‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, abbé séculier de Brantôme et d'André vicomte de Bourdeille (volume 2)Chapitre 29 sur 361 · DUC D'ALBE · texte numérisé non relu

DUC D'ALBE

personne, disoit-il. Chascun l'en louoit fort; aussi la reyne sa bonne sœur le luy avoit fort recommandé; ce qu'il n'aymoit pas mieux.

Il nymoit le roy naturellement; car, bien qu'il fust fort jeune lors, il en presageoil de grandes valeurs et vertus qui luy escheroient un jour; comme de vray luy fussent-elles estées eschenes, sans la mort qui le print advant le temps.

Le roy luy faisoit des demandes de ses guerres passées et de l'empereur, qu'il s'estonnoit merveilleusement de son vif esprit et de son bon jugement, comme certes il l'avoit. Je vous laisse à penser, s'il eust eu plus longue durée, ce qu'il fust esté. J'en parle d'advaniage en sa vie.

Leroy l'honorait fort (en tenant sa petite grandeur pourtant lousjours comme s'il fust esté plus en aage) pour l'honneur qu'il portoil à la reyne sa maistresse. Certes il estoit grand, fust ou qu'il se tint sur sa chaire derrière elle quand elle estoit à table, ou qu'il l'accompaignast en marchant, ou parlast à elle, lousjours la leste descouverte, bien qu'elle le priast sou va ni se couvrir; car c'estoit la mesmes honnestelé et douceur. Aussy estoit-elle toute noble françoise, comme j'en parle en sa vie.

A tant , c'est assez parlé de ce grand capitaine; car j'en parte encor en plusieurs endroicts de mes livres. Meshuy, il est temps de finir en disant ce que deux braves vieux soldais me dirent une fois parlant de luy : lia! Seîlor, el buen padre de los soldados es muerto '. Aussy en sa vie leur a-il donné de bonnes lipées , et de bons moyens pour gaigner la pièce d'argent, et mesmes aux curées de la Flandres. Et me disoienl encor qu'ils s'y estoient veus pour un coup leur estre deues dix-huict payes, sans jamais s'en estre mutinés; aussy nVn perdirent-ils pas une. Quelle créance parmy eux, et quelle providence au chef!

11 partit d'avecques eux en grands regrets, quand il laissa sa place au grand commendador, qu'ils n'aymerent tant.

VIES DES GKAN

DS CAPITAINES

EL GKAN COM MF.NDADOR.

Si fut-il un bon capitaine. Il n'en fault autre preuve que la baltaille de Lepanle, le roy , dEspaigne l'ayant donné à dom Joan d'Austrie pour l'un de ses principaux conseillers et corabattans près de sa personne, où il fut plus heureux qu'en Flandres, où les choses commencèrent un peu à changer ; dont je m'en rapporte à ceux qui les ont veues; c'est chose de frais.

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