LE DUC DE BIRON
M. le marescha) de Biron , lorsqu'il alla en Flandres trouver Monsieur, et qu'il comroança à passer le pas de Gravelines, pensant combattre, bailla aux Suisses qu'il y mena son fils atsné 1 (qui est aujourd'huy par ses vaillantises, certes par trop extresmes, mareschal de France), pour couronnel; et en fit Testât estant à la teste avec eux , et eux l'aymant et bonnorant trèsfort et se fiant en luy, en son port et en son asseurance, en cor qu'il fust très-jeune et n'eust peu avoir alors que dix-huict ans.
Or, faisons fin de ces messieurs les couronnels, lesquels pourtant avant auront cest advertissement de fort grands capitaines et généraux, et mesmes de feu M. de Guyse : qu'ils ne soient tant curieux et désireux avoir leurs charges, qui sont si belles, qu'ils n'advisent à les bien conserver et garder en toute réputation, car la charge en est fort scalabreuse. Je le vis dire audict feu M. de Guyse, le soir de la bataille de Dreux, lequel, estant retiré en sa chambre, ainsy qu'il en devisoil en sa chaire , voicy venir le capitaine Burée, gentilhomme de Perigord, de la maison d'Aubusson, bonne et trèsancienne maison , qui luy porta une enseigne blanche qu'il avoit ga ignée dans le champ de la battaille, et luy dit : « Monsieur , voilà «que j'ai gagné aujourd'huy de tout mon butin; «je vous le présente et donne comme à mon getneral,àqui il appartient. » M.de Guyse, qui n'en avoit encor eu pas une, la prit et l'advisa. «Cest une enseigne blanche, capitaine Burée! «dit-il, voylà un très- beau présent et rare; il « mérite bien d'estre recompensé; je ne faudray «en advertir le roy, et de là vous faire recom- « penser comme vous méritez; » et puis demanda
1 Charles de Gonlaul, duc de Biron, maréchal de France, exécuté a la Bastille, pour crime de lèse-majesté , le 31 juillet 1602.
à la prise de Chastellcraud, aux troisicsroes troubles , estant comraisskraaire de l'artillerie Or il est temps que je race fin , ou jamais non. Si j'ay erré, je prie ceux qui me voudront cor» riger me pardonner , ne pensant avoir rien dîct
de qni elle pourrait estre. Il luy dit qu'elle estoit de M. de Fontenay le jeune Rohan, qui estoit l'un des couronnels , car il fut fait couronnel des bandes qui viodrent de Daupbiné, car il y avoit M. de Grammont et M. d'Andelot, et qu'un
soldat des siens luy avoit dict. Alors M. de Guyse | que ne l'aye veu ou appris de plus grands que se leva et lui dit : «C'est une chose qu'un court roanel sur-tout doibt adviser, de bien contre- « garder son drapeau , et ne se perdre point ; «encor que tout capitaine en doibve faire de « mesmes, mais pourtant c'est un plus grand re- « proche à un couronnel , et en est l'importance a plus grande qu'on ne pense. » Alors il prit ladicte enseigne et la mit près de son lict à son chevet. Au bout de quelques jours il fit donner deux cens escus audit capitaine Burée, et luy fit despuis bonne chère et le caressa fort, encor que il l'eust cognu fort advant. Ce capitaine Burée avoit esté en Toscane avec M. de Valleron , et estoit l'une de ses payes reailes, et paradvant avoit suivy le capitaine Bourdeille, mon frère, en Piedmont , et me vint saluer après qu'il eut parlé avec feu M. de Guyse, me cogooissant, me dit-il , à la phisionomie dudict capitaine Bourdeille; et s'offrit à moy, ne m'ayant jamais veu ny cogou, ny moy luy. Il mourut despuis
moy, et emprunté de bons lieux. Possible que ceux qui me voudront corriger pourront dire que je puis avoir dict beaucoup de petites choses légères et frivoles, et avoir nommé force personnes basses, dont je m'en fusse bien peu passer, et les lecteurs aussy de les lire. Toutcv fois je ne l'ay pas faict pour l'amour d'eux , car je sçay bien qu'il est impossible de contenter les oreilles délicates d'aucunes personnes auxquelles rien ne se peut raisonner que très-grand et très-haut ; je m'en contenteray pourtant moy seul quand je les liray, et m'en plairay en motmesme, en me ressouvenant de messeigneurs et bons amys et de leurs beaux faîcts. Cependant je fais là fiq. Que pteust à Dieu messieurs les mareschaux de Strozze ou de Montluc, de Biron ou autres grands capitaines , eussent entre pris cest oeuvre, nous y apprendrions tresfow, et y verrions de plus belles choses et qu'il n'y a fcy, Or c'est assez.
UN DES CAPITAINES TRANÇOIS ET ESTRANGBRS.