‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille. abbé séculier de Brantome et d'André, vicomte de Bourdeille (volume 3)Chapitre 137 sur 267 · M* LE DUC DE FERRARE · texte numérisé non relu

M* LE DUC DE FERRARE

Aussy ne fut-il ingrat à M. le duc de Ferrarc, le grand Alphonse d Est, prince d'honneur et de toute valeur, ainsy qu'il le monstra à la bataille de Ravenne, où il combattit très vaillamment : et encore qu'il airaast fort nostre nation, et luy fust fort obligé, si fil-il le plus qu'il peut fbrcc courtoisies aux Espaignols (aussi sa femme estoit espaignolle , fille du pape Alexandre : Gui- Chardin en parle prou, et en mots brieFs) et ceux de sa nation qui tombèrent entre nos mains prisonniers, sans faire pourtant aucun tort à son honneur ni i l'obligation qu'il avoit à la France; et ne varia point comme les autres de son temps.

Il porta un grand secours et advis à ceste batuille de Ravenne : car , les Espaignols estant resserrés dans leurs retranchements , et fort endommagés de quelques petites légères pièces que don Pedro de Navarre avoit faict mettre sur des charriots , qui nuisoient fort à nos gens et en tuoient , ledict duc fit venir et advancer prestement ses grosses pièces d'artillerie (car c'estoit luy qui les prestoit) , et les faict battre en fiauc contre les ennemis , qu'en un rien il les vist bientost esclaircis , et testes et corps voiler en Tair, et chevaux et tout : qui les fit sortir de leur retranchement ; et Fabricio > fut le premier qui vint à nous ; ce que nous ne demandions pas mieux , car bientost nous en eusmes raison. Voylà le bon service que fit là ce brave duc. H fut père de ce grand duc de Ferrare, Hercules, mary de madame Renée de France, et grand père de ccluy qui est aujourd'huy, tous deux très braves et très vaillansprinces, et très bons partisans françois» et qui n'ont jamais failli aux obligations quils a voient à nos roys, ny ce grand cardinal de Ferrare , ny ce magnifique cardinal d'Est non plus; si bien que je pois direque j'ay veu ces grands personnages meilleurs françois cent fois plus que plusieurs delà nation mesmes,et tousjours ont admonesté

«ColoDoa.

messieurs de Guyse, leurs nepveux, d'estre serviteurs de leurs roys. Bref, ils ont esté vrays petits-fils du roy Louys XII.

Le duc de Ferrare d'au jourd'huy se comporte avec ses subjects aussy doucementque princede la chrestienté,les vexant le moins, et ne tirant d'eux , sinon ce qui luy est deub et accoustumé de donner. Aussy est-il aymé de son peuple comme le roy Louys son grand père; et aussy son bien luy profite à veue d'cnl, car il se peut dire le plus pecunieux prince de la chreslienté. C'a esté un très beau prince, comme je l'ay veu en sa jeunesse, et de fort bonne grâce ; et m'aon dict qu'à ceste heure il est un très beau vieillard. Il a esté très adroict en tous honnestes exercices, et surtout aux armes et au jeu de la paulme.

Tant qu'il a esté en France avec le fou roy Henry son cousin, il l'a très bien servi en toutes ses guerres, et de sa personne et de sa compaignie de cent hommes d'armes, qu'il avoit tous^ jours très belle; et puis aux guerres d'Hongrie, il a tousjours aussy très bien secouru la chrestienté et l'empereur son beau frerc , y conduisant tousjours de belles trouppes. Il alla au devanf de nostre roy à Venise , tournant de Pouloigne ; le mena en ses terres, le recueillit , le fcstina, non pour en tirer, comme d'autres S ains pour luy offrir sa puissance et ses terres.

C'est dommage qu'il n'ait des enfans , car la race en est très bonne. M. le cardinal son frère a eslé un fort homme de bien aussy, et fort honnesle , autant splandide , magnifique , libéral, prélat et prince qu'on eust sceu voir. H estoit protecteur des affaires de France à Rome : vray ment ouy, il l'estoit; car jamais prélat ne les embrassa de telle affection que luy , tant il aymoit la couronne de France. Aussy nos feus roys Charles et Henry III l'aymoient uniquement, et surtout le roy Charles ; car il n'eust faict nuls exercices, auxquels il estoit fort adonné , s'il n'eust eu M. le cardinal

son oncle.

Estant à la cour il paroissoît fort , et si de»* pcndoit très extrêmement , et table ouverte I tous les gentilshommes qui y vouloient aller ; et c'estoit tout son plus grand plaisir. A

t Le duc de Savoie, pw exemple, qu" se fit donner Pi8iieiol,eU.

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