MM. DE CHAVIGNY ET DE LA VAUGUYOIN
amit yé dès le siège de Brouage, où n'ayant pourtant aucune charge que de sa compagnie de gens-d'armes, il servît très-bien le roy en tout plain de belles occasions qui s'y présentèrent , car il estoit très-vaillattl et fort homme de bien, il regretta fort son roy et son bienfaiteur, et se rendit v disoit-on, animé contre la ligue , autant pour vanger la mort de Mm roy que pour autre subject.
Avant qu'il fut marescbal, ayant querelle contre le capitaine Villeneufve , jeune gentilhomme et très-déterminé, il fut fort blessé de luy dans un bras, dont il cuyda mourir. Et en vis le roy en si grande colle re, que, s'il eust tenu ledict Villeneufve, il luy eust faict trancher la leste quand il eust eu cent mille vies : dont ce fust esté grand dommage ; car cesloit un brave et vaillant gentilhomme. Je le vis despuis suivant M. de Turaine aux guerres huguenot tes en quelque entreveue que nous fismes.
Ce Villeneneufve, un jour que ledict sieur maréchal .se pourmenoit en coche avecques madame de la Bourdcsiere, qu'il espousa despuis, et madame de Kaix et un autre gentilhomme, dont pour à ceste heure je ne m'en souviens pas bien et n'en ay cognu d'autre ( il me semble que c'estoit Bouchemont , qui estoit à M. le duc d'Alençon. Ondisoit pour lors a la cour que ces deux gentilshommes avoient de la semence de chien. Quant aux dames, elles eurent si grand peur et appréhension, qu'elles se firent aussy tost saigner pour ne devenir ladres de ceste vezarde , comme elles le confessèrent fort bien y, ce Villeneufve , avecques un autre déterminé soldat,| vint au coche, le fait arrester, tire son coup de pistollet , dont il blessa au bras M. d'Aumont : l'autre tire à l'autre gentilhomme et le tue tout roide mort , qui turaba sur madame la mareschalle de Rai/. Ayant faict ainsy leurs coups, se retirèrent vers la porte de Bussy fort bien , et se sauvèrent au lieu de leur retraicte. On trouva ceste resolution et exécution fort estrange ainsy dans Paris en plain jour.
M. d'Aumont, qui n'estoit encor mareschal, mais bientost après, fut fort plainct et regretté, et fort visité de la pluspart de la cour et de Paris, car on le tenoit tous les jours pour mort ; et endura beaucoup de douleurs ; enfin il en reschappa. Le .roy le visitoit souvent au logis
I du comte Ghasteauvillain, y estant rcliré; et telles visites de ces grands guérissent bien souvent de grands maux et malladics , comme j'ay veu.
On disoit que M. de Beaupré, très-brave et vaillant gentilhomme, estoit fort meslé en cela, car il avoit pareille querelle contre mondicl sieur le mareschal. Je ne sçay si du despuis le roy les a accordés : ce qui a esté bien de besoing, car et les uns et les autres ont laissé de trèsbraves et vaillans enfans , messieurs le comte de Ghasteauroux et de Cbappes , de moudict sieur le mareschal , et M. de Beaupré d'aujourd'huy. Il en pouvoit arriver dangers et de grands inconveniens. J'ay ouy dire, je ne sçay s'il est vray, que le mesrae bras de mondict sienr le mareschal, qui fut blessé en ceste querelle, fut de mesmes en cest assaut, dont il mourut. Ce sont des coups de guerre qui se rapportent ainsy en mesmes lieux des personnes, comme le bon homme M. le mareschal de Biron : en sa mauvaise jambe il eut l'harquebusade de La Rochelle, et l'autre il se la rompit et cassa , estant lieutenant de roy en Gascoigne, d'un cheval qui luy tumba. Gela arrive souvent que là où on a mal, ou que l'on y a eu , on y est subject de s'y blesser tousjours. Les médecins et chirurgiens le disent que : le mal recherche tousjours le lieu où la nature est la plus fbible.
IV et V.