‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille. abbé séculier de Brantome et d'André, vicomte de Bourdeille (volume 3)Chapitre 13 sur 267 · CHARLES LE QUINT · texte numérisé non relu

CHARLES LE QUINT

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nere à soo souper, elle me demanda ai f avoia estéea Seville, et si j'y avois veu arriver la flotte des Indes, et combien on Testimoit. Je luy dis que je ravoisveae, et qu'on Testimoit à vingt millions d'or, moitié pour le roy et moitié pour les marchands. Lors elle me dict : •M. de Savoye (qui estoit lors à la cour) m'a •dict qu^il ne falloit pas tant vanter toutes ces •flottes qu'on diroit bien, car elles coustoieut «plus au roy d'Espaigne qu'elles ne luy reve- •ooient.»

Je ne sçayspas pourqooy M. de Savoye disoit cela à la reyne, ny à quelle finesse et intenlion; car, sans ces flottes et commerces des Indes, le roy d'Espaigne n'eust sceu fournir à tant de frais qu'il luy a lallu supporter tant qoll a régné , qui çâ qui là , et surtout en ces euerres de Flandres.

Or, tant y a, quoy que dist M. de Savoye, ce sont esté de grands trésors qui sont sortis de là despuis cent ans; et M. Savoye s'en est bien ressenty luy-mesmes, et tous les jours (ont le monde s'en ressent.

Ce n'est pas tout; car les perles et pierreries noas sont si communes, que les moindres femmes de nos cours et de nos villes s'en ressentent et s'en parent mieux que ne ftisoient, il y a cent ans, nos princesses et grandes dames; et tels marchands y a-il en Espûgne et Portugal , qui ont plus de belles pierreries et perles que ne valoient du temps passé les baJB^ues de la couronne.

Tesmoing la belle et incomparable perle de cctHemand Gortès qu'il rapporta des Indes, sor laquelle il fit graver ces mots : Inter naios mulierum non surrexU mc^jor ^ , pour si monstitieuse grandeur et grosseur, qu'elle revenoit à la grosseur d'une poire, bien certes dissemblable à celle de Gleopalre, dont je parle ailleurs; laquelle il perdit despuis devant Alger, la monstrant à un de ses amys, et par malheur, estant sur le tillac de son navire, tumba dans la mer, et ne la peut jamais recouvrer, quelque recherche et pescherie qu'il penst foire : punition possible divine, pour avoir donné à une chose profene une subscriptioo de nostre Escritore saincte. Il ne la voulut jamais vendre ny mettre à prix, non pas mes-

* Entre les fils des faommciO n'y en a point eu de pa-

mue.

mes à l'empereur, la réservant pour en estrai- ^ ner la femme qu'il vouloit espouser.

Ce Ferdinand 1 fut certes grand capiuine, qui conquesta le royaume de l'empire de Montezzuma pour l'empereur son maisbre. Or, si ceste perle se perdit et se coula dans la mer , et disparut des yeux des hommes, indignes de posséder un miracle de nature, elle présagea la perte de la belle ame et du beau corps de nostre grand empereur, aiasy que les AfFricquains appellent leurs roys et empereurs Pierres Précieuses, pour estre recueillie au ciel , et y servir de quelque lumineuse estoille , d'autant que les grands princes sont en ce monde comme les estoilles qui donnent influence à tous leurs peuples.

SU eust peu acccomplir un dessein qu'il avoit de se iaire pape , comme il vouloit, il eust encore mieux esclairé le monde, oomme estant tout divin; mais il ne peut pas, par les voix des cardinaux, comme fut le duc Amédée de Savoye , qui fut esleu , et puis se retira en son monastère de Ripaille , et fit l'empereur aussy au sien ; lequel pourtant j'ay ouy dire que, s*il eust eu encor des forces du corps comme de son esprit , il fust allé jusques I Rome avec puissante armée pour se faire eslire par amour ou par force ; mais il tenta ce dessein trop tard, n'estant si gaillard oomme d'autres fois; aussy que Dieu ne le permit; car il vouloit rendre le papat bérédiuire ( chose pour jamais non ouye) en la maison d'Austriche.

Quel traict, et quel homme ambitieux voylà! Ne pouvant donc estre pape il se fit religieux. Cestoit bien s'abbaisser.

S'il eust au moins lasté de ce papat comme ce duc, encor mieux pour luy ; et eust peu dire en mourant qu'il avoit passé par tous les degreu de la bonne fortune, et pris tous les ordres de la grandeur.

Toutesfois, pour le meilleur de son ame et de son salut, il fit mieux de se rendre ainsy religieux, quasi âdemysainct, et non par dissimulation , et non aussy ainsy que me dici une fois un soldat espaignol, à Naples, d'un qui faisoit ses pasques, en me le monstrant du doigt : Sehor, mira toi con su pascua; que

* Beman Gortis.

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voio à Dios es una pascua disimulada \

Mais je croy que la coaversioa el religion de cet empereur ne fut jamais dissimulée » car il en porta Thabit très austerement deux ans quelques mois; et bien souvent se fouettoit d'un fouet de pénitent.

Advant que se réduire, il avoit près de sa personne ce grand hypochraliste et anatomisle, voire fislonomisle, André Vesalius, médecin flaman très fameux , natif de Bruxelles , qui s'advança de luy dire souvent qu'il n'avoit plus guieres à vivre.

De plus, il avoit un grand prédicateur espaignol qui preschoit ordinairement devant luy, qui Texhorta de telle façon , luy cria et luy repela tant de fois devant tout le monde qu'il falloit mourir un jour, et lost, après tant de battailles gaignées , espandu tant de sang , causé tant de maux pour son ambition , et qui! en folloit faire pénitence, autrement Dieu s'en pourroit irriter conLre luy.

Tout cela l'un sur l'autre, et que Dieu desjà commença â le frapper en sa conscience ^ fit qu'il se résolut de faire le sault , maugré luy pourtant, et de resigner l'empire à son frère Ferdinand , et tous ses royaumes à son fils. Et pour ce il fit solemnellement assembler ses estats à Bruxelles, dont j en parle ailleurs, au discours de la reyne d'Hongrie, qui estoit assise lors près de luy, comme gouvernante de ces Pays-Bas. Voyià pourquoy je m'en désiste ast'heure d'en parler, car ce ne seroit qu'une redicte.

Et s'estant ainsy desfeict de tous ses royaumes, estais et terres , il ne se réserva pour tout que Tusufruict de Gastille, et la surintendance des ooDimanderies, pour récompenser ses anciens serviteurs. D'autres disent eucor qu'il ne se réserva que cent mille escus sur ladicte Gastille.

J'ay leu dans un petit livre iaict en Flandres, ioscrîpt VJpologie du prince d'Orange^, une chose cstrange, que je ne veux ny puis croire, ny estre croyable, estant faicte des ennemys da roy d'Espaigne, possible aussy ce

* Vojrez cet homme faisant ta païque : je jure bien que c*ett une pasque faune.

• Dans un autre oarrage, imprimé en 1582, sous ee titre: Discours sur la blessure de monseigneur le prince d'Orange»

pourroit estre (je n'affirme rien, sinon ce que j'ay veu , et bien certainement sceu),et que , de cent mille escus réservés ou autre revenu, le roy son fils lui en retrencha les deux parts : si bien que la pluspart du temps il n'avoit le moyen de vivre, ny pour luy, ny pour les siens, ny pour donner ses aumosnes et exercer ses charités envers ses vieux serviteurs et fidelles soldats, qui l'avoient si bien servy ; ce qui luy fut un grand despit et crevecœur qui luy advança ses jours.

Il mourut en l'aage de cinquante- huit ans (peu vescu certes), et ne demeura religieux que deux ans et quelques mois , connue j'ay dict.

Ce livre dict bien pis : qu'il fut une fois arresté à l'inquisition d'Espaigne, le roy son fils présent et consentant, de desenterrer son corps et le faire brusier comme hérétique ( quelle cruauté!), pour avoir tenu en son vivant quelques propos légers de la foy ; et pour ce estoit indigne de sépulture en terre saiucte, et très bruslable comme un fagot, et mesmes qu il avoit trop adhéré aux opinions el persuasions de l'archevesques de Tolède, qu'on tenoit pour hérétique; et pour ce, demeura long-temps prisonnier à l'inquisition et rendu incapable et frustré de son evesché, qui vault cent à six vingt mille ducats d'intrade : c'estoit bien le vray moyen pour faire accroire qu'il estoit hérétique, et pour avoir sou bien et sa despouille. Moy estant en Espaigne, il n'y avoit pas longtemps qu'il avoit esté encarceré. J'ouy dire qu'on luy faisoit tort , et qu'on luy faisoit accroire qu'il avoit mangé le lard pour jouir de ce bon revenu. J'ay ouy dire que despuis il fut envoyé quérir par le pape et mené à Rome, et mis dans le castel, où il fut trouvé innocent, déclaré absoubs. Pour fin, ce fut une terrible délibération contre le corps de ce très auguste empereur et sa très illustre mémoire.

J'acUousteray encor ce mot à la fin , et à sa réduction , qu'alors , et en ce mesme temps , il ^ fit d'estranges métamorphoses, plus qu'il ne s'en void dans celles d'Ovide : que le plus grand mondain, ambitieux, guerrier du monde, se voua et se rendit religieux; et le pape Paul IV, dict Garaffe , qui avoit esté le plus austère theatin, dévot et religieux, se rendit mondain, ambitieux et guerrier.

HARLES

n se fit de ces temps ^dont bien m'en soavient) une comparsison de la grandeur dudict empereur à celle de Fancienne Rome , pour y ayoir eu quelque sympathie : car , tout ainsy que ccste ville , la plus triumphalle des cinq parties du monde , après sa gloire qui Ta tousjours accompaigoée despuis sa fondation jus^ quesau temps de Constantin ; après avoir esté la glorieuse demeure des empereurs, qui Tout goi^ de triumpbes , trophées , richesses , et de toutes sortes de grandeurs et splandeurs ; après avoir faict trembler toutes les plus glorieuses provinces de la terre , et s*estre faict reconnoistre comme un seul soleil posé au milieu de ritalie , principale pièce de la masse de tout cet univers; outre plus, s'estre faict mar- 'i'ier pour cisterne toute plaine de sang bu- .tiain , duquel emprès encor s'est abreuvé en H*s guerres civiles : après, dis-je , tout cela , (ie venant sur son déclin vieille et lassée, quicta ti)utes ses boubances et pompes venteuses pour ispooser une repentance tranquille, saincte et religieuse, comm' eir a faict y recevant le très sainct père spirituel, pasteur et chef, pour passer le reste de ses années sous Tobeissance de ses saincts commandemens \ et tout ainsy qu'elleacommancé par un pasteur, aussy finirat-eile sottbs un pasteur. Ainsy Charles le Quint, tant de fois auguste , après avoir affironté les roys ses voisins , foudroyé toutes les parts de Tunivers , desfaict tant d'armées, foict mourir tant de millions de personnes, ensanglanté les mers et la terre, pris un pape et un roy de France , triumphé d'eux , et voyant qu'il n'en pottv<Ht plus , se retira au service de Dieu , se soubê- mettant à ses saincts commandemens pour les observer, et aussy pour practiquer le proverbe : De mozo dùMoj vi^o hâremi^ tano , de jeune diable vieux hermite.

Or, c'est assez parlé de luy, encor trop; car les livres en sont plans de sa vie particulière; et mesmes on dict qu'il en fit un livre de sa main , comme Jules Cssar en son latin. Je le sçay s'il l'a faict, mais j'ay veu nne lettre mprimée parmy celles de Belleforest , qu'il a traduicte d*italien en françois, qui letestifie, et avoir esté tourné en latin à Venise par Guillaume Marindre : ce que je ne puis bien croire ; car tout le monde y fust accouru pour en achepter, comme du pain en un marché en temps de

fi^mine; et certes la cupidité d'avoir un tel Uvre si beau et si rare^ y eust bien mis autre cherté qu'on ne l'a veue , et chascun eust vouhi avoir le sien.

Il fiant maintenant fiaire fin aux louanges de ce grand empereur : et qui les voudrait encor mieux apprendre, il fkudroît lire les belles subscriptions qui luy furent données aux superbes obsèques que le roy Philippes son fils luy fit fiaire k Bruxelles , en l'église de Saincte- Gulle S desquelles j'ai ay veu et eu le portraict fiaict en taille-douce.

Entr'autres magnificences, il y avmt un na* viro très grand, qu'on fiaisoit aller par gratîl artifice parmy les rues , lequel estoit tout à l'entour chargé de beaux tableaux representans ses victoires , y estans d'un eosté escrits ces mots : Afrique ruinée, Gueldres prise , la mer seure, Tremisen restably , Soliman chassé. Au costé gauche , on lisoit : Monde nouveau trouvé. Milan recouvert^ VAUemai^ gne et Boëme appaisées, Modon et Coron forcés, Thunis pris et restitué, et les caf^s ramenés, la fojr plantée en Indie.

Après ce grand vaisseau marchoient deux colonnes, posées sur deux grandes roches, tirées par desTritons, qui disoient qu'à bon droict pour devise il les avoit prises; car, comme héros , il avoit dompté les monstres , et si avoit passé plus avant et plus oultre.

En après marchoit le roy avec son grand deuil , M. de Savoye , et après tous les grands princes, seigneurs^ chevalliers de son ordre de la Toison, et ambassadeurs, tous en deuil, aveoques les enseignes et armoyries de tous ses royaumes et seigneuries.

En l'église, on y voyoit d'un eosté et d'autre escrit en belles et grosses lettres ce quis'ensuit:

L'empereur Cœsar, Charles dnquiesme, religieux, heureux, auguste des Gaul., grand des Indes, grand de Ton., grand dAfrique, grand de Sax., grand victo* rieux et triumphant de plasieurs natims. Combien que les choses par lurftdetes par mer et par terre, sa singuUere humanité^ son incomparable prudence, sa très fervante religion, soient assez oogneues au monde, toutesfois, la république chrestiennêy pour la mémoire de sa justice, pieté et

< Saint-Gudttle»

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vertu j a desdté ce navire, pourm^oir à nosire monde descouvert un autre monde, et ad/ousté au nom chrestien plusieurs nations estranges , et accreu l'empire d'Espoigne de plusieurs royaumes et provinces; pour avoir pris un pape et un grand roy françois ; pour avoir préservé l'AUemaigne de cent mille clievaux et trois cent mille hommes de pied, avec lesquels Solyman , empereur des Turcs, voulait envahir ceste région; et pour avoir entré avecques armée navale dedans la Morée, et pris Patras et Coron,villesturquesques; pour savoir surmonté letyran Barberousse en battaille près Cartage, lequel estait accompaignédedeux cent mille liommes de pied et de soixante mille chevaux; pour avoir chassé deux cens galieres et plusieurs tmsseaux de corsmres, et pris le fort de la Collette, avec Thunis et Uypone la Royale; pour avoir pris le royaume de Thunes ^ et rendu tributaire à la couronne d'Espaigne; pour avoir de là ramené libres en leurs pays vingt mille âmes chres tiennes captives; pour avoir rendu le royaume de Tltunes à son roy; pour avoir^ par armée navale, dompté Afrique , havre très renommé de la Barbarie, avec les villes de Suzze^ Monestayre, Dupée , et autres maritimes , et les seigneurs d'icelles faits tributaires; pour avoir rompu par deux fois deux armées de Turcs caurans nos mers; pour avoir rendu la mer seure contre les courses ordinaires des pirates; pour avoir remis la republique de Gennes en son ancienne liberté; pour, après avoir chassé six fois les armées ennemyes , et trois fois en battaille desfaict les ennemys , remis par deux fois à V Empire le duché de Milan^ et par une fois restitué au duc; pour avoir ^ avec une promptitude incroyable j forcé la vUle de Dure , et reduict soubs sa puissance la duc/lé de Gueldres; pour avoir reprimé plusieurs peuples d'AUemaigne et provinces esmouvans le tumulte et sédition , forçant leurs villes et chasteaux ; et 9 par amprès la prise des chefs de Varmée^ paciffié l'AUemaigne; pour, luy estant empereur, avoir passé le ûeuve d A Ibis , et après avoir vaincu en battaille ses ennemys^ et les villes réduites soubs son obéissance et puissance.

et leurs chefs rendus captifs , estre de là revenu victorieux; pour avoir, de son bon gré , contre les ennemys du nom chrestien , et contre les chrestiens, sinon forcé et en se garantissant de ces outrages , prins les armes. A très puissant cat/talique et très bon prince, ceste mesmes republique chres-tienne , affectionnée à Sa Majesté^ a posé ces tiltres et trophées, adjoustantàson tombeœi les marques et enseignes de ses royaumes, et les tableaux des nations subjuguées.

A nastre seigneur empereur Cœsar ^ Charles, ieligieux, heureux, auguste, roy de plusieurs royaumes triumphans ,de plus, mil. victorieux des Indes, vict de Ubie^ vicL des Mores, victorieux des Turcs, libérateur d'Allemaigne, libérateur d'ftalie, libérateur de la mer, libérateur des captifs, pacificateur de l'AUemaigne, pacificateur de l'Italie , pacificateur de VEspaigne^ pacificateur de la mer, restabUsseur de plusieurs pHnces, arbitre de plusieurs princes, et à très glorieux prince des catholiques : La repu- Nique chrestienne a desdié cecy, pour exemple de justice , de démence et de force, à son très religieux fils.

Dieu très bon et très puissant, un seul en trinité, le peuple chrestien vous consacre ce^ tiltres et trophées, pour la mémoire des gestes de Charles Cœsar Auguste , le-quel vous avez faict empereur des Bomains, et roy de plusieurs royaumes, la pietés justice y clémence, prudence ^ magnanimité et force duquel est admirée par tout le mande. Iceluy a , par vostre conduite , augmenté cet empire et ses royaumes ^ laissant l'un à son frère , et les autres à son fils, avecques un exemple de ses vertus.

Voyià les feicis et louanges de ce grand empereur, et le nompareil despuis Gharlemaigne.

Ces escriteaux et tableaux sont faicts à Tantique, qui en ont d'autant meilleure grâce, comme un que j'ay veu et leu d'autres fois à Rome de ce grand Pompée, qui est tel , et qui ne monstre tant de tiltres que celuy de nostre empereur.

Pompeius , Sicilia recuperata , Africa tota subacta^ magni nominis Judœa capta^ ad solis occasum transgressas , erectis in Pyreneo trop/ueis opid. D. CCC\ L. KXXVL

CHARLES L

ab Mi)ibus ad fines Hispaniœ erectis Ser- , torium domuiL Belio cMli exiincto iternm triomphales currus eques romanus indixit. Demde, ad tota maria et soUs ortus missus, non seîpsum iantum sedpatriam coronavit.

Or y quant au tableau de la prise de noslre roy, celuy-là ne fut si immodeste ny si scandaleui qu'un qui fut faîct à Rome par fambassadeur d'Espaigne qui y esloit pour lors , lequel fat si indiscret et insolent, que, venant \ œlebrcr ces mesmes funérailles dans Teglise de Sainct- Jacques, entr'autres tableaux, avoit représenté au naturel le roy François pris , lié et garotlé comme un criminel , et entouré de force satellites : ce qui despita si fort aucuns braves François qui estoient pour lors à Rome, quHs entrèrent la nuict par subtil moyen dans Teglise, et mirent ledict tableau en cent pièces, et tous les autres representans les autres trophées decy-dessus monstres; et n'en fut autre chose , sinon que les Espaignols en cuyderent enrager. Le pape et plusieurs cardinaux et braves seigneurs romains , le trouvèrent fort bon. J'arrivay au bout de deux ans à Rome, la première fois que j'y allay, où Ton m'en fit le conte : et disoit - on que le valeureux et généreux cardinal du Bellay avoit faict faire le coup , estant trop obligé à ce roy et à la France pour Fendurer. G*estoit mal recompenser les grandes honneurs et pompes que le roy Henry II luy desdia et fit faire en la grand église de Nostre-Dame de Paris, et autres principales églises du royaume. Pour quant aux autres tableaux et trophées, je n*en parle autrement, sinon que si Texcellent peintre qui les fit les a bien représentés , le grand ouvrier, qui fut Tempereor, en donna lesbonset vrays subjects, et luy en fournit de bonnc;^ couleurs, fors en l'entreprise d'Alger, laquelle il fallit par une trop despiteuse conjuration de tous les elemens, qui forent contre luy en un si sainct, chresticn €t beau dessein. Et eust-on dict qu'ils le faisoient à Fenvy; mais par sur tous le ciel et Tair, qai ne firent autre chose que plouvoir : et la mer s'irrita et s'enfla de telle sorte , qu'on eut loutes les peines de gaigner la terre ; jusques laque, pour Tappaiser, fallut jelter dedans tout ce qu'on avoit de bon de charge , fors les hommes, car les quites chevaux n'y furent espargnés, tant genêts d'Espaigne, que beaux

coursiers du Règne, cl autres si beaux , si bien choisis, et si généreux, qui avoient tant valu et cousté qu'il n'y eusl cœur qui n'en fost blessé de pitié et de deuil, de les venir nager en plaine mer , la fendant â la nage . et s'esforçant à se sauver, si bien que désespérés de la terre, pour en estre trop loing, suivoient de veueet de nage, tant qu'ils pouvoient, leurs navires et leurs maistres, qui les regardoient piteusement périr et noyer devant eux.

J'ay ouy raconter à de vieux mariniers de ces temps,à6ennes, que la chose qui leur attendrist plus le cœur en tels naufrages , après les hommes, c'esloit ce piteux spectacle de chevaux; et ne tenoient compte ny faisoient douleur d'autres despouilles tant que de celles-là.

Paulo Jovio en conte prou, mais je Tay ouy encor mieux dire à d'autres , et comme l'empereur se despita de ceste maie advanture , maudissant cent fois ciel, astres et mers, voire la terre , qui luy avoient esté si contraires. Aussy eut-il grand tort de s'estre advancé dans ce temps , et n'eust un peu temporisé pour une autre plus douce saison que de cest autonne si pleuvieux et orageux, et n'avoir creu ses grands capitaines, tant de terre que de la mer, qui l'en dissuadoient. «Mais quoy ! disoit-il , pourquoy «Dieu ne l'eust-il favorisé en une si saincte, si ajuste et chrestienne entreprise , qu'il devoit «faire croire ceste fois au monde que rien n'est «asseuré qu'après le coup faict. b

Les François , bien aises pour lors d'un tel desastre arrivé , en firent ceste r^me en forme de dixain , par mocquerie , et mal à propos , certes.

L*aigle, Toutant tromper la lalamandre Et la turprendre, parurent autour d'dte Les tous ardans, qui la soinirent dcffendrc. I*aniuoy, craignant de brusler-là son arsie, Reprit en mer une Toye nouTclle.

Mais , ne pouvant aux siens dissimuler Son double ooeur, qu'elle vonloit celer, Fut d*enx battue , el baiffuée de sorte, Qu'elle ne peut nullement rerollcr.

Et prctqu*autant luy valust estre morte.

J'ay Ireuvé ceste ryme dans de vieux papiers de nostre maison : laquelle ryme fust estée bonne si elle n'eust louché le mal du chrestien, et le bien de l'infidcle.

Je faicts à ceste heure fin de ce grand empereur et de ses louanges , bien qu'en cent endroicls de mes livres je parle de luy.

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