DO M ALVARO DE SANDE
Les Espaignols ont eu en grand estime dom Alvaro de Sande , lequel de son temps, parmy les Espaignols, a esté réputé pour un fort brave , vaillant et digne maistre de camp , et fort politique , grand et severe justicier, s acquittant de cet estât lousjours très dignement quasy en toutes les guerres de l'empereur , en Italie , en Piedmonl , en Barbarie , en France , au camp de Saint Dizier . bref en une infinité de lieux , et principalement en la battaille des prolest ans , où il fut estimé d'avoir esté un des plus seurs et principaux instrumens à ayder au gain de la bataille avec son infanterie, très bien commandée et conduietc par luy. Cela se trouve par escrit , et aussi que j'en ay ouy raconter les particularités au petit capitaine Vallefrcniere, qui alors estoit son page et en vit tout le passetemps ; et l'avoit si bien veu et retenu qu'il faisoit beau l'ouyr en discourir : et il paroissoit qu'il avoit esté bien nourry , car il estoit un gentil soldat, sage,advisé et vaillant. Il fut tué devan/ dourg sur mer aux troisiesmes troubles, luy esiant venu trouver M. l'Admirai avecqu'ung autre fort vaillant soldat et capitaine , nommé le capitaine Rouvray ; et tous deux vindrent par mer jusques à La Rochelle ; car ledict Vallefreniere estoit marié à Dieppe , où il m'avoit une fois festiné chez luy , estant fort mon amy. Et ce fut là où il me fit de beaux contes de son maistre dom Alvaro de Sande.
Il nous fit fort aussi la guerre en Piedmont et Toscane , ayant en teste M. de Montluc, qui ne luy fit pas grand peur , tant tous deux estaient esgaux en valeur. Il fit très bien à la battaille de Gerbes, là où combattant vaillamment il fut pris et mené à Conslantinople en signe de triumphe , et présenté au grand Solyman qui le fit garder fort curieusement et estroictement , en faisant serment sur son grand dieu Manon qu'il ne luy ferait jamais plus la guerre, et qu'il vieillirait et mourrait en prison sans le vouloir jamais mettre à rançon ; car il sçavoit bien que le roy d'Espaigne son maistre le rachepteroit de beaucoup. Enfin, voy ant que, pour or ny argent il ne le pouvoit faire rançonner ny avoir, il envoya prier avec grande suplica
DIVERS CAPITAIiN
ES ESPUGNOLS.
tioo le roy Charles , son beau et bon frère, par • le moyen de reste bonne reyne d'Espaigne sa sœur, d'envoyer une ambassade vers le grand seigneur pour le luy demander et le luy donner. Dont le roy (comme je le vis, moy estant lors à la cour ) despescha aussi tost M. le chevallier Salviaty, qui a esté despuis premier escuyer de la reyne de Navarre , homme fort digne pour ceste charge , et fort habile , qui en fit l'ambassade , avec danger de sa vie pourtant qu'il courut par les chemins, me dict-il à son retour. Le grand seigneur du commancement en fit un peu de refus à ce qu'il me dict ; mais , vaincu par les prières du roy, il ne l'en voulut refuser, et le luy accorda pour la première demande qu'il luy avait faicte , parce que c'esloit son avènement à la couronne : outre plus, luy envoya les plus belles offres du monde. Par ainsy ledict chevallier s'en retourna libre avec son prisonnier, qui ne pensoit rien moins à cela devoir à nostre roy sa vie et sa liberté. Aussi l'offrit il à Sa Majesté par ledict chevallier. Du despuis le roy son maistre l'envoya visce-roy à Oran en Barbarie, où il a fini ses jours fort vieux et cassé, s'estant acquitté honnorablement de ceste charge, comme ilavoit faicl de toutes les autres.