DR TOLEDO
Pedro de Toledo. Il a tousjours bien faict en sa charge et par tout où il s'est trouvé; aussy cstoil-il de très bon haras. Il prit la ville de Bellyset le Pignon; il secourut Malte par deux fois ; et surtout il s'entendoit très bien avec le seigneur André Doria , qui avoit la charge de la mer, et qui vint bravement et résolu au premier secours de Malte , pour combattre l'armée turquesque si elle n'eust bougé de bonne heure; car il estoit très vaillant, comme j'ay dict. l-edict seigneur André n'estoit pas trop François. Au second secours de Malte, ainsi qu'il disnoit un jour avec M. le grand maistre et M. le marquis de Pescayrc (il y avoit aussy messieurs de Strozze et Brissac qui disnoient, et quelques uns de nous autres), ainsy que nous disnions et qu'on eau soit , comme l'on voit, il nous vint faire la guerre de la paix passée, faicte entre le roy Henry et Philippe, et comment nous avions quiclé tant de belles places que nous avions rendues, mesmes que son pere, M le mareschal de Brissac, en fit trop bon marché de celles qu'il avoit entre ses mains. M. de Brissac respondit que c'estoit une faute qui avoit esté faicte , et que s'il falloit recommencer et retourner à la guerre, qu'on n'en serait pas quicte à si bon marché. Le sieur André respondit : « Ah ! plcust a Dieu que nous peus- «sions la refaire! Alors je répliquai qu'un avoit bien veu refaire et recommancer des parties, que ceux qui demandoient le refaict les per- | doient le plus souvant. Luy, qui estoit bon compatgnon certes, le trouva bon et se mit à rire, et sur tout le grand maistre. Et sur ce, ledict ! sieur André demanda caries et dez pour jouer; car je l'ay veu qu'il estoit un très grand joueur.
Il y avoit parmy nous autres François un capitaine, enfant de Poicticrs , qui s'appclloil U Roue, gentil soldadin certes, mon grand amy; et qui n'avoit que l'espéc et la cappe, cl son jeu ; car il estoit un très beau joueur. Il s'estoit dépaysé et avoit demeuré buict ou neuf ans parmy les galères de Gennes, de NapleS, de Sicille, d'Espaigne et parmy toutes ces villes maritimes, I faisant tousjours voyages, et mesmes avec le I seigneur Jehan André qui le cognoissoit fort j ramillicrement et jouoit fort souvent avec luy ; car c'estoit la couche ordinaire de cinq à six mille escus d'un coup de dé.
Un jour ils vindrent à jouer. Le seigueur
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lehan André vint à perdre contre luy quelques dix mille escus. Il luy demanda après s'il vouloit jouer contre une de ses galères pour vingt mille escus qu'il luy monstra. L'autre le voulut , et te dé escheut au sieur Jehan André. Il livre chance; le capitaine I*i Koue luy couche tout d'un coup dix mille escus. Le seigneur André lui quicte le dé, contre sa cousiume pourtant, disant : a Je ne veux pas que ce jeune « capitaine advanturier, qui n'a de quoy perdre, t me gaigue ma galère pour s'en aller triumo plier en France à mes despans et de mon «honneur, et qu'on die : Voylà une des ga- .« lercs de Jehan-André qu'un tel luy a gaigné. » Et le disoit tout en riant , car pour les biens il s'en soucioit peu, n'estant de son naturel avare, et aussy que le roy son maistre l'appoinctoit très bien et lui faisoit de grand estais , ainsy qu'il les meritoit. Aussy le serv oit-il bien par tout où il s'est trouvé, comme il fit à la batlaillc de Lepantho, I:) où il monstra tous les effects d'un bon capitaine de mer et de bon soldat.
J'ay ouy dire qu'un de ces ans, despuis la trefve faicte entre le roy d'Espaigne et le grand seigneur, ils se rencontrèrent, luy et l'Ouchaly, en quelque contrée de la Barbarie , et ce en pleine mer, chascun autant de galères l'un que l'autre; et pouvoient avoir cinquante galères chascun. Pour l'observance estroicle de la trefve ils ne se demandèrent rien en le faict d'hostilité; ains, s'eslant entrecogneus les uns les autres, arresterent leurs galères; et se mirent toutes en joly (c'est un mot de galères que l'on use quand elles ne voguent en advant ny en arrière et qu'elles font halte); et sur ce, tant d'un costé que d'autre, s'entre-saluerent de cannonades et harquebusades qu'on n'eust pas ouy tonner ; et puis se desparlirent ainsy, non, à mon advis, sans regretter et plaindre la loy de la trefve ny de guerre, qui leur eust permis de venir aux mains-scavoir à qui demeurerait la victoire, puisqu'ils estoient en si belle mer et si belle occasion pour gaigner ou perdre. Voylà comment il Faict beau d'observer toutes loix bonnes.
DS CAPITAINES