‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, abbé séculier de Brantôme et d'André vicomte de Bourdeille (volume 2)Chapitre 36 sur 361 · LE MARQUIS D · texte numérisé non relu

LE MARQUIS D

Ce fat en ce siège du chasteau de Milan , nî\ Marc Anlhoine Colomne, bon partisan françois, ffkit tué par une grande mesadventure, dict le livre; car, s'cslaut là paru avec l'armé, par dessus les autres signalé par belles armes dorées et de grandes et belles plumes , Prospéra Colomne l'advisant , sans le recognoistre pourtant, luy mesmes ayant affusté et bracqué nne longue coulevrinc , et longs temps miré et adressé sa visée, fit donner le feu, dont la balle alla si droict , qu'au mitan de M. de Pontdormy et Camille Trivulse, elle alla choisir ledicl Marc Anlhoine Colomne , son propre nepveu; et despui*, ayant sceu que de sa propre main il avoit tué son nepveu , il en cuida mourir de despit et de deuil. Quel desadvenlure pour l'oncle, et perte de nepveu pour nos François! car il en estoit bon partisan , et brave et vaillant capitaine.

On dict que ç'a esté le premier qui a donné les inventions de fortifier bien des places (M. de Laogeay le dict aussy en son livre de \\4rt mi' lUaire\ et aussy pour les bien garder et rcmparer au dedans, et les opiniastrer.

Auparadvant, les chasteau x deNaples, la ville de Gayelte et autres forteresses de là , ne tindrent rien en la conquestre du roy Charles, Ravanne aussy peu, et tant d'autres. Pour fin, il fut fort estimé parmy les Italiens, Espagnols et François. Sa vieillesse et ses maladies l'empescherent de faire encor mieux qu'il ne rit.

Le marquis de Pescaire, (encor qu'il eust espousé sa niepee Victoria Colomne ) , et luy ne se pouvoient jamais guieres bien accorder; car c'estoit un jeune homme bouillant , qui alloit vistc selon son aage et son cœur , comme j'en parle ailleurs; et l'autre froid , qui pesoit toutes choses: si bien qu'à chasque coup ils avoient des disputes de guerre ,jusques là que, sans le légat du pape, une fois ledicl marquis, ayant mis la main à l'espée à demy luy en voulut donner, mais il l'empescha, et se mit au devant : à quoy il n'eust eu grand honneur pour sa vieillesse, foiblesse et parentellc ; et de despit, ledicl marquis se relira des armées à Naples , jurant qu'il ne combattrait jamais sous sa charge , et s'en alla après en Espaignc trouver 'empereur pour s'en émiser. J'en parle en son lieu. Cela se trouve dans aucuns livres espaignolsdoot je le tiens.

E LA PADULE. 3!)

Telles contentions entre ces deux capitaines m'ont faict resouvenir de celles qui se passoient souvant en nos armées entre M. le mareschal de Tavanes, et M. de Brissac qui ne se pou voit jamais accorder avec luy, tant il luy portoit d'envie et de jalousie, bien qu'il fust fort vieil et pratique capitaine, et l'autre jeune, brave, vaillant et entreprenant : j'en parle à son tour ailleurs.

1-e dict Prospéra et Fabricio avoient chasetin une compatguiede cent hommes d'armes, des vieilles ordonnances du royaume, qui ont esté tousjours très belles, et surtout bien montées. Ceux de Fabricio furent bien estrillés h cestc hattaillc de Ravanne, comme il le confessa Iny mesmes à Ferrare , y estant prisonnier, ainsy que j'ay dict, et s'y faisant penser, que d'un seul coup de canon il vit emporter devant luy trente hommes de ses hommes d'armes. Que s'il eust creu dom Pedro de Navarre à s'opiniaslrer de ne bouger de leur retranchement, ils fussent mieux eslésesrlaircis: de sorte que, comme par une desesperade, il sortit de son retranchement en disant : « Faut-il qu'à l'ap- « petit d'un marranne opiniaslrc, nous nous «faisions ainsy tuer à coup de canon , sans de- « battre nos vies vaillamment? » et sortant, ce fut alors qu'il fit le premier la charge sur un gros des nostres , comme j'ay dict. C'est asseï parlé de ces deux frères, car les histoires en parlent assez.

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