‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille. abbé séculier de Brantome et d'André, vicomte de Bourdeille (volume 3)Chapitre 116 sur 267 · M. DE PIENNES · texte numérisé non relu

M. DE PIENNES

Il estoit parent de M. de Piennes, lequel fut aussy un très sage et bon capitaine de fort grande et ancienne maison, et que le roy aymoit fort, et qui le servit bien en tout son voyage. Il fut gouverneur de Picardie, qu'il gouverna très sagement et sans reproche.

Après qu'il Fut mort , M. de Vendosme eut sa place. Si.on Teust creu à la journée des Espérons, il ne Fust pas arrivé ce qu'il arriva : ce quesceut bien reprocher le roy à tous , pourquoy ils ne Fa voient creu, car il en avoit bien veu d'autres, et mesmes ceste mémorable battaille de Fornovo.

Or, si je me voulois amuser à parler de tant de braves et vaillans capitaines qui ont si bien servy ce roy, jamais je n'aurois foict, en taisant leur revue des uns après les autres, et que les livres parlent fort d'aucuns d'eux ; je me contcnteray de les avoir nommés et en parler d'autres cy après.

Pour venir au roy Louys XII qui succéda à Charles sans aucune contradiction ny que aucun sy opposast, en luy mettant sus le port d'armes contre son roy et sa patrie , BellcForest, en sa Chronicque^ , Faict assez d'excuse sans que j'en die : dont il s'en Fust bien passé de remuer ceste pierre pour toucher à d'autres ; aussy que c'estoit en se deFFendant et non en assaillant; car, et que pourroit moins Faire un eœur généreux, que de se deFFendre, quand il est assailly?

Il vouloit avoir le gouvernement du royaume comme à luy appartenoit, mais en Fut deboutté; et s'il eust voulu un peu fleschir à l'amour de madame Anne de France 2, il y avoit bonne part ; car elle en esloit un peu assez esprise , ainsy que je tiens de personnes qui le sçavent bien ; aussy qu'il n'y a rien qui despite tant une honneste dame, quand elle aime, qu'on n'en Faict cas et qu'on la desdaigne.

S'il Fust esté du naturel de Louys, duc d'Orléans, dont il portoit le nom, qui fut tué à la Porte Barbette, il s'en Fust mieux trouvé; car celuy-lâ estoit un gallant, et trafiquoit de toute Frette, comme un bon marchand et marinier. Il ne fit point de difficulté d'aymerizabeau deBavieres, sa belle-sœur, qui, le soir mesmes qu'il Fut tué, il venoit de chez elle, et y avoit passé la pluspart de la nuict et à rire avecques elle , estant Fraische relevée de couche.

Aussy le roy d'Angleterre, pour belle recompense qu'il luy donna de ce qu'elle avoit tenu sonparty et Faict tenir à son mary, Fut qu'il disoil haut et clair : que le roy Charles VII estoit fils d'un adultère incestueux. Tant y a que ce Louys, duc d'Orléans, ou qu'il fust vray ou Faux

* jinnales de France de Nicole Gilles , augmentées ou pIntM surchargées de fables, par François de Relie- Foreftt, et iroprimées à Paris, chez Nicolas Buon, en 1573 et 1679, et depuis en 2 volumes in-folio

• Voyez V Inventaire de Jean Serres, sous Tannée 1574. Dans le jonmal d'un bourgeois de Paris. ( Foy- la oolleclion du Panthéon ), il est dit que, dans ce temps- là encore, toute femme estait incupérée d'être menée d Orléans. C'est que du virant de Inouïs, duc d'Orlf^nim, quand on voyait une Parisienne conduite à Orléans, on suppoaoit que c*étoit pour y grossir le sérail de ce prince.

de ce qu-on en disoit, il seirouva bien pour aymer le monde , auquel pour complaire et pour 8*agrandir on n*a esgard à rien.

Voylà pourquoy, si le roy Louys XII eust voulu un peu se commander et aymer puisqu'on faymoit, il eust faict mieux ses besoignes; enquoy il faillit, selon les habilles courtisans, lesquels, pour bien Faire leurs affaires, eslargissent leur conscience comme il leur plaist, dont bien souvent Dieu en est offensé.

Pourtant ce prince se peut dire avoir esté forl à Tespreuve des coups de fortune : longtemps il combattoit contre elle , et la vainquit enfin. La Chronique Bergomese ^ le recite par ces mots :

« En son adolescence, il fut tenu soubs la subjection du roy Louys XI , prince très austère et suspect à ses parents, et luy bailla femme qui n'estoitàson gré. Après qu'il fut mort,iuy, qui estoit en la fleur de son aage,et qui plus appette avoir son plaisir, il cheuten l'indignation du roy par le moyen de sa sœur qui vouloit tout gouverner; et pour sauver sa vie, fut contrainct d'abandonner la cour et se rendre fugitif en Bretaigne; et cuidant vaincre fortune qui luy estoit trop rebelle, combattit malheureusement contre l'armée du roy. Luy , ayant mis pied à terre à la teste de ses advanturiers , pour les faire mieux combattre , il fut desfaict, luy et he& gens à Sainct-Aubin du Cormier, et pris prisonnier et mené en la grosse tour de Bourges , où il demeura assez longtemps en continuelle crainte de mort. Puis mis eu délivrance par la bonté du roy son frère, fut contrainct de faire le voyage de Naples avec luy ; lequel, en son absence, ne vouloit, pour quelque suspition, le laisser en France : auquel voyage fut en plusieurs périls et dangers, tant sur le combat de merqullfit, et sa victoire : qui facilita fort la conqueste du roy que pour 1 la fiebvre qu'il y eust , et le souffreteux siège i de Novarre, où il mangea jusques aux cbats et | aux rats. Puis en souffrant patiemment tous ces coups de fortune , il en demeura vainqueur par la succession de ce beau royaume de France ' qui luy escheut sans qu'il Teust jamais pensé, et dont en demeura paisible jusques à son de-

* Ceni-à-dirc le Supplementum Cltronicorum Jacobi Phllippi Bcrgamills , ou SupplémetU des Chrofdgucs de Jacob Phi ippe de Bcrgmnc»

ceds. Estant roy tel , il borna et resserra sa fortune et son courage plus à l'estroict que de son prédécesseur, qui, sans aucune borne ni terme^ ne couchoit pas moins que de la conqueste de tout l'empire d Orient ; et ainsy qu'il Tavoil dict et conceu, il Teustiaict, sans sa mort par trop soudaine, ji

Mais le roy Louys ne voulut que retirer le sien , se contenta de la conqueste de sa duché de Milan , qu'il fit fort aisément , par sa valeur , bonne et sage conduite de luy et de ses bons capitaines qu'il a eu en son temps, les meilleurs qu'eut jamais roy de France despuis les douze pairs de Charlemagne ; où il eut pourtant des traverses; car il la gaigna, il la perdit , il la reperdit, il la regaigna; et puis la garda paisible l'espace de douze ans, ayant pris ses concurrans prisonniers.

Il reprit encor Gennes, qui s'estoit révolté de luy , luy tousjours en personne : ainsy qu'il fit aussy en la bat taille d'Aignadel qu'il donna contre lesVénkiens , qu'il gaigna, les desfit et prit leur gênerai Barthélémy d'Alviano, grand capitaine ; et ce qui s'en sauva il le poursuit jusques sur le bord de la mer à la Chafousine; et de là, contemplant à son ayse la ville de Venise, et ne pouvant aller à elle à cause de son large fossé de mer , avant que s'en tourner, faict bracquer, en signe de triumphe et trophée, six longues couievrines, dont les trois estoient de leurs prises, et autres trois françoises , ainsy que je tiens et d'Italiens et de François, et faict tirer à coup perdu cinq ou six cens volées dans la ville, afin qu'il fust dict pour Tadvenir que le roy de France Louys XII avoit canonné la ville inexpugnable de Venise. Le cardinal Ascagne , frère de Louys Sforce, duc de Milan, se sauvant en Allemagne après la route de son frère avecques deux cens mille ducats et force bagues et joyaux qui montoient à fort grand prix , fot pris en chemin et rois entre les mains des Vénitiens ; auxquels aiisaytost le roy Louys XII manda : qu'ils eussent à luyrendre (car ils en faisoient quelque refos), non-seulement luy, mais ses trésors, et surtout re8|>ée du feu roy Charles VIU, que son grand escuyer portoit devant luy en toutes ses entrées, laquelle fut prise à la battaille de Furnovo , dont ils en faisoient leur parade et trophée; autrement qull leur fcroii bien rendre à

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