‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, abbé séculier de Brantôme et d'André vicomte de Bourdeille (volume 2)Chapitre 360 sur 361 · IA.1TOMB. I · texte numérisé non relu

IA.1TOMB. I

et se sauver dans une maison d'un citadin <ie ville : si que , possible sans cela , fust il esté en danger de la vie, ce dit-on; car il estoit fort hay à cause de la relligion ; et y avoit là plusieurs huguenots avec M. le prince, qui ne demandoient pas mieux. J'en parle ailleurs bien au long dans l'un de mes livres. Ce cas fut trouvé fort csiranj-c par toute la France, et sur- tout a la roui , qui estoit lors en Provence. Je venois lors de la prise du Pignon de Bell) s en Barbarie , et de Portugal , et d'Espaigne. Je sçay ce qu'en dit te roy et la reyne , et les grands qui estoienl la , et M. le conneslable , qui en fut fort estonné. Et le roy depescha M. de Rambouillet vers .M. le cardinal et M. de Montmorency , qui dirent leurs raisons ainsy qu'ils purent f dont n'y avoit manque d'un costé ny d'autre), que je dirais voluntiers; mais elles allongeraient trop ce discours , et aussy que je les dis ailleurs. M. le prince deCondé , bien qu'il fust chef des huguenots, se sentit luy-mesme fort offensé de cest affront faict a son cousin germain, et en prit l'affirmative; force autres princes aussy , et mesmes M. de Monlpensier. Pour fin , par la sagesse et providence delà reyne mere, cela s'appaisa , et n'alla ceste contention plus advant.Surlout M. le prince Portian y reccul un très-grand blasme , pour s'estre ainsy bandé de gayelé de cœur, ou pour sa relligion , contre la maison de Guyse , de laquelle il avoit receu tant de plaisirs et courtoisies , et , par sus toutes, trois : la première , l'assistance qui avoit estée faille à sa mere la comtesse de Sennignan en prison , sa cause et sa délivrance; la seconde, en ceste querelleconlrcM.de Montmorency que je viens raconter; et la troisiesme , qu'ils luy avoient faict espouser madamoiselle de Nevers , l'une des plus belles, honnestes, sages, vertueuses et riches filles de la France, et qui estoit digne d'un plus grand prince que luy , comme despuis elle espousa ce grand M. de Guy.se. Feue madame la douairière de Guyse , ceste si .s;igc et vertueuse princesse, la nourrissent, par la prière que feu M. de Nevers, son pere, luy avoit faict de la tenir en sa compaignic , pour tenir d'elle , de sa belle et bonne nourriture , et sages vertus. Je l'y ay veue nourrir , et je ! sçay que M. le cardinal fut le premier moteur | de ce maryage. Il luy rendit très-mal l.'i , à Tapât)

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peiii de sa religion. Il ne debvoit point en cest endroicl obscurcir sa belle et claire réputation qu'il avoit, par une telle ingratitude; car il estoit de bonne part, de bonne race, brave, vaillant, généreux, adroicl, cl très accoraply prince en tout , magnifique , libéral ; mais il se gasta Fort là. Moy-mesme j'en fus autant marry qu'il estoit possible; car je luy estois fort serviteur, cl luy m'aymoit autant que gentilhomme de la cour. Mjîs que voulez-vous ? C'estoil sa religion qui l'avait ainsy charmé et offusqué comme d'autres. Feu M. le prince de Coudé luy en fit bien la réprimande , comme j'ay sceu; car il avoit espousé sa niepee ; ei luy sceut bien reprocher l'obligation qu'il avoit en la maison qu'il venoit offenser mal à propos. Si nous voulons croire la légende de Sainct-Nicaise, bastard prétendu de la maison de Guyse, il en eut la vangeance deux ans après, ou moins, car, par le moyen de Sainct -Barthélémy , son bon averlant ' , il le fil mourir; et fut forl regretté de plusieurs lion nés tes gens de la cour. Pour moy , je luy donne ma bonne part de plusieurs larmes.

En ce conte il y a plusieurs choses à noter el considérer, que je laisse aux bons discoureurs , non-seulement pour le subject pour lequel je l'a y allégué, que pour autres.

Avant que faire fin je diray encor ce mot, que feu M. de Montpensier le bon homme dernier mort, dict lx>uys. a esté un prince qui en ses colères a esté forl subject à gourmander el offenser les personnes. Aussy n'avoit-ii en luy autre si que celuy-là; car c'estoit un prince brave, vaillant, magnanime et très-bon chres- I ien, comme son patron le roy sainct Louys, qu'il vouloil imiter en tout. Aux troisiesmes troubles, il gourmanda cl brava fort, de parolles seulement pourtant, feu M. d'Auzances, le soupçonnant de la Religion. C'estoit à Mircbeau, aux troisiesmes guerres , où pourtant il servoil bien le roy en son armée. Plusieurs en blasmcretit ledicl prince ; car M. d'Auzances estoit gentilhomme de grande maison, et de ceste grande de Montberon , l'une des grandes et antiques de la Guyenne. Il avoit esté lieutenant «le roy dans Metz, ou dignement el très-sagejnent s'en estoit acquitté : et , estant là venu

1 Son bon faciemlaircj homme d'affaires.

pourservirsonroy, il ne le debvoit ainsy traitter de rudes parolles, bien qu'il fust suspect de la Religion : et , pour ce, force honnestes gens s'en escandaliserent. Je sçay bien ce que j'en vis dire à M. de Biron, et de grande colère parler haut et bravement, jusque» prest à venir à l'effect. Je sçay ce qu'il m'en dit, et la menée qu'il en tramoit; car M. d'Auzances estoit son parent proche à cause de la maison de Bourdeille et de Montberon, tous bons paréos et alliés, et bons amys. Ledicl M. de Montpensier en eut le vent, qui cala, et en parla à mondict sieur de Biron, lors mareschal gênerai de camp, el luy eu fil ses excuses, et en fil parler à mondict sieur d'Auzances. Après cela , ledicl seigneur d'Auzances se retira de l'armée, bien que Monsieur luy remonstrasl qu'il ne s'en fallait autrement formaliser et estomacquer. Si en conceut-il un tel chagrin et douleur en soy. que je croy qu'il mourut plustost du soinrj et soucy qu'il concepvoit en soy pour s'en vanner, que d'autre mal. Je sçay ce qu'il m'en dit, car nous estions fort proches el très-bons amys; et si avoit le cœur grand, haut et brave, et peu endurant une injure : et croy que s'il eust vescu, il eusl faict un coup (car le roy François I disoit que c'estoit une fort dangereuse el furieuse beste qu'un gentilhomme françois outragé, mal content et despilé), si ce n'est que despuis cela se fusl appaisé par l'alliance que prit M. le prince Dauphin son fils de la princesse sa femme , qui esloil fort prosche de M. d'Auzances, à cause de la maison de Mareuil. de laquelle M. d'Auzances se pouvoil dire oncle à la mode de Brctaigne.

L'autre gentilhomme que j'ay veu à M. de Monipensier gourmander, ce fut un honnesie jeune gentilhomme italien que nous avons veu à la cour, et qui despuis espousa madame Philippe, dame de Blere, mere de madame d'Angoulesme daujourd'huy. Ce fut au siège de La Rochelle qu'il parla à luy un peu outrageusement, cl pour rien : el le (raid n'eu fut pas trouvé trop bon, ny des grands ny des petits; car c'estoit un honnesie gentilhomme. Il gourmanda, devant Lusignan, M. de Serré, qui estoit un brave el vaillant gentilhomme; mais cela fut bien à propos; car, luy ay ant esté pris dans l-a Vacherie, el mené à M. de Montpensier, il luy demanda aussy lost pour qui il tenoit

DISCOURS SUR LES DUELS

ceste place ainsy. L'antre luy respondil trèsmal : «Pour le roy, dit- il, monsieur.» Aussy tost ceste parolle dicte, M. de Montpensier luy jetta un chandellier d'argent à la teste. «Quoy! « dit-il, suis-je un traislre et un rebelle, pour «assiéger une place que vous dites garder « pour le roy ? Voudriez-vous vous dire seryi- «teur du roy, et moy un traistre et un rebelle?

• Que suis-je icy devant, si-non pour faire la «guerre aux enneraysdu roy, et iraistrcset rei belles, comme vous estes, que je feray tous «pendre, et commanceray à vous le premier?

• Allez : ostez-vous de devant moy.» M. de Montpensier eut là juste subject et raison de parler et gournianderainsy ce gentilhomme, qui avoil tenu ceste parolle par trop préjudiciable à son honneur, et à luy qui tcnoit le rang et place de roy, qui estoit autant se mocquer de luy

Voylà comment les princes sont loués pour se picquer bien à propos contre les petits et mesloués pour mal à propos; ainsy que fut le cardinal de Lorraine, que j'ay ci-devant allégué, contre M. d'Auzances, cy-dessus aussy mentionné, lequel, estant lieutenant de roy à Metz, et, voyant que M. le cardinal se vouloit usurper la ville de Marsaut au pays Mayssin, à cause de l'evesché de Metz qu'il disoit en despendre . M. d'Auzances s'y opposa , et fut à son escient, ou plustost de par le roy, ou autre grand l'y poussant, et fit commandement à Salsede, gouverneur, de la garder pour le roy ; ce qui fut cause de la grande inimytié que luy porta ledict cardinal , que paravant j'avois veu le gouverner, et feu M. deGuyse son frère, paisiblement. M. le cardinal s'en plaignit au roy. F.i , pour ce, M. d'Auzances fut commandé du roy de le venir trouver à Moulins, ce que je \ is , pour conter ses raisons en son conseil privé, devant M. le cardinal, qui le commança à braver de paroi les , présent le roy , jusqu'à Tappeller, pet it gallant à quoy répliqua M. d'Auzances : qu'il estoit gentilhomme d'honneur, et qu'il n'estoit si petit gallant qu'il n'eust recherché son alliance pour un de ses nepveux qui estoit M. du Mayne, qu'on desiroit fort maryer avecques madamoiselle deMezieres, qui fut après maryée avecques M. le prince Dauphin ; et , quant aux autres paroi les outrajjeuses qu'il luy avoit dict, ce n'estoit point à

luy à qui il faisoit tort, mais au roy, qui donnoit libre accès et congé à un chascun de parier librement devant luy en son conseil, et dire ses raisons ; et les disant , et sur ce estre outrages, le roy en estoit offensé, et la cause luy touchoit de près. Cela fut aussy tost appaisé sur le coup ; mais M. d'Auzances ne laissa , après s'en estre retourné de le luy rendre ; car oneques puis il ne mit pied dansMarsaut, tant la vangeance est douce! Et nul grand ne peut-il dire, s'il a un ennemy, quel que soit-il, petit et non semblable à luy, que ce soit un ennemy petit.

Et pour dernier exemple, je n'allegueray que cestuy du duc de Milan , Galeas- Marie fils du duc Sforee , qui devint si tyran et vicieux, qu'il ne s'attaqua pas seulement aux biens de ses subjects , mais à leurs femmes et filles : si qu'un segnor André Lempugnan, impatient du tort qu'il faisoit à son frère d'une abbaye, se résolut, avecques d'autres conjurateurs, de le tuer; ce qu'il fit dans une église, feignant de vouloir parler à luy: et luy donna dans le corps et ventre deux ou trois coups d'une dague. Mais , avant qu'entreprendre ce meurtre, n'osant approcher ny offenser la personne du prince , duquel la grande beauté le rejettoit et estonnoil, (voyez quelle vertu porte une beauté!) s'advisa d'un moyen pour s asseurer : de manière qu'il le fit peindre dans un tableau fort au vif, contre lequel il donnoit de la dague à toutes fois qu'il y pensoil , et s'essayoit ainsy : et tant continua ces coups et ceste façon de faire, qu'un jour, se voyant tout accoustumé et asseuré de l'approcher et frapper, luy donna sept coups à bon escient, dont en tumba mort par terre tout estendu. Quel essay ! Je croy que le sieur de Montaigne 1 n'en a jamais faict ny escrit de pareil parmy les siens.

Or je fais fin , espérant de faire un second

1 Montaigne, si 6er de son rang de gentilhomme, est à plusieurs reprise» traité fort cavalièrement par Brantôme qui était beaucoup plu» vain de son blason , et qui , à vrai dire, c'eût été que fort peu de rbose s'il n'eut été gentilhomme, l-a position dans laquelle il était placé dans le monde l'a rendu témoin de quelques faits curieux, pour lesquels on recherche son livre, et sans la connaissance desquels l'homme et l'auteur n'auraient que bien peu de poids. Montaigne, au contraire, était un bon citoyen, un honnête homme un bomme moral , un philosophe et uo grand écrivain.

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livre1, pour y descrireencor force particulières façons qui se sont observées, s'observent, et se peuvent observer pour faire les desfis et appels. Je dira y aussy force diverses sortes d'accords et satisfactions de querelles qui se sont pratiquées, lesquelles fai veu, et desquelles je m'en puis souvenir.

' On n'a point ce «rond livre que promettait Brantôme; il eiitte a la bibliothèque royale de Par» plusieurs

manuscrits de divers de ses ouvrage* corriges de sa propre écriture, fort difficile à lire, et plusieurs copies <k ses Vies df*c«tid.N capitaine» français et de» dames illustres. Les manuscrits et copies de «es autres ouvrai* «ont beaucoup plus rares. Je In ai Ions rollatioimé* soigneusement avec to tes les édition» qui ont précédé celle -a , ci ils m'ont fourni un graud nombre de correction* typographiques, de rectification* de faits, de lieux et de nom* pMprcs, ci d'augmentations. On trouve toinres manuscrits décrits en détail dan* ma notice placée en létedece volume.

DU TOMifi PREMIER

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