CAPITAINES ESTRAN6ER
PflEAMBOLE.
Je eoinmeiiee mM livre pav tct Io«aii0es ei gloiree d'aucona sranda capitaines et sraods pertonnages de SQ^rre qui ojiit esté, connyie j*ay dict cydeTant en Fintitulatioa de mes livres, de nos temps et de nos pères. Et me prendray premieremeot aux Espaignols et estrangers, et, puis je Tieodray à nos François.
Et pour ceat effrt, à ce oommeneement des vies des estrangerSy je veyx imiter ces divins ar«chitfcles, lesquels embqlissen^ leurs bastimena par les pins superbes frontispices qu'ils peuvent tirtr de la matière de leur marbre beau, de leur porfyre, ou de quelque autre belle pierre, comme il leur en vient la fantaisie , ou soit de l'art industrieux de leur main admirable, afin que Tœil bamain, au premier aspect, juge la perfection de l'œuvre. Mais en eecy pourtant, il m'est im<^ ponible de lea ensuivre du tout, car ils ont les deux dioses , la belle matière et l'art , et moy , je n'ay que la matière, belle certes par le beau aubject et très hault qui se présente, mais le dire fort basetfoible.
Tapose done à ce premier front de la louange dcsesirangers» le plus grand empereur qui ait
.est< depuis Jules Gsesar et nostre gnoidCbarlemaigne -, je |e puis dire ainsy , le tenant de grands hommes, et selon ses exploits sigoali^s, ayant eu à faire d de si grands guerriers comme il a eu , autres certes que les ennemis de Jules Osar et de Gharlemalçne.
L'EMPEREUR CHARLES LE gUlNT.
C'est donc Gbariea le Quint, dict Charlee d'Auatricbe, dont je parle, que les staeiena Fran- Qoia de son temps, brocardana, et mesœes les picarde, qui eont grands ooquineurs^ mot propre h en pour dire grands causeurs, appelloient Charles çw triche, fiiisaot allusion sur Justriche : qui triche, autant à dire qui trompe; comme de vray, tonte badine qu'elle estoit, n'estoit point mauvaise; car il a esté nn
^ Causeurs, bailleurs de balîyemes, de quin, vieux mot nui s'fïnifie un singe.
VIES DES GRANDS CAPITAINES
grand trompeur,et un peu trop roanqueur de foy.
J'ay donc m grande fiance à ce grand emperear, quil couvrira rimbecillité de ma plume par rombre de ses baultes conqoestes et de ses exploits les nompareiis.
Je diray donc de luy , comme austrefois f ay ouy raconter à feu M. Tadmiral < de Ghastîllon , lorsqu'il fut envoyé de par nostre grand roy Henry second en Flandres vers ce grand empereur Charles, comme de son costé il envoya le comte de Lalaing pour jurer la trefve Faite entr*eui deux, si heureuse et adventageuse pour toute la France, et si malheureuse aussi quand elle se rompit.
Advint un jour qu'en devisant avec Sa Sacrée Majesté, et tombant de propos en propos, elle vint à discourir des guerres passées et des grands capitaines qui avoient commandé, et s'en estre tant perdu , qu'il n'en sçavoit plus , de ces temps, restés qui méritassent le nom de grands capitaines que trois, luy premièrement, se donnant le premier lieu comme de raison (ainsi que fit Annibal en son pourparlé de mesme subject avec Scipion chez le roy Antiochus), M. le connestable, oncle dudit sieur admirai pour le second, et le duc d'Albe pour le tiers. Non qu'il voulust fiiire tort à la suffisance du roy Henry, son maistre; mais, pour son peu d'aage et sa jeune expérience, il ne pouvoît avoir encore attaint, ce disoit-il, ce grand nom et perfection ; mais qu'avec le temps, luy, qui estoit si brave et courageux, et fils de France, et ambitieux qu'il estoit, il y parviendroit fort aisément.
Il en dit autant de M. de Vandosme, de M. de Guyse, et dudict sieur l'admirai, à qui il parloit. Mais il fiilloit que le temps, maistre de tous arts et métiers, leur apportas! une longue expérience et maturité, en ce qu'ils apprissent tousjours, et continuassent leurs leçons i bien (hire, sans estre divertis de leurs plaisirs, de leurs oysivetés, de maux anssy , ny de disgrâces qui viennent coustnmierement en guerre; et ad visassent à luy qui n'y avoit nullement cspargné son corps tout royal , mol et
« Le maoMCrit, n"" 8771, porUit,«MoDflleiir radminl.
■ Je ne luy (taneray point de surnom, car tes hautes
■ Yaleart» meritei, grandes eutreprîtet, et leurs eiecuf tkms luy en donnent assez, sans le nommer M. Tadmiral •deChaslillon.»
tendre, l'y ayant abandonné comme le moindre soldat; de telle sorte qu'il n'en rapportoit qu'une fascheuse possession de gouttes qui te tourmentoient si fort, qu'il n'eut pas la force d'ouvrir des lettres qu'il luy présenta une autre fois du roy, son maistre; dont il lui dit, la larme à l'œil : « Vous voyez, monsieur TAda mirai, comme mes mains qui ont foict et parcfaict tant de grandes choses, et manié si bien « les armes, il ne leur reste maintenant la moin- «dre force et puissance du monde pour oavrii aune simple lettre. Voyià les fruicts que je ra- «porte pour avoir voulu acquérir ce grand «nom, plein de vanité, de grand capitaine et «très capable et puissant empereur; et quelle «récompense! a
Or, par ce discours que faisoit ce grand empereur, de ceé'{;rands capitaines, il semble qu'il nous veuille monstrer et assurer que la longueur du temps, engendrant les expériences, est du tout propre pour assaisonner et foçonner un grand capitaine, comme ne le pouvant estre sans ce moyen.
Surquoy, dans ce livre, j'espère et veux alléguer des exemples de plusieurs bons et grands capitaines, desquels l'aage et vieille expérience a beaucoup servy en cela , et d'autres ausquels une continuelle et assidue pratique d'armes, encor qu'ils soient esté assez jeunes, a fort aydé à les rendre pairs aux vieillardi, voire les surpasser ; comme nous en avons l'exemple de ce grand Scipion, de la rodomontade qu'il fit à Fabius Maximus, lorsqu'il voulut empescher le sénat de luy donner la charge, en Taage jeune où il estoit et peu praticq, d'aller en AfFrique, en faisant le morceau si gros, que c'estoit tout, disoit-il, ce que luy, vieux et expérimenté capitaine, ou son fils, qui estoit faict de sa main , sçauroient mordre ou digérer.
En quoy ce jeune Scipion, plein de courage et d'esprit, le renvoya bien loing avec sa comparaison qu'il ftisoit , disant : quêtant s'en folloit qu'il voulust se comparer à eux, qu'advani qu'il Fust long-temps il leur foiroit telle honte, qu'en peu de temps il mettrait fin à une guerre, laquelle ils n'avoient eu la valeur, le courage, l'esprit et adresse de parftire en tant d'années qu'ils y avoient consommées avec tant de trésor public. Et de iaict, ainsy que ce jeune capitaine le dit, il le tint et le fit.
J^espere en alléguer plusieurs en ce livre, qui ont faicC tout de mesme; mais advant il hfïi retoorner encor à ce brave empereur, lequel certes il ianlt advouer avoir esté un très grand capitaine.
Toutesfois, â Ton cmsidere bien toutes cho« ses, il se mit fdrt tard au mestier de Mars, et si advancé en Taage, que c'est chose toute esTidente qu'il se fit de grands exploicts de guerre et fort signallés par ses lieutenans generaoi en Italie, et d'aussi beaux qu'il en soit esté fiatict de son temps, sans jamais s'y estre trouvé.
Et c'est ce que le grand roy François luy sceut très bien reprocher sur cela, qu'il ne le voyoit jamais en ses armées , où il l'y peust rencontrer, et là Yuider leur différend de personne i personne; lequel reproche, possible, fut cause de faire sortir l'Empereur de ses Espaignes et monts Pyrénées pour prendre le vent et charger les armes.
Ce grand Jules Gaesar en fit de mesmes, qui , arrivant au sepulchre d'Alexandre, se mit à plorer qu'il n'eust faict encores aucune chose signallée en Taage auquel Alexandre avoit con* qois tout le monde.
L'Emperear, pour son premier essay , certes , en fit un très signallé, quand luy-mesme en personne chassa ce grand sultan Soliman (grand certes le peut-on dire en toutes sortes) de la Hongrie, laquelle il ravageoit et pilloit à son ayse, comme il luy plaisoit, et l'achevoit de ruiner et emporter sans l'ayde de l'Empereur, qui reust emplette luy-mesme, sans qu'il se mist à lafuitte ouà la retraicte; bien marry qu'il ne le penst combattre, car il avoit une très belle armée, de laquelle en ayant foit la reveue devant Vienne, il se trouva avoir nonaute mille hommes de pied payés, et trente mille chevaux ; car tous y avoient frayé, et pape et potentats dlulie et d'Allemagne.
Qui plus est, il voulut le poursuivre jusques aux fins de la Hongrie, voire par delà ; mais tous s'excusèrent, et sur tous les Aliemans, qui, pour leurs excuses, dirent ne vouloir passer ouut, n*estant là assemblés ny venus que pour deffèndre leurs frontières et leur patrie, non pour deffendre ny conquérir l'autruy ; dont
TEmpereur en fut fort mal content d'eux, et
en déprima beaucoup, ainsy que je l'ay ouy