‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, abbé séculier de Brantôme et d'André vicomte de Bourdeille (volume 2)Chapitre 93 sur 361 · DRAGUT · texte numérisé non relu

DRAGUT

Puisqu'il vient à poinct de parler de ce Dragul et l'Ouchaly, j'ay trouvé bon d'en toucher quelques mots que j'ay appris, tant des uns que des autres mariniers du Levant, que d'un petit traicté fait en espaignol De la conquista de Africa.

Ce Dragut donc fut natif de Natolic , qui est en Asie la mineure, d'un petit villagequi s'appelle Chara-Baiac , né de pauvres parens villageois. Luy se voyant pauvre, et ambitieux d'avoirquelque peu de bien pour un jour secourir à sa misérable vieillese, il se donna page d'un Ar-Rays, corsaire de sa mesme patrie ; lequel le voyant barbe rousse, et le trouvant à sou gré, le prit et s'en servit en sa villaine sodomie ; et s'en estant bien servy, il lui donne une fuste bien armée avec sa patente de capitaine ; et en ayant faict un assez bon commancement , il Cadvanlagea de plus grand nombre de vaisseaux : si bien que s'eslant mis sur mer à l'advanture, il rencontra sur la mer Adriatique un seigneur magnifique vcnitien,appelléPascalico, ayant soubs sa charge quelques galères qui gardaient le golfe de Venise. 11 le chargea si bien, que la fortune fut si bonne pour luy, qu'il en prit une partie, et avec l'autre ledict seigneur magnifique fut contrainct se sauver à la volte de Corfou. Dragut se retire avec sa prise à Gerbes. Et, d'autant qu'il n'avoit pasencor les moyens assez baslans pour entretenir si grand train ny si grand estât de galères, il fil desfaire celles qu'il avoit gaignées , fors une qu'il arma pourtant pour le coup, mais après Jeannelin Doria la luy prit , comme j'ay dit ; et du bols et du fer en fit faire quatre galliottes très bonnes et belles, ainsy qu'il luy pleut. Et, avecques une très bonne que luy avoit donnée Barbcrousse (c'esloient cinq ), il se mit en cours. Ayant assemblé avec luy de compaignie d'autres corsaires, ils furent unze bonnes galliottes, et avec lesquelles ne faut point doubler des maux ; qu'ils firent te long des costes chrestiennes.

Le seigneur André Doria ne pouvant souffrir I ces voleries et maux qu'on luy venoit dire tous J les jours que faisoit Dragut, ayant assemblé toutes ses Ralercs genevoises et celles de Si-

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