‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, abbé séculier de Brantôme et d'André vicomte de Bourdeille (volume 2)Chapitre 69 sur 361 · CESAR DE NAPLES · texte numérisé non relu

CESAR DE NAPLES

se trouver à ce siège et servir de second , luy qui estoit le premier 1 : et s'advisa, sur le poinct que l'on entra en parlement, de mander soubs César de Naples a esté aussi un fort grand | main à César de Naples 1 qu'il advisast coincapitaine, vigillant, subtil et entreprenant, j ment il capituloit et avec qui ; carc'estoit luy mais pourtant peu heureux en ses entreprises, ' qoi estoit lieutenant du roy en Piedmonl,

qui furent néant moins belles et bien inventées, sur Turin, du temps du roy François, l'une par escallade, et l'autre par des charretées de foing. Il a esté gouverneur de Vulpian l'espace de vingt ans , qu'il a fort bien gardé sans qu'on aye jamais osé entreprendre le forcer ny guieres le bra er : tant s'en faut, qu'il nous a plus bravés

et qu'il l'avoit cogneu et esprouvé tel assez longtemps , et qu'il ne donnerait pas une chanson de sa capitulation s'il ne la faisait et la signoit luy mesroes, et qu'il songeast qu'il

1 Le manuscrit ajoute : • Ou qu'il fit <!u mal route m. • * La manuscrit ajoute f.ar corsaires à corsaire» te tiennent toujours la main.»

84 VIKS DES GRANDS

vnloii mieux qu'il capitulasl avecques luy, qu'il cognoissoil de longue main , et lui avoil faict toujours si bonne et honneste guerre, et à luy et aux siens , et avoit tant esprouvé sa foy, sur laquelle il se devoit plus assurer que de tout autre; autrement qu'il luy iroit mal , et qu'il luy ferait courir sus et à ses gens eu sortant de la ville.

Gesar de Naples mascha et digéra toute ceste démonstration , advis et instruction, et si bien y songea et si profondément en soy, comme il y avoit de l'apparence et raison grande , qu'il manda à M. d'Aumalle , et luy fil tel affront , qu'il ne vouloit nullement capituler avec luy , que le lieutenant gênerai du roy, qui estoil M. le mareschaldc Brissac, t?f fust. Parquoy le fallut mander; et vint dans sa licuere, et triumpha de la part de l'honneur de ceste reddition de place que l'autre pensoit avoir tout entière. Toutefois , le triumpbe et labeur estoit aux despcns de M. d'Aumalle. Il y a là dessus à pointiller. Quelle ruse de vieux renard ! Enfin César de Naples se rendit comme j'ay dict, et futconduict fort seurement là où il avoit esté arreslé. Le chastcau, gardé par un capitaine espaignol, se rendit par mesme composition que la ville , qu'il accepta.

11 est yray que le capitaine , avant que sortir fil un traict de sa nation, lequel , avani rendre la place el sortir, dict que luy et ses compaignons acceptoient ceste mesme composition , à la charge qu'il tiendrait le chasteau encor vingtquatre heures, dans lequel temps l'on tirerait cinquante coups de canon contre ledicl chasteau, disant qu'il le vouloit ainsy pour s'en servir de plus grande justification , combien que ce n'estoit que pour une bravade el pour autant faire despendre et user de poudre à nostre artillerie. Quelle natlrelté et gloire vaine , avec laquelle pourtant, pour sa bienvenue, donHelve de Lande le fit aussi lost pendre.

Ainsy fut chassé ce brave et ancien capitaine César de Naples de sa ville, qu'il avoil si longtemps gardée ; laquelle M. le mareschal fit desmanteler , ruiner , et du tout démolir les murailles , pour venger le pays d'un monde de briganderies el voleries que ceste ville souloit faire.

CAPITAINES

Page 1