M. LE PRINCE DE LA ROCHE-SUR-YON
M. le prince de La Roche-sur- Yon fut frere à M. de Montpensier; il ne fut , par apparance, comme luy si grand religieux ; mais pourtant jl le fur, et fort bon catholique , encor qu'aucuns ont eu opinion contraire, mais c'estoient abus. Bien est-il vray qu'il estoit plu% polit iq que passionné catholique, comme M. son frere, et qu'il conseilloit et tendoit plus appayser les troubles de la France par la douceur que par la guerre et la rigueur; et pour ce aucuns l'en tenoieol plus sage.
Aussy s'il ne fust esté bon catholique et sage prince, on ne l'eust donné au roy Charles IX pour son principal surintendant, gouverneur par dessus M. de Sipierre, qui l'estoit dU4emps qu'il estoit M. d'Orléans. Et quand il vint a estre roy , l'on advisa , par l'advis de la reyne mere, du roy de Navarre et autres grands du conseil, que, pourhonnorer davantage la personne du roy, qu'il eust près de soy un grand prince du sang et advisast a ses actions, bien que M. de Sipierre ne perdist jamais sa charge, car il la meritoit très-bien : et c'estoit un tel homme qu'il falloit à la jeunesse du roy , qu'il dressa si bien , que nous en avons d'elle de trèsmagnanimes effects : aussy M. le prince luy cedoit beaucoup, cognoissanl sa suffisance, aussy grande que de seigneur de France; et M. de Sipierre , qui estoit très-sage , portoit aussy grand honneur et reverance à M. le prince : si bien qu'ils s'accordoient très-bien ensemble. Ht faisoit très-bon veoir ces deux messieurs les gouverneurs près la personne du roy , tenans leurs rangs comme il falloit , l'un haut et l'autre un petit bas; enfin s'en ensuivit d'eux la belle et honnorable nourriture que nous en avons veu.
Ce M. le prince fut en ses jeunes ans fort pauvre; et sans la vefvedu mareschal Montijan, madame Philippe de Montespedon, riche héritière qu'il espousa, il estoit plus que très-pauvre : ainsy le tenoit-on à la cour du roy François ; mais il se remit si bien, que sur 6es ans il devint fort riche , et pour ce très-magnifique et lrès-?plandide, tant en luxes et en grandes despenses de table qu'en beaux meubles et autres magnificences, qu'il fit fort paroistre en
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Espaigne, lorsqu'il y fut conduire ta rcync d'Es- I paigne, et aussy au voyage de Bayonne,où, recognoissant et renouvellant ses vieilles cognoissances de ce temps, il les festina très-superbement et y fit très-bien l'honneur de la maison de France pour son cosié , car il estoit très-liberal autant que M. son frère avare.
Au retour de ce voyage il mourut , n'ayant laissé après luy aucuns enfans , en ayant perdu l'un des beaux , gentils et lionnestes princes qu'on eust sceu venir ( M. le marquis de Beau Preau se nommoit-il ), qui mourut à Orléans ainsy que le roy et toute sa jeunesse se jouoient à cheval. On dit que le comte de Maulevrier 1 le porta par terre et le creva , dont M. son pere en eut si grand despit , qu'il chercha ledict comte long-temps pour le tuer; et fut à luy à s'absenter et à se perdre de veue de luy, car il luy alloit de ta vie.
Toutesfois le roy et la reyne , quelque temps
après, obtinrent de M. le prince qu'il oublierait le tout et ne luy demanderait rien, et ce qu'il ne se monstrast jamais devant luy, autrement il perdrait patience et entrerait en si grande collere et regret de son ancienne douleur, et ne se pourrait tant commander qu'il ne le tuast. A quoy il ne faillit pas uue fois, que nous tournasmes de la prise du Havre , que M. le prince, sortant de la chambre des filles, qui estoit en un lieu bas , et le comte y voulant entrer, fut rencontré, et aussy-tost mondict sieur te prince mit l'espée au |>oing. Ce fut à l'autre à avoir bonnes jambes. Et par bon encontre va trouver une fuye qu'il contourna plusieurs fois, ainsy que M. le prince le poursuivoit tousjours l'espée au poing. Enfin il se sauva galantement; dont il y eut après de la risée parmy nous, songeant à ceste fuitte, que ledict comte faisoit encor plus valoir quand il la contoit, car c'est l'homme du monde qui est de la meilleure et plus plaisante compaignie. Mais alors, et sur le coup, il n'y a voit pas à rire pour luy, qui gaigna plus en la mort de ce prince qu'en sa vie; car il n eust fallu qu'un malheur, ou bien qu'il se fust du tout banny de la cour. Il falloit pardonner à la passion de ce noble pere et prince; car il n'avoit que ce fils, son seul espoir, sa seule joye et consolation, sa seule attente de le veoyr un jour ce que desjà sa 1 Charte» Robcrl de Maulerrifr.
NDS CAPITAINES FRANÇOIS.
jeunesse si belle et si accomplie luy promettait ; et l'avoir veu mort de tell esorte , c'estoil un grand dommage et pour le pere et pour le fils!
Eutr'aulres belles vertus qu'on donnoil a M. le prince , c'estoit qu'ilc stoit fort homme de bien et d'honneur, et qu'il ne trompoit point les personnes qui s'adressoient à luy à la cour et auxquels avoit une fois promis : aussy une belle fille de la cour (de laquelle il estoit amoureux, voyre jouyssant) l'appelloit le Grison fidelle, sur l'exemple ou allégorie d'un fort beau cheval grison que le roy avoit, qu'on appelloit ainsy.
Il estoit brave et vaillant ; il le monstra en une querelle qu'il eut contre M. d'Andelot, trèsmauvais garçon; et j'en parle ailleurs.
Il estoit très-sage et bien advisé, et avoit un très-bon sens, et le tenoit-on meilleur que celuy de M. son frère ; aussy le roy Henry le fit gouverneur de Paris et de l'isle de-France après la baltaille de Sainct-Quentin , où il le servit trèsbien et à son contentement et de tout le royaume.