LE ROY FERDINAND D'ARRAGON
Or d'autant, comme j'ay dict, que je veux commancer par les Espagnols et puis finir par nos François, je vays un peu donner au roy Ferdinand d'Arragon, duquel, bien que les histoires de ces temps, et le tient-on encor parmy les Espaignols, qu'il n'a pas faict de grands combats ny de grandes guerres de sa main, ça esté un roy fort excellent en vertus et sages conseils.
Et si constamment, disent les histoires, il eust gardé ce qu'il promettoit, on n'eust trouvé guieres à redire en luy; mais il ne se soucioit de rompre sa foy, pourveu qu'il en tirast proffit. Il le monstra au roy Charles VIII, qui, advant son voyage de Naples , avoit traiclé et juré avecques luy solemnellement , et pour ce luy avoit quiclé la comté de Roussillon. Il s'alla en un tourne-main liguer avec ceux qui luy cuiderent oster la vie à la baltaille de Fornoue , s'il ne se fust bien deffeodu.
Il vendit après son pauvre oncle Federic , comme à beaux deniers au roy l,ouys XII; et partagèrent son royaume et sa despouille, et le chassèrent de son bien.
Il la rendit tout demesmes audicl Louys XII; car, pour une querelle légère et faicte a propos, il print sujet de le chasser du tout hors du royaume, et prendre tout pour luy.
Voylà connu' il faisoit bon marché de sa foy. Aussy lisez Philippes de Gommines ; vous y verrez les punitions que Dieu luy envoya. Encor en fut-il quicte à bon marché; car il le devoit àespouiller comme il avoit faict les autres.
On le disoii fort tenant en sa despense; et pourtant , quand il fut mort, on ne luy trouva grands amas de trésors.
Il est vray attssy qu'il soubstint de grandes guerres, et contre les François et contre les Mores de Barbarie et Grenade, qu'ils avoieot tenue plus de huict cens ans, et à ses portes; réduisant ce beau royaume, et l'unissant à ecluy de Castille , ce qui fut certes un œuvre bien pieetsainct; et croy que Dieu luy en sceut plus de gré que de s'attaquer à nos roys de France très sacrés. Et à ceste saincte entreprise disoit-on que la reyne de Castille l'y avoit autant ou plus poussé, (carc'estoit une fort dévote et religieuse princesse ) qu'aucun grand zele 1 qu'il y eust, n'estant devotieux que par ypocrisie, couvrant ses actes et ambitions par ce sainct zele de religion , coram' il prit le royaume de Navarre par ce moyen.
Les entreprises et prises qu'il fit sur Oran , Alger et autres places de Barbarie et Afrique, luy raporterent aussy bien de l'honneur et de la réputation.
Estant fils second du roy Jehan d'Arragon , il vint à la couronne par la mort de son frère aisné, et fut roy de Castille par sa femme Isabelle. Deux heurs grands arrivés à luy tout à coup : Il fit faire la descouverte des Indes parce grand personnage Christofle Cou Ion, pour le zele sainct de sa femme qu'elle avoit à convertir ces pauvres gens, plus tenant des bestes que des hommes; et luy, le fit pour la convoitise d'avoir de ce bel or, dont il en fit faire ces beaux doublons.
Il régna quarante ans assez heureusement : car s'il fut heureux d'un costé , il fut malheureux de l'autre, parce qu'il perdit son fils unique, qui luy mourut, et sa fille Jehanne, au moyen d'une certaine melencolie qui la prit emprès la mort de son mary le roy Philippe, et devint perdue de son sens et entendement, ayant laissé ses enfans jeunes , dont l'aisné n'avoit pas encor dix ans. Ce qui fut cause que ledict Ferdinand ne s'amusa guieres à Naples, où U en estoit allé prendre possession, bien que le peuple de là l'aymoit et le tenoit et) grand estime, et l'eusl fort voulu là; et s'en retourna en Espaigne avec sa seconde femme, Germaine de Foix , oiepee du roy Louys XII , et
» Le manuscrit 8771 dit : « El lui, le galant •