‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, abbé séculier de Brantôme et d'André vicomte de Bourdeille (volume 2)Chapitre 87 sur 361 · ANDRÉ · texte numérisé non relu

ANDRÉ

mieux ; car, qui n'est seigneur de Gennes et maisire de la mer , ne peut guieres bien domioer l'Italie.

Ce que je dis une fois au feu roy Charles, moy indigne , me faisant raconter combien de galères j'avois veu au roy d'Espaignc à la conqueste du Pignon de Bel y s d'où je venois de frais. Je luycn contay un grand nombre jusqucs à cent, et qu'il les faisoit bien plus beau voir toutes ensemble en si grande et belle quantité que ces quinze galères qu'il avoit seulement pour lors. « Et qu'en ferols-je de tant , me dict- ■il? N'en ay-jc pas à ceslc heure prou, d'au- «tant que je ne fais poinct la guerre contre «l'estranger , que j'en ay assez pour garder mes «cottes, et que je n'ay non plus la guerre con- «ire le Turc, mon confédéré comme le roy «d'Espaîgne?» Je luy respondis: ail est vray, «Sire; mais pourtant vous en seriez plus rc- « doublé , aussi bien par mer comme vous estes • par terre : et si les roys vos prédécesseurs «eussent faict cas de la marine comme de la « terre, possible auriez -vous encor Gennes, «lestai de Milan et le royaume de Naples; les- « quels estais lEspaignol a conservés plustost «parles moyens de la mer que de la terre.» M. le chevalier de Sccve, despuis grand- prieur de Champaigne , estant IA présent , prit la pa- | rolle, et dict : « Sire , Branthomc vous dict vray; » et puis alla sur ce subjecl fort bravement discourir , comme il estoil un 1res habile et grand discoureur , et qui avoit veu et battu les mers eteostesde levant.

Voylà donc que sert Testât de la marine à la France. Si bien que , si le sieur André Doria ne se fust desparty mal content du roy, ISaples estoil à nous : mais le roy l'alla mescontenter et luy oster la charge et généralité de ses galères, pour la donner à un homme qui ne sçavoit que c* estoit qu'une mer, un port et une galère , non pas une fustc , qui estoit M. de Barbezieux , lequel certainement estoit un bon homme de guerre et bon capitaine pour la terre, mais il y a différence de la guerre de mer et de terre.

André Doria avoit le cœur grand. Se voyant ainsy mal traiclé , changea de party : et ainsy que le roy luy eut envoyé demander les prisonniers qui avoient esté pris au combat naval de Naples par Philippin Doria, et sur son mescon-

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