‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, abbé séculier de Brantôme et d'André vicomte de Bourdeille (volume 2)Chapitre 352 sur 361 · DES COUROMSELS ALLEMANDS AU SERVICE DE FRANCE · texte numérisé non relu

DES COUROMSELS ALLEMANDS AU SERVICE DE FRANCE

son vers la Normandie, qui ne luy pouvoit pas fournir à vivre pour luy età deux ou trois vallets; et s'il n'eust esté voisin à M. de l'Archant , qui est tout noble et courtois, qui le secouroit et assistait tousjours de quelque peu, ma frby, il fust mort il y a longtemps soubs le faix de la pauvreté. Quel changement de fortune! Luy si grand, ex'traict d'une grande maison d'Allemaignc, avoir eu tant de moyens, en avoir tant consommé en son pays, en France et jusques en Conslantinoble , qu'on ne : parloit que de la despense et magnificence du j comte Roquandolf, et le veoyr maintenant j reduict à tel point! Non pourtant qu'il se soit | laissé aller de cœur, car il en monstre encor quelque belle marque. Sa façon est fort belle, j car il est beau et haut personnage de taille ; sa conversation très- bonne et agréable, et qui raconte bien ce qu'il a veu, et l'eu fait bon ouyr parler; point importun autrement, sinon aux roys et grands, et mesmes aux financiers quand il leur demandoit ce qu'on luy debvoit,carildtsoit qu'on luydebvoit beaucoup , de ses services passés et de ses deniers advancés. Ainsy aucuns s'enrichissent au service des roys, aucuns s'y appauvrissent. Il eust mieux valu pour luy qu'il n'eust bougé de sa patrie, de sa maison, et n'eust esté advanturier comme d'autres , et luy et eux s'en fussent mieux trouvés.

LE COURONNNEL RINCROy.

Nous avons eu aussy le couronnel Rincroq, qui emmena ses compaignies en Toscane , dont i la moyetié furent desfaicles à la routtede M. de Strozze, et l'autre moyetié, tant de frais que de blessés, se sauvèrent à Sienne , où elles se trouvèrent pour quelques mois au siège; mais M. de Montluc et les habitans s'en trouvèrent par trop chargés , importuns et soupçonnés à faire quelque révolte : aussy M. de Montluc s'en sceut-il bien desfaire galantement, ainsy que le trouvez escrit dans son livre; mais il ne s'en desfit pas à la mode d'Antboine de Levé assiégé dans Pavie, qui bailla le petit boucon gallant au couronnel, principal mutin, et puis après disposa des autres tellement quellement, I

encor à grand peine. Comme aussy firent les huguenots au duedes Deux- Ponts, quand vint en France pour leur secours. J'ay ouy dire à de grands capitaines que telles manières de gens lansquenets ne vallent rien dans une place assiégée, car ils sont fort subjects.â se mutiner, s'ils n'ont tout ce qu'il leur faut , sont grands despensiers, mal-aysés à entretenir, grands ravageurs et dissi peurs.

Lorsque le prince d'Orange les tint enserrés dans Naples, au siège de M. de Lautreq, il y avoit dans la ville des vivres pour nourrir tout ce qui estoit dedans , et mesmes du vin pourplusde deux ans, tellement que les canailles de lansquenets en moins d'un rien eurent tout dissipé et ravagé , ainsy que j'ay ouy dire dans Naples à aucuns qui estoienl vivans de ce temps là; et eut-on toutes les peines du monde à les ranger en une bonne pollice.

J'ay ouy aussy dire à de vieux capitaines et gens-d'armes que, le temps passé, dès-lors qu'une ville estoit assiégée , et aussy tost que la batterye estoit accomraancée et le canon avoit joué, il estoit permis (sotte et mauvaise coustume) à ceux de dedans, tant estrangers qu'autres, vivre à discrétion, piller, ravager et prendre vivres partout où l'on pouvoit; et par ainsy les vivres se gaspilloient en un rien ; aussy les villes se prenoient dans ce temps là à coups de bonnets de nuict, comme Ton disoit; et estoient par delà le pain tout aussy tost, et la faim les faisoit soudain rendre.

Feu M. de Guyse observa bien autre pollice dans Metz pour les vivres, qui a esté aussy belle qu'on en ait jamais veu : aussy engarda-il bien qu'on ne practiquast la coustume sotte que je viens de dire après le canon joué. La pollice aussy de M. de Montluc dans Sienne fut belle, et de force grands capitaines, tant francois , italiens, qu'espaignols qui ont tenu des places. Aussy voit-on bien comme ils les débattent encor et opiniastrent autrement que lansquenets. Et c'est pourquoy l'empereur Charles en un rien eut tost pris les villes d'AHemaigne. Voylà pourquoy force grands capitaines ne les y veullent point pour toutes ces raisons , outre qu'ils sont sallauts, et ne se tiennent si propres que les autres nations. En la campaigne tant qu'on voudra, encor qu'ils ayent faict beaucoup de fautes, comme à la battaille de Dreux et

Montcootour; mais il les faut très-bien choisir, et , pris de longue main et aguerris , ils sont très-bons.

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