‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, abbé séculier de Brantôme et d'André vicomte de Bourdeille (volume 2)Chapitre 53 sur 361 · DOM HUGUES DE MONCADK · texte numérisé non relu

DOM HUGUES DE MONCADK

Après la mort dudict Charles succéda dom Hugues de Moncada en la charge de visce-roy de Naplcs, lequel les Kspaignols disoient estre seul des grands d'Kspaignc qui esloit amy de dom Carlos de La no y ; et pour ce le roy François le fit sortir de prisou , que André Dorie l'avoit pris quelque temps avant en la costc de Gennes; et sans qu'il payast rançon, en ayant rrspondu à André , l'envoya en Kspaignc, pensant que pour telle obligation il induiroit l'empereur A luy faire bon Iraictemcnt et bonne guerre; mais l'empereur luy fil la sourde orrille. Ainsy fut trompé le roy en toutes façons de sa prison. Mais quoy ! Il se vouloil aider de toutes les pièces qu'il pouvoit pour subvenir à son adversité , ainsy que fonl tous les grands en cas pareil ; ressemblans les malades auxquels semble que tout ce qu'ils désirent et se proposent en la fantaisie soit bon et souverain pour les guérir.

Cet Hugues de Moncada donc, eslant visceroy de Naples, se raonslra fort brave et vaillant au siège faict par M. de Lautrec, et surtout au combat de mer qui se fit entre luy et Philippin Dorie, qui fut si beau, si furieux, et si vaillamment combattu , que de huict cens soldats qu'il avoit embarqués dans ses galleres, il n'en resla que cent en vie , encor la pluspart blessés. Il se trouva tel capitaine cspaignol (comme il se dict encor à Naples) qui se vit changer sept fois d'alficr ou porte-enseigne, et mourir d'un à un tenant tousjours l'enseigne en la main. Le combat commença à deux heures après raidy, et dura une heure de nuict , combattant sans cesse. Enfin dom Hugues y mourut, blessé d'une grande harquebusade dans le bras, et d'un coup de fauconneau dans le muscle, après avoir combattu avec une rondelle en la main, et l'cspéc en l'autre, tout ce que sçauroit faire le plus vaillant homme du monde. En quoy plusieurs ont dict qu'il avoit eu tort d'outre-passer en cela le devoir de sa grandeur

VIES DES GRANDS CAPITAINES

et sa charge de visce-roy, pour y estre allé en personne, car il la pou voit bien donner à on autre moindre que luy. Mais il le faut louer extrêmement en cela et son généreux courage: car, usant du droict de sa dignité , il y pouvoit envoyer, ou le marquis del Gouast, qui commandoit à l'infanterie, ou le vaillant prince d'Orange , qui n'eusl pas mieux voulu , ou le seigneur Alarcon , ou autre, et demeurer sur le mole et d'enhors à son aise, sans danger, et loing des coups en voir 1'esbattemcnt. Il y en a plusieurs qui l'eussent bien faicl Voylà la louange qu'on doit donner à ce dom Hugues de Moncada.

Il se lit et se dict encor que le pape Clément fut fort joyeux de sa mort , parce que ce fut luy qui prit le Vatican et pilla la sacristie de la saincte église. Il en vouloit avoir comme les autres et se prendre sur le meilleur.

En ceste dernière grande armée espaignolle dressée contre l'Angleterre , il y eut un de ses petits-fils qui commandoit à ceste grande galleasse tant célébrée et renommée en ceste armée là, qu'on pouvoit direplustost une montagne de bois qu'un vaisseau de mer. Il y mourut aussy vaillamment, comme avoit faict son aycul à ce combat de Naples. Ce fut un trfts grand dommage, car il estoit gentil et et brave cavallier. Voyez, s'il vous plaist , comme quelquefois les enfants, par quelque fatalité, ressemblent leurs pères, aussy bien en genres de morts comme en d'autres semblances de corps, d'esprit et de naturel!

Page 1