‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, abbé séculier de Brantôme et d'André vicomte de Bourdeille (volume 2)Chapitre 325 sur 361 · M. DE CHASTILLON · texte numérisé non relu

M. DE CHASTILLON

Voylà doncques M. de Chastillon pourveu en cest honnorable estât de couronnel gênerai, auquel toute l'infanterie qui a esté de son temps, et venue despuis après, doibt beaucoup; car c'est luy qui l'a réglée et pollicée par ces belles ordonnances que nous avons de luy aujourd'huy imprimées et tant pratiquées, leues et publiées parmy nos bandes : mesmes que j'en ay veu ses ennemys et contraires à son party, capitaines et autres, quand il venoit quelque difficulté de guerre parmy eux, dire souvent, comme je l'ay veu : « Il faut en cela se gouverner et régler par « les ordonnances de M. l'admirai. »

Ils avoient raison, car elles ont esté les plus belles et politiques qui furent jamais faictes en France. Et croy que , despuis qu'elles ont esté faictes , ies vies d'un million de personnes ont esté conservées, et| autant de leurs biens et facultés ; car auparadvant ce n'estoit que pilleries, voleries, briganderies , rançonnemens , meurtres, querelles et paillardises parmy les bandes; si bien qu'elles ressembloient plustost -ironies d'Arabes et de brigands, que de

nobles soldats. Voylà doncques l'obligation que le monde doibt à ce grand personnage, qui u'est pas petite.

Bien est-il vray que M. de Langcaydu Bellay en avoit esté advant luy inventeur d'aucunes, lorsqu'il estoit lieutenant de roy en Piedraont ; mais elles s'observoient assez négligemment. M. le prince de Mclfe y en ajousta aussy, les* quelles il fit estroictement garder, et mesmes celle qui touchoit les querelles et les larcins et destroussemens des vivandiers , et plusieurs autres.

Mais M. de Chastillon en rendit et accomplit en cela l'œuvre parfaicte ; et les fit si estroictement observer, qu'il en acquit le renom de très-cruel. Mais, pour cela , il ne s'en soucioil guieres , veu qu'au commancement de l'observation de telles lois nouvelles, et tant importantes, il le faut estre.

L'on en a veu le bien enfin qui en est revenu, et qui en reviendroit bien encor, si on en vouloit practiquer et continuer la discipline. Mais aussy advant il faudroit payer le soldai : car, au i renient, il ne se peut, et c'est une grande injustice de le faire mourir.

Or estant doncques M. de Chastillon couronnel, pour son principe il fut debvantBoulongne; laquelle il brida et resserra de telle façon par blocus et forts (et mesmes qu'il y en a encor un sur eslre et en nature, qu'on nomme le fort de Chastillon), qu'il la réduisit bienlost à reddition : ce que paradvant, du temps du roy François 1, beaucoup de bons et grands capitaines avaient failly. L'histoire de France le peut tcsiitier, et les commentaires de M. de Montlue, sans que j'en parle plus advant.

En ceste guerre, il apprit aux Anglois un proverbe : < A cruel cruel et demy , ou bien du tout »; car ils estoient si cruels à nos François', et l'avoicnl tant esté, qu'ils n'en pouvoient désapprendre, tant ils l'avoient pris en habitude. Qu'aussy tost qu'un pauvre François estoit tumbé entre leurs mains, il ne falloit point parler de mercy; car la vie s'eu alloit ; et se plaisaient quelques-uns A prendre leurs testes, et ficher au bout de leurs lances et picques , et

1 Froinart remarque que les Français et le» An^lai«,de •on temps, faisaient une (juerre tres-courtoise. tout au contraire des Allemands, qui étaient fort cruel» envers leurs prisonniers.

NDS CAPITAINES FRANÇOIS.

en faire leurs parades, à la mode des Mores et Arabes. Mais M. l'admirai leur rendit bientost leur change, et leur en fit de mesmes, voyre pis : si bien qu'ils vinrent aux requestes et à demander la bonne guerre, qui leur fut octroyée à la mode du Piedmont, entre les François et impériaux.

Je tiens ce conte de M. l'admirai mesroe,qui me le fit en Pcrigord , sur le subject qu'il prit de faire le massacre des paysans qui a voient si mallraitté les Provariçaux à leur desfaide, de la main desquels plus en furent tués que des soldats ; et pour ce, me dit-il, qu'il voulait faire lesdicts paysans sages pour telles tueries et cruautés, comme il avoit faict les Augtois debvant Boulongne.

Aussy je vous jure qu'il s'y en fit un estrange carnage, car, par-tout où ils passoieut, vous n'eussiez veu que paysans par terre. Eo un chasteau de la chapelle Faucher, prés de moy, il en fut tué de sang-froid dans la salle deux cens soixante, après avoir este gardés un jour. Mais comme je dis à M. l'admirai que telles exécutions sedebvoienl faireaux endroicti de ladicte desfaicte , il me respondit que c'rsloit en niesme patrie, et que tous estoient mesmes paysans perigordins, et que l'exemple en demeurait à tous, et la crainte de n'y tourner plus.

Tant y a , que l'on a tenu mondict seigneur l'admirai fort cruel; mais il falloit qu'il leruM. et mesmes luy le confessoit , comme je l'ay veu souvent confesser que rien ne le faschoit <\ut les cruautés ; mais, pour les polices et les conséquences , il y forçoit son naturel et son humeur; comme, lorsqu'il falloit monstrer une douceur et miséricorde, il estoit certes bon. doux et gracieux.

Le voyage d'AIIemaigne se présenta, où il « trouva commander à cent enseignes de gens de pied, et l'infanterie y fut très-belle et grande, qui toutesfois n'estoit pas bien policée, et n'ivoit encor appris ces ordonnances; je dis la plus grand part des compaignies nouvelles: mais bien leur servit de les apprendre bien- ^ tost, aux despens de leurs compaifynons ma! réglés et mal faisans , que Ton voyoit pende» | aux branches des arbres plus que d'oiseaui. C'estoient la pluspart de ces soldats nouveaux qui pensoient vivre en toute pleniere liberté

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