LE MARQLIS DE MARIGNAN
Du temps de M. de Bourbon et de ces grands capitaines qu'ay dicl cy devant , commença à se pousser et venir en vogue le marquis de Marignan, autrement nommé le castellan du chasleau de Mus, près du lac de Corne, qu'il obtint de la façon que j'ay dit ailleurs : si bien qu'aucuns l'ont appelé aussy le marquis de Mus. Pensez qu'il s'estoit si bien accommodé et aproprié de ceste place, qui n'estoil pas à luy, que despuis il se la tourna toute à soy. On l'appelloit alors Jacques de Mcdicis : il csloit Milanois. D'autres l'appeloient le Mcdicim, mesmes que j'ay veu le pape Paulo quinto,
» Dcny* de Morheque, étoil Artésien. Voyex Froitv»
son frère, qu'on appelloil 1c cardinal Mo dicim L \
Le plus beau commencement de service , el le plus signale qu'il fit alors à l'empereur et au duc de Milan . ce fut la prise du cliasteau de Chiavennc, qu il fit sur les Grisons, car ayant dressé une embuscade (ont auprès , ainsy que le capitaine par un malin en sortit, il fut pris et troussé sans qu'il y pensast ; et le Medicim , le tenant entre ses mains, signifia aussy tost à sa femme , qui estoit dedans, que si elle ne rcudoit le cliasteau , qu'il tueroit son mary a sa veue et à sa porte , en le luy monstrant. La pauvre femme, ayant peur de son mary, et pour le sauver, luy ouvrit la porte. Estant entré dans la forteresse avec trois cens hommes, el tous ses ennemys jettes dehors, il donna tel effroy à tout le pays desGrisons, qu'ils pensoienl estre tous perdus ; et mandereul aussy tost à leurs compagnons , qui estoient en l'armée du roy devant Pavie, qui pouvoient monler a quelques cinq mille hommes, dequicter tout, et de tourner el venir secourir leur patrie ; et , quelque remonstrance douce et fiere que leur peust faire le roy , et faire faire par M. de L'Escun qui leur dicl mille injures, les appcllanl cent fois traistres, infidellcsct poltrons, ils s'en allèrent el quicterent le camp ; ce qui fut un grand dommage pour le roy, encor qu'on ne tienne pas les Grisons pour trop vaillans, tesmoing la battailledc Ccrizolles,et que ce soient les moindres des Suisses; toutesfois, en la batlaille, qui se présenta puis après, cela eut faici un gros de baltaiilon , et eust tenu autant de nombre pour eslonner possible l'enncmy. Aussy dicl on que ceste entreprise de ce cliasteau fut faille à poste, el commandée par le duc de Milan et autres capitaines impériaux, afin de les tourner d'où ilscstoicnl venus, voyant la guerre en leur pays , ainsy que firent les Romains d'Aunibal , lors qu'ils luy allèrent faire la guerre en son pays par Scipion.
Voylà le grand service que fit le Medicim , et despuis peu à peu en fit d'autres , et se fit signaler pour bon capitaine el hazardeux. Le duc de Milan l'ayant pris en main pour se servir de luy en tout plein d'endroicls , comme il fit despuis la ligue faicle entre les François
1 Lttrz Pie IV, nommé auparavant Jean Ange Médiei* ou Médcquin. Paul V cslbien postérieur, et ie nuuitnoit Forguése.
NDS CAPITAINES.
i et les potentats d'Italie , le roy s'advisa de se servir de luy par la volonté du duc de Milan , qui estoil aussy de la ligue; et l'ayant appoincté de bonne cl haute paye, il prend encor une aulrc forteresse entre Lecco cl Como, qui se nommoit Monlgulio , en laquelle habiloil le comte Alexandre de Bentivoglio, ne pensant nullement à cela ny s'en deffiant.
Anthoitic de I-cve, estant lors a Milan, y envoyé soudain Ludovic Barbiano pour la reprendre : mais le Medicim y avoit mis si bon ordre qu'il ne peut la reprendre, et fallut se retirer; et aussy que le marquis y einmenoit trois mille hommes tels quels , ramassés deçà et delà. Anthoinc de Levé lenuit son camp pour lors à Marignan ; mais à cause de la cherté des vivres il le rompit et se relira à Milan, où ayant entendu que ledict Medicim e.stoit campé dans un meschant lieu qui s'appelloil Carala, par un grand malin, au lever du soleil, l'assaillit à l'impourveu de telle façon par ses braves et vieux soldats cspaignols, qu'ils vous mirent ces troupes peu aguerries cl expérimentées , au fil de l'cspéc , et firent force prisonniers. Ce fut au Medicim de monter à cheval prestement et se sauver à la fuite où il peut ; ce qui luy osla du crédit , et augmenta fort la gloire d'Anthoitic de Levé. Ce conte vient de Gallcazzo Capella, qui a escrit des guerres de ce temps de l'csial de Milan en italien.
Pour cela ne s'arresta le Medicim. Ayant apris que ecluy qui fuit recombat une autre fois , si bien continua ses coups cl ses guerres, qu'il se rendit si bon capitaine et si renommé , que l'empereur Charles s'en servit en lestai de cotironncl gênerai de l'infanterie italienne, et de tnaislre de l'artillerie à la guerre des prolcslans, où il servit bi n son mnislrc , cl y acquit un 1res grand renom. Pèslors il portoil le nom de marquis de Marignan , on de Mus
Après ccMc guerre d'Allemaigne il eut la charge generalle de toute l'infanterie au siège de Metz , car il s'enlendoit fort bien aux gens de pied , et avoit plus exercé ceste conduicle que de ceux de cheval. Et , à ce siège , M. de Guy se fit perdre l'escrime a ce grand capitaine le duc d'Albc, et audict marquis, voire à fem pereur leur maistre. Aussy n'avoient-ils pas
1 Le manuscrit 8771 ajoute : • E*iant le* comté* et marquisat» fort commun» en lulk et 1 boa marché. •