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Elle le fit son grand seneschal , et Tayma par dessus tous ses favoris (j'en parle en la vie de ladicle Jehanne , selon l'histoire de Naples) , et puis le desfit, sans que^en parle plus.
Pour venir donc à nostre prince Carraciole, M. de Lautreq, en son voyage de Naples , envoya dom Pedro dy Navarra assiéger sa place de Melfe , comme j'ay dict cy devant , où s'cstoll ledict prince enfermé, pour Fasseurer mieux , avecqnes sa femme et ses enfans. II y soustint le siège et les assauts qu'on luy donna si vaillamment, qu'enfin il y fut pris au dernier assaut. On dict et se lit que ceste prise rapporta de morts près de cinq mille personnes.
Les autres places à cet exemple , et craignans pareil carnage , se rendirent toutes , fors Naples, Gayette et Manfredonia, et quelques autres petites places de la mer, loingtaines du camp.
Ce prince pris , ses biens et moyens pris , pillés et saccagés, comme sa place, il eut recours à Fempereur pour payer sa rançon , qui la refusa , et luy en fit de mesmes comme son ayeul fit à dom Pedro de Navarre. Que pouvoit donc moins faire ce brave prince, après avoir si bien faîct, combattu , battaillé , et mal recogneu, que d'avoir recours au roy son ennemy , et se reconcilier avec luy? qui le receut très humainement , le remit en sa grâce , luy donna sa rançon , luy fit des biens , tant à luy qu'à ses enfans , en biens d'église et autres , se servit de luy : qui de son costé, point ingrat, le servit aussy très bien aux guerres de France et mesmes en la duché de Luxembourg et en la ville d'Arles , qu'il tint à la barbe de l'empereur au voyage de Provence , et luy fit recevoir la honte entière , pour avoir entrepris ce voyage , par Tadvis en mocquerie qu'il donna à Ânthoine de Levé : qu'il se donnast bien garde de s'amuser au Piedmond et d'attaquer Thurin, comme estoit son dessein, ains qu'il tirast droict en France et se ruast sur la Provence ; que jamais il n^y fit si beau et bon ; en luy alléguant des raisons si belles et si peremptpires , que ledict Ântboine y prenant goust, pensant qu'il en parlast à bon escient pour faire son accord avecques l'empereur par ce moyen , il le creut et y fiit si beau et si bien trompé et mocqué ' qu'il en mourut de despit , voyant que ses affaires alioient tout au rebours à Aix , n'ayant peu at-
* Le manuscrit dit : • lo£;anné de ce bigu. >
teindre Sainct Denys en France , où il avoit proposé d'eslre enterré ; mais ce fut en celuy de Milan. J'en parle ailleurs.
Certes , ce prince fit là deux bons services au roy, celuy là et la garde d'Arles , où il euC bien de l'affaire pourtant par le dedans, à cause de la sédition des soldats qui s'y esmeut ; où il monstra bien qu'il estoit un très sage et politique capitaine. Voyez nos histoires. Du despuis, il servit bien en plusieurs endroiclsde la France, et surtout en la duché de Luxembourg, comme j'ay dict.
Pour fin , pour ses mérites , ce roy le fit mareschal de France , capitaine de cent hommes d'armes, chevallier de son ordre, et son lieutenant gênerai en Piedmont, où certes il y trouva bien de la besongne taillée parmy les bandes de gens de pied qu'il trouva fort desreglées, si qu'elles ressembloient mieux bandes de brigans que de soldats , bien que ce grand M. de Langeay y eust passé et m\$ quelque règle et police; mais ils a voient discontinué en peu de temps. 11 y mit donc .si bon ordre et une discipline si rigoureuse , que y puis après , la milice de par de là ressembloic mieux une escolle bien reformée de sages escolliers que de soldats. Ce que sceut très bien faire après luy , et l'ayant appris de luy, M. le mareschal de Brissac, comme j'en parle ailleurs. Si que j'ay ouy dire d'une punition d'un soldat qui avoit pris une poulie à un vivandier; on la luy fit manger toute rostieavec la plume. Je ne scay s'il est vray ; mais cela estoit impossible.
tJn soldat de qui un barbet avoit pris nne poulie en cheminant , eust passé par les pio ques, sans qu'il prouvasl que son goujat , qui \e tenoit en laisse , s'estoit eschappé de luy.
Le brave capitaine Mazeres, dont je parle ailleurs, qui fut desfaict en la conjuration d^Amboise, ayant rencontré une troupe d'oysons, en se jouant el riant il leur demanda s'ils vouloient point venir soupper avec luy. Il luy sembla (ou se le fit accroire) qu'ils luy avoiem respondu en leur jargon et en piolant : Oii)r, ouy , ouy ; comme de vray , à les ouy r ptoler, on diroit qu'ils disentou/^ ouy: il en prit deni, et les mena soupper avecques luy. Il fut pris et mené dan» le chasteau de Turin, et y demeura quinze jours prisonnier. Et y eust demeuré plus, sans qu'on trouvast le traict plaisant et de
VIES DES GRANDS CAPITAINES
pîséc, et aussy qu'il avoit rhumcur fort bizarre, très brave soldat pourtant.
Uo caporal n'ayant pas bien posé ses sentinelles comme il devoit (et Ton pensoit bien qull allegast ses raisons bonnes, meilleures possible que son capitaine pouvoit produire), fut barquebusé , armé de toutes ses armes. Encor celuy passe ; car il ne faut aller jamais contre le commandement du capitaine, ny entreprendre sur luy, encor qu'il face mieux que luy.
Je conterois force autres rigueurs et punitions faictes en Piedmont soubs ce prince et M. de Brissac , qui vint après ; je n'aurois jamais faict; toutes fois j'en dis d'autres ailleurs.
Or, advant que ledict M. le prince allast en Piedmont, le roy l'envoya en Guyenne, et sur tout à Perigueui, sur la révolte de la gabelle, où ils avoient blessé à mort le commissaire du roy y estably pour cela , nommé Brandon. Le roy luy donna pour commissaire et adjoint le président Gotel , très habile Auvergnac et grand sénateur, qui ne cryoit que sang et corde; M. le prince parloit de clémence et miséricorde. Que c'est d'une ame généreuse, que luy, estranger et point François, aymast la vie du François; et l'autre, Auvergnat françois, aymast la mort de son semblable François. Enfin , la douceur de l'un emporta la rigueur de l'autre; et ce bon prince s'y comporta si sagement qu'il y eut peu de sang respandu , encor qu'il y eust si grand quantité de prisonniers, que les prisons de Perigueux n'y pouvant suffire à les tenir enfermés , il en fallut envoyer plus d'une centaine dans la grosse tour de Bourdeille, ayant mon père esté commandé par le roy d'assister et d'accompaigner mondict sieur le prince là; ce qui luy fascha fort, car c'estoit contre ceux de sa patrie. Toutesfois, pour obéir au roy, car c'estoit un roy à qui il ne falloit contredire, il y alla, et aussy qu'il aymoit et honoroit fort mondict sieur le prince , pour l'avoir veu et cogneu d'autresfbis, estans jeunes tou.<ideuxau royaume deNaples, quand nous le tenions, et aux guerres de France aussy, et pour luy estre donné du roy pour ad^joinct et comme des premiers de la patrie; et pour ce luy deferoit fort. Enfin , après quelques légères exécutions de justice, les choses se passèrent doucement avecques force pardons. J'ay veu le portraict de ce bon prince entre les mains de
madarooyselle d'Atrie, aujourd'huy madame la comtesse de Ghasteau-Villain , sa petite fille, de la noble maison d'Aqua Viva , et des grandes du royaume de Naples; et peux dire de ceste trèshonneste princesse : qu'elle a esté Tune des sages, vertueuses, belles et bonnes filles de la cour, et a continué ainsy et maryée et vefvo qu'elle est aujourd'huy. Par ce portraict elle ressembloit fort à M. son grand père, qui , par son portraict aussy , monstroit un très beau et honorable vieillard; et avecques sa grand barbe blanche on l'eust bien pris et jugé tousjours pour un grand et sage capitaine. J'ay ouy dire à une grand'dame de la cour de ce temps, que le roy François en faisoit un grand cas, et ne le traicta point en estranger ni réfugié , mais en naturel François : ce qui se devoit faire, tant par charité et honneur que pour mieux attirer les autres estrangers; ainsy que fit ce grand sultan Solyman , duquel j'ay leu un traict noble parmy ses autres beaux, dans une lettre imprimée qu'escrivoit un providadour de Gataro à M. Bembo, où il dict :que Ullaman Bassa avoit esté adjourné de comparoistre à la porte du grand seigneur pour raison de plusieurs accusations faictes contre luy, à cause d<' quelques exactions , pilleries et concussions exercées par luy au pays de Scutary; et n'est double, dict la lettre, qu'il ne l'eust faict mourir très cruellement , n'eust esté qu'il estoit Persan, et que pour luy faire service il avoit quitté son pays , ses moyens et sou prince , et s'estoit révolté du grand Soffy ; d'autant que les grands sultans, dict la lettre , ont pris en coustume de faire grand compte de ceux qui renoncent à leur patrie et à leur prince, et se retirent vers eux ; et que, pour grandes fautes qu'ils commettent, pourveu que ce ne soit contre Testât ny contre la personne , ils ne les punissent , ains , dissimulans sagement l'affaire, ibnt semblant de n'en tenir compte, afin d'encourager les autres à faire le semblable et de se révolter. Voylâ comment ce prince mahommetan apprend la leçon au princes chrestiens en cela; ainsy que nostre roy François fit à ce prince de Melfe et â tous autres estrangers se retirans vers luy , blasmant l'empereur Charles de ce qu'il sçavoit , disoit-il , très bien desbaucher, pour 6*en servir, les pauvres estrangers, mais après les avoir enchoués comme un pauvre navire dans