M DF TAYS
Comme j'ay dict doneques cy-devant qui M. de Tays a esté le premier couronnel gênerai des bandes françoises, tant de çà que de-là les monts, il le faut croire ainsy, car il y a encor force vieux capitaines et soldats qui le testiMent : qui fut un grand heur et honneur à luy, que luy, qui n'estoit que simple gentilhomme , mais pourtant de bonne part et bon lieu, non pas riche, fut honnoré d'une si honnorable charge; car pour un coup il s'est veu commander à pluî de six vingts enseignes françoises, tant de-çà que de-là les monts : qui estoit beaucoup certes, mais non tant que les six vingts légions qu'Auguste entretenoit d'ordinaire, fust aux champs, fust aux garnisons, bien qu'il fust monarque paisible du monde; maisc'estoit sa gloire, sa grandeur, sa terreur, aussy bien pour la guerre que pour la paix.
Ce fut un grand neur et honneur pour ledic
DES C0UR01SNELS FRANÇOIS
de Tays, pour n'avoir faict l'office de gens de pied par trop, comme un M. de Mootluc et autres de son temps , ny pour avoir eu aussy ailleurs de grandes charges au service du roy, «-non vers La Mirande, où il fit assez heureusement la guerre, et servit le roy François premier, comme nos histoires françoiaes le les- > trient.
J'ay ouy dire à aucuns a la cour , et sur-tout une dame de la cour pour lors, qui sça voit tout
■ e qui s'estoit passé de son temps, que ce fut 1:11e dame de la cour qui le poussa et avança je ne la nommeray point), qui l'aymoit fort;
il port oit une devise pour ce, ou plustost un reluis de Picardie, qui estoit des tais d'un pot ou d'un buye' cassé; car telles pièces en vieux
■ rançois s'appellent lais.
Sa première et plus belle monstre de sa charge fut en la battaille de Gerisolles, où il fit si bien, par l'assistance de M. de Monlluc qui menoit les enfans perdus, le capitaine Ville Franche , très-brave et vaillant capitaine, et d'autrescapitainesdu Piedmont,et des vieux routiers, parlésquels il se mit dès-lors en une très-grande gloire.
J'ay ouy dire et asseurer à une infinité : que ledict jour de la battaille, aiusy que son page se présenta devant les battaillons, où il estoit monté sur un très-bon et beau cheval d'Espaigne, il le fil descendre de dessus, et le fit attacher a un arbre 3, et commanda à deux ou trois soldats de luy tirer des barquebusades et le tuer : ce qu'ils firent aussy tosl; ce qui fut un grand dommage. Et il le fit d'autant que , le jour de la bail aille, il faut que le couronnel soit devant le ballaillon loing d'une picque, armé de toutes pièces, sa bourguignotte en leste et sa picque en sa main, et tous ses capitaines en chef armés de mesmes à la testedu battaillon, les enseigne;) au mitan, les lieutenans à la queue, les sergens aux cosiés, le sergent-majour, ou, pour parler à l'ancienne mode , le sergent de batlaille, à cheval, pour aller par les rangs , par le devant, par le derrière, et par les cosiés ou aisles, afin de mettre ordre promptement à ce qui est nécessaire.
Sur quoy j'ay ouy faire un conte pour très-
« Buye et buire en vieux françai» àgniDeut cruebe, amplure.
' Non le page , comme le fait d'abord croire l'exprea- •ion embarrassée de Brantôme, mail te cbevat.
certain : que, ce jour de la battaille de Ceri sol les, le sergent de battaille, qui estoit pour lors La Burthe , enfant de Bourdeaux , fort digne de sa charge, revisitant les rangs, et jettaut sa veue sur tout son faict, vit un gentilhomme qui ne faisoit qu'arriver de la cour en poste (je l'ay bien ouy nommer, mais ne m'en souviens), car les chemins des postes estoient tous rompus de gentilshommes qui alloient à ceste battaille à l'envy les uns des autres; et parce que ce gentilhomme n'avoit eu la commodité de recouvrer des armes tout à coup, avecques un jaque et manches de maille , dont on en usoit fort de ce temps, et une hallebarde, se mit au premier rang parmy les capitaines , ainsy accommodé. La Burthe luy dit aussy tost qu'il soriist de là, et qu'il desfaisoit et desembeliissoit le rang , d'autant qu'il debvoit bien sçavoir qu'il falloit eslre armé de toutes pièces, et , s'il ne le sça voit, qu'il le luy apprenoit ; par quoy , qu'il s'ostast viste;et ne luy en dist rien plus. La Burthe, n'ayant pas loysir de se tenir là long-temps, ny de contester, s'en part pour adviser à ses battailles et à sa charge; puis il retourne; et, le trouvant encor là , luy remonstra fort audacieusement ( car un tel jour est le jour de solemnilé et grande feste de leur aulhorité) une autre fois ce qu'il luy avoit dict. Le gentilhomme luy respondit que, tout tel qu'il estoit, et ainsy armé, qu'il ne cedernit pas à un des mieux armés qui fussent là, pour bien combattre et bien servyr ce jour son roy , et qu'en matière de son service , et en telle journée, et en tel endroict et occasion, tout estoit de guerre , tout estoit de rang et d'ordonnance, et tout esgal, et qu'il n'en bougerait point. La Burthe , perdant patience, luy donna aussy tosl de l'hallebarde au travers du corps, et le tue tout roide mort : et n'en fut mitre chose pour ce coup , car Ton marchoit droit à l'ennemy pour se battre.
Mais après la battaille, comme j'ay ouy dire à ceux qui y estoient, et mesmes à plusieurs gentilshommes qui déploraient le Irespassé, qui estoit brave et vaillant, trouvèrent le coup trop prompt, et par trop légèrement faict, et avecques la teste trop à la gasconne, et qu'il n'y avoit nulle raison d'avoir tué ainsy ce gentilhomme , qui , tout plein de courage et de valeur, estoit part y de la cour de si bonne volonté pour se trouver à une si boune affaire; et pour ce
que celle d'un capitaine, puisque tous les capitaines luy obeyssoient , et prenoient le mot et Tordre de luy, qu'il recevoit des généraux, voire
qu'il n'avoit pu recouvrer armes propres, ny ainsy qu'il eust bien voulu, mais comme il avoit pu , il n'y avoit point de raison ny aucun droict de guerre de tuer ainsy un gentilhomme d'honneur et de valeur.
1* roy François ne le trouva bon quand on tu y on fit le conte, car il regretta le gentilhomme et .<;a bonne volonté. La Burthe respondit, et ceux qui lenoient son party, que, puisque les staïuts et ordonnances de la guerre estoient telles, il n'avoit rien faict que de les ensuivre, et qu'il falloit qu'il le fist ainsy; et qu'il avoit ordonné au gentilhomme une place très-propre pour luy, mais qu'il n'y avuil voulu aller, et luy avoit respondu qu'il n'avoit rien à luy commander : et la place qu'il luy avoit ordonnée, estoit qu'il ailast trouver le capitaine Montluc et les enfans perdus, parmy lesquels est permis à un chascun de se trouver et combattre le plus légèrement qu'on veut, avecques une rondelle, ou manche de maille, ou hallebarde, ou armé ou désarmé comme l'on veut; mais le gentilhomme ne Tavoit voulu faire, et avoit doneques tort. Et fut jugé ainsy par tous les capitaines, qui se soustenoieot les uns les autres, et qui affirmoient comme ils avoient ouy comme La Burthe l'avoit voulu envoyer avecques les enfans perdus. Mais, les courtisans, et ceux qui tenoient le party du trespassé, disoient qu'ils n'en avoient jamais ouy parler. Pour fin, il n'en fut jamais autre chose. Si est-ce que les gallants discoureurs peuvent beaucoup discourir là-dessus, car aussy ce La Burlbe fit très-bien là ce jour son estât.
J'ay Faict cest incident, m'estant venu à propos pour le subject, et pour le trouver très-beau, et feray encor celuy-cy sur Testât de sergentmajour, et combien il est beau et honnorable, dont j'en ay veu faire grande estime à plusieurs grands capitaines et généraux d'armées.
Sur quoy j'ameneray le mot de ce grand empereur Charles, qu'il dit au capitaine Villandrado, en la guerre des protestans, à la journée de Dina. Car, ainsy que ledict Villandrado, qui estoit sergent-majour, luy eust demandé une compaignie degensde pied qui venoit à vacquer, Sa Csesarée Majesté luy respondit : qu'elle s'estonuoit comment il la demandoit, et ne se contentoit de sa charge de sergent-majour, qu'il eslimoit en plus grande prééminence beaucoup
des roys et des empereurs mesraes; et qu'au sergent-majour en guerre, en tout temps et en tout lieu, la porte ne luy est fermée jamais, si que librement il y entrait sans aucun refus.
Voylà lesparolles et raisons de ce grand empereur, que j'eusse recitées et mesme langage espaignol qu'il les recita; mais ce fustTsté une supcrfiuité vaine. Villandrado lui respondit : qu'il le sçavoit bien; mais, pour estre la solde de sergent-majour, et les practiques très-petites, et les corvées grandes, il le supplioit de le recompenser de ceste compaignie; aussy que l'usage desjà s accommençoit à se tenir parmy Tinfanterieespaigjiolle, de pourveoir un sergentmajour, après qu'il avoit long-temps et deumeot faict sa charge, d'une compaignie. Voylà à quoy advisoit Villandrado.
Le plus beau et le meilleur en cela, disent les Espaignols , est de suivre la coustume des Italiens et des Allemands , lesquels eslisent un de leurs capitaines en leurs regimens, et le plus practiq et le plus suffisant , pour sergentmajour, et, par ainsy, estans capitaines et sergens-majours, sans aucun contredit, en l'absence des couronnels et maistres de camp, commandent aux regimens , pour avoir deux grades ensemble: ce que les Espaignols ne faisoient pas de nos temps. Je ne sçay ce qu'ils font aujourd'buy.
Aussy bien souvent arrive-il des altercations parmy eux, et entre aucuns eapitaines bizarres et mutins, qui se faschent quelquefois d'obeyr à des sergens-majours, n'estans point capitaines comme eux, mais y aspirans; de sorte que c'est la plus graude récompense, que Ton leur puisse donner, après qu'ils ont longuement servy, que les faire capitaines avecques eux.
J'en ay veu un differeud en ma vie parmy eux, et parmy nostre infanterie françoise, qui est tel: lorsque nous allasmcs au secours de Mallhe, le roy et sa cour estoient à Moulins. M. de Strozze et moy, et une vingtaine de gentilshommes que nous estions, nous partîmes de là. M. de Strozze ne dit, ny au roy, ny à la reyne , ny à aucun qui fust , qu'il y allast , sçaebant bien que Leurs Majestés Tempescheroient; mais, simplement leur demanda congé
DES COURONNRLS FRANÇOIS.
pour aller à Lyon mettre ordre à quelques affaires qu'il y avoit d'importance , et de là en Provance veoyr son oncle le cardinal , et pour deux ou trois mois : ce que Leurs Majestés luy octroyèrent librement.
Luy , sçachant bien que si long voyage qu'il entreprenoit pourrait estre de durée de plus de huict ou neuf mois , advisa de mettre ordre avant que partir à son régiment qu'il avoit des gardes du roy : et pour ce , de peur qu'en son absence n'arrivast quelque grabouil, sédition mutinerie et parmy les capitaines, touchant la prééminence et le commandement, après avoir assemblé tous ses capitaines, et leur avoir dict l'intention de son voyage, et sa volonté pour commander en son absence, il advisa, tant par sa nomination que par l'élection et consentement de tous ses capitaines, que le capitaine Sarriou, le plus vieux et practiq de tous les capitaines, commanderait en son absence; et non sans raison , car il esloit tel , et un fort homme de bien et d'honneur, appartenant à M. le roareschal de Termes.
Ainsy prit congé M. de Strozze de tous ses capitaines , et leur dit adieu après leur avoir recommandé leur debvoir; mais il ne fut pas plustost party, que le capitaine Hortolan , son sergent- major, se voulut ingérer et advancer de leur commander à tous , et de leur donner le mot , selon le deu de sa charge. Tous les capitaines s'y opposèrent et dirent qu'ils ne luy obey raient point, si-non à celuy que M. de Strozze avoit nommé. Le capitaine Hortolan avoit gaigné M. le connectable, et luy avoit desjà remonstré l'authorité qu'il avoit. M. le connectable, qui n'ignorait rien du faict de la guerre, ordonna que le sergent-major, selon son authorité et coustume , prendrait le mot du roy, et le donnerait aux capitaines, et leur commanderait leurs ordres, leurs gardes , leurs guets et leurs charges, sans pourtant s'extravaguer nullement du debvoir de sa charge. Qui furent estonnés ? ce furent les capitaines , de ceste sentence de M. le connectable; et, pour ce, eurent recours d'envoyer ledict Sarrion luymesme en poste vers M. de Strozze , pour l'attrapper en chemin et luy dire tout le succès.
Nous n'estions qu'à La Palice , que sur la minuit nous ouysmes le huchet du postillon, qui nous esveilla soudain M. de Strozze et mov,
BBANTOME. I.
qui estions couchés ensemble. Ce fut le capitaine Sarriou, que nous vismes à la chambre arriver, qui fît le discours à M. de Strozze de tout ce qui s'étoit passé. Qui fut despité? ce fut M. de Strozze, et mesmes M. le connectable luy estoit allé desfaire tout ce qu'il avoit faict. Par quoy, tout en colère, escrit au roy et à la reyne , et à M. le connestable, toutes ses raisons, et sur-tout qu'il quitloit sa charge, si on ne lenoit pas faict ce qu'il avoit si bien ordonné avant que partir. Ses dires et ses raisons ouyes de Leurs Majestés et de M. le connestable , M. de Strozze fut creu, et obéy pour ce coup, et le capitaine Sarriou arresté en la charge que luy avoit commis M. de Strozze, encore que M. le connestable alleguast beaucoup de belles choses, causes et raisons contre M. de Strozze, lesquelles je laisse à discourir à MM. les capitaines, sergens-majors et maistres de camp, mieux entr'eux que je ne sçaurois faire; si ce n'est celle-cy qu'allégua M. le connestable: que c'estoit un grand cas qu'un sergent-major, qui commandoît à tant d'hommes le jour d'une bat taille, tant capitaines qu'autres , qu'il ne pust commander à une si petite trouppe qu'estoit un régiment.
Pour fin, M. le connestable dit que, pour complaire à M. de Strozze , il luy falloit laisser passer celle-là, et qu'il meritoit bien d'estre gratifié en de plus grandes choses.
Pour conclure : Testât d'un sergent-major est un honnorable estât ; et les Espaiguols, ce m* semble, en font encor plus grand casque nous 11 peut aller à cheval tousjours, non -seulement par les ordres et battailles, mais par-tout lecamp: voyre l s'il trouve le roy et le gênerai d'armée, il doibt parler à luy à cheval , tousjours sans mettre pied à terre; et qui l'y met n'entend pas bien sa charge, et y est tenu fort nouveau , et s'en mocque-on. Le jour d'une battaille , il ne se doit jamais mettre pied à terre parmy les capitaines, mais tousjours aller et venir parmy les files; car se mettant à pied, et combattant comme les autres, il ne sert que d'un, et ne vaut pas plus d'un; et estant à cheval, se promenant, il en peut valoir plusieurs, pour pourveoir à une infinité de choses qui en tels cas et occasions se présentent.
De plus, il faut qu'il aye tousjours un gn» basion en la main , tant pour empescher et des-
tourner les bagages, qui embarrassent et ferment le chemin des soldats niarchans , que pour monstrcr ce qu'il Faut faire, au lieu que les autres le munstrent avccques la main ou le doigt, aussy pour chastier lïnobediancc des soldats in flagranti. Les Espaignols usent de ce mot latin, et tiennent plus, que le soldat, tantsignallésoil-il, venant quelquesfois à faillir, n'est dcshonnoré d'avoir quelque coup de baston, mais que ce soit m flagranti, autrement non ; et qui sera le soldat qui après s'en veuille ressentir, il n'est estimé parmy eux, comme ne sçachant pas encor l'usage de la guerre.
II y a aucuns qui ont eu ceste opinion: qu'il falloit qu'aucuns maistres de camp fussent à cheval le jour de la battaille, comme le sergentmajor ; et ay veu aucuns capitaines vieux tenir qu'il estoit ainsy nécessaire.
Le capitaine Salines , le bon homme , qui estoit maryé dans Ast, le jour du secours qu'envoya le roy d'Espaigne, à Malfhe pour lever le siège, et qu'on pensoit donner la battaille aux Turcs, fit ce jour là office de maistre de camp gênerai et de sergent- major, parce qu'il le meritoit , et que le bonhomme estoit vieux et cassé, et ne pouvoit estre bon piéton, à cause de ses vieilles plaies, et aussy qu'en toute ceste armée il n'y avoit aucun cheval que celuy-là , qu'on avoit faict embarquer pour toutes ces causes, comme la raison vouloit; autrement, l'office de sergent-major ny de maistre de camp, ne se pouvoit bien exercer, qui ne se peut jamais bien faire à pied, quelque bien ingambe qu'il soit.
Si tous nos maistres de camp et sergens-majors d'aujourd'huy roontoient à cheval en nos batt ailles, on y verroil plustost des compaignles de gens de cheval que de pied , tant y a de ces gens là ; et ne verroit-on que confusions parmy eux, et s'entre-choquer les uns les autres , s'embarrasser et tomber par terre, en allans et venans , et avecques cela une trèsplaisante rîsée.
Or, pour retourner encor à M. de Tays , la raison pourquoy il fit barqoebuser son cheval d'Espaigne , fut afin qu'il ne donnast soupçon à ses capitaines que, se fiant par trop à son bon cheval, et venant à luy mal baster, qu'il les quittast et montast dessus et se sauvast bien à poinct , sans s'opiniastrer au combat, et par «insy que les capitaines perdissent coeur. Mais
par là il leur monstra qu'il ne les vouloit abandonner, ains de mourir et s'enterrer avecques eux dans le champ de battaille , dont il en fut fort estimé, cl fit bien.
Mais, sans faire tuer ce brave cheval (ce disoit-on), il le pouvoit bien envoyer au bagage.
Mais, possible, il le fit venir là exprès, pour faire ceste rodomontade, sotte pourtant.!
Quoy que ce soit , on le disoit pour le moins ; car il y a aujourd'huy tant de vanités! et le temps passé y en a eu autant ! Gomme ce brave Spartacus, gênerai des gladiateurs romains révoltés, lequel, le jour de la battaille où il fut desfaict et tué , fit de mesmes tuer devant ses gens un très-beau et bon cheval qu'il avoit , et qui l'avoit auparadvant bien servy.oSi nous gai- « gnons la battaille, dit-il, j'en recouvreray un «meilleur. Si nous la perdons, et que j'y meure, «qu'en ay-je affaire ?»
Bref, on parla fort de luy 1 après ceste battaille , et le roy François fit grand cas de luy, lorsqu'il amena au camp de Jallon vingt-cinq enseignes de ces braves et triomphantes qui venoient de frais de ceste belle victoire de Cerisoles, dont les capitaines et soldats estaient si glorieux et si bravans , qu'ils menaçoient e«x seuls de combattre toute l'armée de l'empereur, qui estoit l'une des belles et grandes qu'il eust mis jamais sur pied, et n'en desplaise a celle de Provance et Landrecy, laquelle, glorieuse -et oui reçu ydée d'avoir pris Sainct-Dîiierà la barbe du roy dans le royaume , bravoit tant , et nie naçoit bientost aller loger dans Paris.
Que pour le moins, si elle ne le fit, elle rendit les Parisiens sî estonnés, que, pliant bagage, la plus grand part s'enfuyoient qui ça, qui là. Sur lequel subject le roy François leur dit qu'il ne les sçauroit engarder de peur, ouy bien du mal. Mais, pourtant, l'empereur, avecques toutes ces bravades et menaces, voyant la belle et résolue contenance du roy et de M. le Dauphin, alors son licutenant-general, et de son armée, trouva moyen, par les entremenées et entrefaictes d'un moine, de faire la paix: mais bien ayse. Si que possible, luy et ses gens redoubtoieut nos enseignes et bandes victorieuses de Piedmont , qui les avoient si bien battus.
Sur quoy j'ay ouy dire à plusieurs vieux capitaines d'alors, et mesmes à M. de Grillé, • De M. de Tay».
DES COURONNELS FRANÇOIS.
Provançal, et seneschal de Beaucaire, brave et vaillant capitaine certes , qu'alors qu'il
is furent
eo France, et que M. de ïays les eut présentes au roy pour luy faire la révérence, d'ayse qu'il eut il en pleura, et les embrassa tous de si boa cœur, que, voyant leurs belles et asseurëes façons, et d'eux et de leurs soldats, il s'asseura tellement, qu'il dit qu'avecques eux seulement et sa gendarmerie, il peosoit battre toule I armée de l'empereur.
Ceste paix doncques estant conclue, il fallut au roy tourner toutes ses forces vers Boulongne contre le roy d'Angleterre, qui, par trop ingrat contre le roy son boo frère, et peu vindicatif contre l'empereur, prenant son party, ravageoit la Picardie. M. de Tays y mena ses compaignics, qui rirent les effects que nous lisons dans nos histoires et dans les Commentaires de M. de Montlue tout fraischement.
Or, le roy estant mort, tout ainsyqu'unedame avoit faict et eslevé ledict M. de Tays, fut par une autre dame aussy desfaict et desappointé, M. le connestabley aydant aussy un peu, disoiton : et son estât , ayant esté my-party en deux, fut donné pour les bandes françoises en la France à M. de Chastillon, et pour les bandes de Piedmont à M. de Bonnivet. Encor qu'il fust brave, vaillant et de bon lieu, une dame, que je nommerais bien, luy valut cela.
Helas! si M. de La Chastaigneraye mon oncle eust vescu, et ne fust mort en son combat, M. de Chastillon comme j'ay ouy dire, n'eust eu cesle charge, encor qu'il la meritast autant que seigneur de France, et qu'il eust la faveur de son oncle, M. le connestablc; mais le roy Henry l'avoit promise plusieurs fois à mondict oncle, et advantet après son advenement à la couronne; car il l'aymoit et l'estiraoit bien fort : et aussy que la querelle pour laquelle il combattit , esloit plustosl celle de son maistre que la sienne ; de sorte qu'il luy servit lors de champion , estant hors de combat comme roy. Quand il seroit de besoing , je conterais bien et la trouveroit-on ainsy ».
Il cognoissoil aussy mondict oncle fort capable de ceste charge; car dès-lors qu'il sortit hors d'enfant d'honneur du roy François, il
« telle querelle et ce corabai se verront assez au Iour «Uns le discours sur le» duels.
s'estoit mis à l'infanterie; et, pour son commancement , se mit à porter l'harquebuse, et avoit faict faire demye-douzaine de balles d'or pour tuer l'empereur (ce disoit-on), n'estant raisonnable que luy, estant grand et puissant, et plus que le commun , mourust de balles communes de plomb, mais d'or; dont le roy François, qui l'avoit nourry, l'en ayma tousjours fort de*puis.
Adyantluy,lecouronnel Fronsberg,Allemand, fit faire une corde de fil d'or pour pendre le pape Clément, pour les raisons cy-dessus, au sac de Rome : et comme fil la reyne Jeanne de Naples première, qui fit esirangler le roy son mary d'un cordon d'or, faict de sa main , pour plus grand honneur.
Le voy là doncques mort en son combat, et le poinct que le roy son maistre luy vouloit et pouvoit monstrer par bons effects, tant en ceste charge qu'autres faveurs, combien il l'avoit aymé et l'aymoit.