'Atelle mal accomply, comme je l'ay ouy dire audici M. de Montpensier sondict petit-fils, dont je parleray maintenant.
Les histoires, tant les nostres que les étrangères , en parlent diversement. M. Philippe de Coromines y vient au point, auquel je renvoyé les lecteurs, et mesmes quand il parle du traicté d'Atelle , qu'il dit estre le plus ignominieux qui aye esté jamais veu, après celuy des fourches caudiennes du temps des Romains, puis qu'estant encor de reste cinq ou six mille hommes de guerre , tant François qu'Allemans, Suisses, Italiens, ilspouvoient donner une bat taille, où, quand ils l'eussent perdeue, n'eussent perdu tant de gens de coup de main comme ils en perdirent de pauvreté , faim et misère; si que possible l'eussent-ils gaignée. Pourquoy non? Les Arragonnois s'en mocquoient fort et s'en rooequent encor, comme je l'ay veu dans Naples, sans rire ; mesmes que dans le chas t eau vous en voyez des paintures, qui nous en doibl faire mal au cœur quand nous les voyons. Lesdicts Arragonnois et Espaignols disoient , et disent encor : que ce malheur arriva audict M. de Montpensier par une vengeance divine, pour avoir rompu les trefves faictes dans le Castel Novo en sortant par mer, laissant ses pauvres ostages, gens de bien et d'honneur, tels que les histoires nomment, à la mercy du cousteau de la justice. Que si Ferdinand fust estéaussy cruel qu'aucunsde se» prédécesseurs, sans faillir ils avoient tous la teste tranchée par juste droit de guerre. En quoy ledict M. de Montpensier fut fort blasmé, tant des siens que des estrangers.
Ce Gillibcrt ne mourut sans en fans, car il laissa Louys, Charles et François de Bourbon.
Ce Louys mourut au royaume de JNapIcs, y allant soubs la conduiclc du comte d'Armaignac; duquel Louys on trouve par escrit que, visitant là les os et la sépulture de son pere, et luy donnant de l'eau beniste , il devint si transy et si perdu de deuil et de tristesse , que soudain il tomba tout estendu mort sur le tombeau. Je l'ay ainsy ouy raconter à aucuns dans Naplea , qui mesmes me disoient qu'il eust mieux valu
NDS CAPITAINES FRANÇOIS.
qu'il eust redoublé son courage pour en faire une belle vengeance que mourir ainsy, et d'autant plus en fust-il esté très-honnoré et loué. [ M. Charles de Bourbon ne fit pas ainsy ; car, | tant qu'il prit le party de son roy, il haussa au- [ trement son courage et esveilla ses esprits: car i il fut grand eunemy des Espaignols , et en sa- I criffia plusieurs d'eux sur la mémoire de sou pere : mais après il les ayma bien autant quand il se mit avecques eux, .qui luy firent acquérir beau renom et belle mort à la prise de Rome, ■ comme j'ay dict.
Son jeune frère François, très-vaillant chevallier, fut tué à Marignan.
De tous ces trois enfans venus dudict Gillibert et de Clerc ou Clcrice de Gonzague , dont est très-grande alliance entre ces deux maisons de Bourbon et Mantoue, là où ledict M. de Bourbon fut très-bien retiré et receu quand il tira en Italie au service de l'empereur, fut leur sœur et première née, dicte Louyse de Bourbon. , qui fut femme de Louys de Bourbon, prince de La Roche-sur- Yon , d'où sortit : M. de Mont pen- | sier duquel je parle, et qui le premier a esté duc , et les autres paradvant ne portoient que titres de comtes, M. le prince de La Roche-sur- Yon, dict Charles de Bourbon, et Suzanne de ! Bourbon, dicte madame deRieux, maryée en ceste graude maison de Rieui en Brelaigne.
J'ay veu ceste dame Louyse de Bourbon , que je dis sœur à M. de Bourbon, une trè>-honnoi rable, sage et vertueuse dame, qui a vescu ] cent ans ; et sa vieillesse estoit très-belle , car le sens et la parolle ne luy avoient point manqué. Le roy François II demeura avecques sa cour trois joursàChampigny; il l'alloit vcoir tous les jours en sa chambre ( laquelle n'en bougeoit pour son I imbccille vieillesse) avecques tous les princes et grands de la cour : si faisoient les reyncs cl mercs régnantes et toutes les dames; et entroit lors qui vouloit. Tout le monde l'arrcgardoM fort attentivement, et raoy aussy bien que les autres , et nous l'admirions , autant pour sa vej nerable vieillesse que pour estre sœur de ce grand M. de Bourbon ; et les plus vieux , qui l'avoient veu , nous disoient qu'elle resscmbloit fort à son frère de visage , et d'autant plus la ! regarda-on. Il ne sçauroit avoir plus haut de trente ans qu'elle est morte , là où le roy, la reync et tous les princes de la cour, et d'ailleurs