‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, abbé séculier de Brantôme et d'André vicomte de Bourdeille (volume 2)Chapitre 68 sur 361 · LE COMTE DE M ANSKKLD · texte numérisé non relu

LE COMTE DE M ANSKKLD

M. I> comte de Mansfeld a esté un grand capitaine, ainsy qu'il l'a faict paresln- tousjours. Il estoit gouverneur de la duché de Uxemhourg et capitaine de ceut hommes d'armes , chevallier de l'ordre de la Toison el gentilhomme ordinaire de la chambre de l'empereur; il eul lous ces estais estant encor assez jeune.

Ijors que le roy Henry fil son voyage d'Allcmaigne, et sçachant qu'à son retour il alloit assiéger Yvoy qui estoit de son gouvernement , il

1 Le manuscrit dit : • Oue de simple estaSer qu"il avoit «lé, il eHuil de peu a peu, etc.- •

VIES DES GRANDS CAPITAINES

s'alla jellcr dedans ; laquelle ville fui battue si furieusement , que j'ay ouy conter à feu M. de Guyse le Grand que jamais il n'avoit veu ny ouy parler d une batterie si furieuse que cellelà ; car elle fut battue deux jours durant de trente-six pièces en batterie, si assiduellement, qu'un coup n'attendoit pas l'autre ; mesmesque la nuict elles tiroient si souvanl, qu'on n'eut |>as loisir dedans de se remparcr. Si bien que ledict M. de Guyse disoit souvant, quand il oyoit parler des grandes batteries , qu'elles n'approchoient rien de celle d'Yvoy. Bien il est vray que celle de Metz dura plus longuement, disoit il , et y eut plus de six mille coups tirés davantage qu'à Yvoy , mais c'esloil par intersalles et non si assiduellement qu'à Yvoy ; et c'est pourquoy elle estoit plus furieuse, ostant tout moyen et loysir à remparer. Yoylà M. le comte ayant veu une bresebe raisonnable pour les François, et y allant valeureusement pour la deffendre avec ses Bourguignons et Vallons, aiusy qu'il appelloil les lansquenets. Us luy refusèrent tout à plat, et luy dirent résolument qu'ils ne combattroient point; dont M. le comte cuyda enrager , et de despil rongeoit ses poiocts; comme certes c'est un grand creve-cœur à un brave et vaillant capitaine qui a envie de bien faire et bien combattre , de se voir abandonné et trahy des siens propres , comme il arriva devant Nancy à ce brave et incomparable Charles, duc de Bourgoigne, par Campo Basso, et à tauys Sforce, dict le More, duc de Milan, lors qu'il fut livré des siens mesmes aux François devant Novarre. Aussi le sccul-il bien dire le soir , ayant esté envoyé prisonnier en La Rocque du l'ont 1 , à ceste heure place bien forte où j'ay esté , se trouvant avec un seul vallet , en faisant tels regrets. «0 ines- «timablc fortune, inconstante s'il en fut onc! «On suis-jc maintenant logé? Hier je comman- « dois à plus de vingt mil hommes : maintenant, a à l'appétit d'une trahison et faillance de cœur, a de tous eux, à grand peine ay je un serviteur, « et encor suis-je en captivité et luy en liberté. » Grand exemple de fortune pour les grands!

Ainsy ce pauvre M. le comte, tout courageux qu'il estoit , par la poltronnerie de ces lansquenets fut contraint de parlementer et faire composition et rendre la place. Et ainsy

•Le l'ont *ur la Slure.

qu'il vint premièrement trouver M. le connectable qui estoit grand bravasche , et l'ayant salué, il luy dict , sur ce que M. le connestablc l'advisoit d'avoir bien faicl de capituler, car il y fusl aussi bien entré dedans par assault ci

1 eusl tué tout : « Ah ! monsieur, dict le comte , si

; a tous mes gens eussent esté Bourguignons ou « Espaignols, vous ne l'eussiez eue si aisément ;

i «mais les Allcmans m'ont faict fausse poincte «et grand tort.» Puis ayant esté mené devant le roy , et luy ayant faict la révérence très humble avec les autres prisonniers , le roy le récent et parla à luy et à tous fort amicalement ; car Sa Majesté estoit composée de toute bonté gc-

1 nereuse. Sur laquelle M. le comte le supplia le faire traicter bien et en bon prisounier de guerre, ainsy que sa royalle et magnanime bonté luy pernielloit. Leroy luy respoudil alors: qu'il seroit mieux traicté que l'empereur ne faisoit traicter les seigneurs d'Andellol et de Sy pierre. Surquoy le roy commanda qu'on l'emmcnast au bois de Vincennes , où le roy luy tint promesse; mais il y demeura longtemps, par ce que l'empereur en faisoit de mesmes aux François prisonniers , qu'il ne vouloit mettre à rançon, sinon après la bonne trefve faietc ; et par ainsy tous d'une part et d'autre furent délivrés.

Et par conséquent à M. le comte on luy bailla un peu blasme que, pour un grand capitaine qu'il estoit, dequoy il sortit pour capituler; et qu'il devoit faire cela par ambassades ou seconds ou tiers , et que, pour ce subject , sa composition n'en fut si advantageuse pour luy; car M. le connestable luy sceut donner la venue, et fit crier aux siens de dedans que tout estoit arresté , qui furent bien ayses d'aussy lost recevoir les nostres.

Il vint despuis au service du roy Charles en nos guerres civiles par le mandement du roy son maistre, et amena douze cens lances bourguinonnes, et se trouva à la battaille de Montcontour, où il fit si bien et si vaillamment qu'il y fut blessé dans un bras, lequel il cuyda perdre; mais par les bons remèdes que le roy et toute sa cour y apportèrent ( car il estoit fort aymé, comme certes il estoit très aymablc et avoit une très belle façon), il eschappa , et recouvra santé et guerison. Puis s'en retourna après la paix en son pays avec la bonne grâce du roy et de tous les grands et petits de

CESAR DE NAPLES. 83 la France, et laissa au roy, pour luy faire ser- , que nous à luy , car il courait ordinairement vice, son fils le comte Charles, qui estoit un , sur le noslre par belles et grandes courses jus brave et vaillant gentilhomme, et aussi par- j ques à Suze et Villanno; si bien que de là à Tuftict en toutes vertus chevalleresques qu'où cust rin il falloit tousjours avoir grosse escorte ponr sceu voir, tirant tant bien des armes et sça- ; mener l'argent du roy à Turin ; aulremeut il chant faire fort dextrement tous honncstes ; estoit en hasard. Dont je ro cstonne que le roy

exercices. Au reste il estoit fort sçavanl et parlant très bien latin, grec, italien, françois, cspaiguol , allemand, flamand et hongre. Je l'ay veu parler toutes ces langues. Il espousa raadamoiselle de Brissac l'aisnéc, qui estoit une fort S3ge et vertueuse damoiselle et dame, mais elle mourut. Despuis il a faicl de grands services au roy son maistre en Flandres, qu'il gaigna de ceste façon , pour avoir faict quelque petite jeunesse d'un meurtre, dont le roy luy refusa sa grâce pour lors, et par ainsy il t'obtint : et après la mort du prince de Parme, il le fit son lieutenant gênerai pour quelques jours en .son

François et le roy Henry le laissèrent tant durer leans sans l'assiéger et prendre mesroes, estant la ville si proche et voisine de Turiu , qui n'estoit qu'à sept petits milles.

Enfin , au bout de tant d'années et beaucoup de dommages receus, le roy Henry l'envoya assiéger avecques une grosse armée conduicle par M. d'Aumalle , dont il fut faict gênerai , tant pour le rang de sa maison que pour sa faveur et son mérite , arec les deux braves messieurs les princes et frères de Vandosme, M. d'Aoguyen et prince de Condé et de Neinours, et force noblesse de la cour. Ceste place de ses Pays-Bas et de la France ; dont il donc fut bien battue, bien assiégée et assaillie; s en est dignement acquitté , comme il a faict de sorte qu'il fallut venir à composition, par ladespuis en ceste dernière guerre d'Hongrie , où quelle ceux de dedans s'en allèrent , enseignes

desployées, tambour battant, bagues et hardes sauves , et conduicts à sauveté jusques à la ri-

ayant este envoyé par le roy son maistre avec secours, fut esleu mareschal de camp gênerai

en l'armée : et ayant combattu vaillamment et vicre de la Dorie près de Turin sagement conduict sa charge, y est mort en très . Sur laquelle composition faut notter une âne vaillant et brave capitaine, tel qu'il a esté. Belle ruse qui advint , que j'ay ouy dire , qui est que fin faict qui pour la foy trespasse. Monsieur le M. le mareschal de Brissac , qui estoit lieutesusdict comte son pere le survesquit, ayant nant gênerai pour le roy en Piedmont.sansauvescu près de cent ans en belle vie et fort dis- €Un reproche et l'ayant fort bien gardé , voire poste, et tousjours avec grand honneur, n'ayant beaucoup augmenté , se sentit un peu estoroacjamais quicté te party de son maistre ny adhéré qué et jaloux de ceste charge donnée à M. d'Auaux estais. Aussi que pouvoit-il mieux eslre que malle , que madame de Valentinois, sa belted'estre tousjours serviteur de son maistre? j mère , qui avoit grand faveur, luy avoit faict

i avoir, comme fort prejudiciante à la sienne , s'en voulut revancher. Par quoy , estant dans Turin , il fit du malade de ses gouttes pour ne

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