M. DE LESCUN
gneor, et mareschal de France fakt après, leqoel la reyne-merefil sur-io tendant des finances de France. Au bout d'un an , ceste femme vint foire la révérence à la reyne , en luy disant : « Nous sommes fort obligés, mon mary et moy, «de pria* Dieu pour vous, madame; car des» «puis que mon mary a la charge des finances «nous nous sommes desjà acquittés de plus de cdeux cens mille escus que nous devions. A «ceste heure, grâces à vous , ne devons rien ; « mais encore avons pour faire un acquest de « plus de cent mille escus. » La reyne, congnoissant la sottise de ceste femme, se mit à rire, et le mary, qui estoit là présent, la maugréer, et sa sottise, et jurer que bientost il Tenvoyeroit hors de la cour, et n'y viendroit jamais; ce qu'il fit.
L'eslat de Milan nous estoit très paisible et assuré sans Tavarice et la grande injustice qu'on y commit. Le peuple se révolta, et, comme enragé, fil au pis, et perdismes tout. Grand exemple pour aucuns qui disent : qu'un pays conquesté il le faut conserver par tontes rigueurs et cruautés, pour donner crainte de s'eslcver et mal iàirc. D'autres disent que la douceur y est cent fois meilleure , et le gracieux traictement. Il s'en feroit là dessus un beau discours, que je laisse à gens plus capables en cela que moy.
A la batuille de la Bicoque ce M. de Lescun fit très bien avec la première trouppe de la gendarmerie, que son frère luy avoit donné à mener : il força vaillamment le pont, et entra dedans; il combattit très bravement et y eut son cheval tué sous luy, et une grande estocquade dans le visage. Mais pourtant il fallut se retirer, par le secours qui survint. Il y perdit son enseigne, qui s'appelloit Roquellaure, brave gentil homme gascon, et force gensd'armes de sa compaignie.
La battaille perdue, M. de Lautreq et M. de La Pallice se retirèrent en France, et M. de Ixscun s'en alla à Crémone, avec le reste de sa trouppe et celle de Jannin de Medicis; où le marquis de Pescayre et Prospero ' estant venus mettre le siège devant, M. de Lescun, voyant qu'il n'estoit assez fort, et qu'il n'avoit un seul sol pour payer ses estrangers, capitula ; et là il fit un traict de son frère; car, sans prendre avis de pas un qui fiist là , il arresta la capitu-
«ColoDoe.
I lation : ce que voyant Jannin de Medicis , qui estoit le principal de ses forces , d'estre ainsy mesprisé d'avoir ainsy capitulé et arresté la capitulation sans luy en avoir parlé, et qu'il avoit opinion qu'on le voulust vendre , ne parlant point pour luy ny ses soldats, qui fut une très lourde et grosse vilaine faute , commença à se mutiner, et tous ses soldats, et demander leurs payes. Ce fut à M. de Lescun à rabiller sa foute et à gagner Jannin de Medicis, qu'il appaisa, dont j'en parle ailleurs, où, empruntant de l'argent des uns et des autres, et en boursillant et en donnant sa vaisselle d'argent, les contenta ainsy.
Si le fout louer de cela ; car, sans aucun respect ny crainte d'amutinement, ny danger, il alla parler à eux tous en armes et colleres, et prests à tirer harquebusades et baisser picques et à faire meurtres, encor que plusieurs l'en dissuadassent , et qu'il n'y foisoil pas bon pour luy, à n'estre rien si dangereux qu'un peuple, soit soldats ou autres, amutiné. Il y alla nonobstant tout cela, et parla à eux , mais non à sa mode accoutumée; car il estoit de son naturel fort bravasche du parler, et haut à la main , et rébarbatif tousjours; mais, avec parolles fort douces, gracieuses et aimables, si bien que tout le monde fut content.
Par ainsy , sans plus d'empeschemcnt , fit capitulation, non-seulement de ceste place (à sa honte et mal à propos), mais d'autres , dont il n'y eut que le capitaine Gossains , Gascon , qui tenoit la ville de Lcco, près le lac de Como qui ne voulut rien tenir de la capitulation dudict M. de Lescun , ne luy obéir en rien. Gcst une fort belle question à sçavoir, si Ton doit tenir une capitulation qu'un gênerai faict en un pays estrange mal à propos, à la confusion et dommage du roy. Le roy en ayma et en estima davantage cedict capitaine.
Par ainsy M. de Lescun s'en tourna en France avec le reste des troupes françoises, où il fut aussy bien venu que son frère. Au bout de quelque temps, il fut mandé par le roy d'aller avec luy delà les Monts; et l'appeloit-on le mareschal de Foix. La battaille de Pavie se donna, où il combattit très vaillamment, selon sa coustume, et eut une grande harquebusade dans le bras, qui le luy fracassa tout; et fut porté dans Pavie, où mourut au bout de neuf
jours, chez nne dame qui s'appelloit la comtesse d'Escarsaftore, qu'il avoit d'autrefois aymée lorsqu'il estudioit à Pavie, etencor après.
J'ay veu uo petit traité d'un livre par escrit, et en espagnol, que le marquis del Gouast, ainsy qu'il l'estoit venu visiter dans son lict, et qu ils vindrent à discourir de ceste battaille , que M. de Lescun luy dict que l'admirai de Bonnivet avoit esté cause de ceste journée malheureuse, et que, voyant tout perdu , et luy si blessé, de despit qu'il avoit, chercha longtemps , qui çà , qui là , pour le tuer de sa propre main et luy faire payer sa faute qu'il avoit faicte de perdre ainsy son roy , à qui il avoit donné conseil , contre l'advis de tous, de ceste battaille.
Je trouve qu'il n'avoit pas grand raison de faire cela , ny pour un grand capitaine et mareschal de France , de s'amuser ainsy à chercher ceste quesle. Il eust mieux valu qu'il se fust amusé à rallier ses gens, et tuer des ennemys, que non pas les siens. Je ne dis pas que, sur le despit et collere oA il estoit , que, si l'eust trouvé près de soy , de luy donner le coup , cela estoit très bon ; mais pourtant, s'il u'estoit point mort , je ne sçay si le roy ne l'en eust point recherché, tant pour l'avoir tué que pour s'estre amusé à tuer celuy de sa patrie, et non son ennemy estranger. Je laisse cela à discourir à des capitaines bien suffisans , car la matière en est très belle.
M. DE LESPARRK.
Ainsy mourut M. de Lescun , qu'on appelloil quelquefois M. le mareschal de Foix. Il eut aussy un frère qu'on appelloit M. de Lesparre ^ qui futaussy très vaillanteommelesdeux frères. Il fut commandé de donner vers l'Espaigne, à Navarre, sur l'occasion des séditions et divisions qui survindrent à cause de la tyrannie de M. deChievres. il donna de faict très bien; mais à la fin II y fut tant battu et rsbattu , en
t Autre hère d'OdeL Son nom étoit André de Foix ;
mourut en 1547. Tout les trois étoient fils de Jean de Foix, vicomte de Lautreq, et de Jeanne, héritière des seisneuries de Lescun et Leipare.
un combat qui se fit , de tant de coups de masue sur sa saliade, qu'il y perdit la veue, et puis mourut aussy malheureux que ses deux frères, messieurs de Lautreq et de Lescun. Voylà comment la vaillance et la fortune ne se rencontrent pas tousjours en un mesmes capitaine.
Si faut-il encore que je face ce petit discours avant que fermer ce pas, et que je die comme je me suis voulu enquérir à aucuns de quelle branche de Foix estoitceM.de Lautreq, dont il en portoit le nom. Je ne l'ay peu apprendre d'eux, ny du livre qu'a faict avec grand labeur Paradin, des Alliances de France, qui est très beau: et, venant à celles de Foix, il en allègue seize comtes de Foix , despuis le premier jusqu'au dernier seiziesme, que les comtés ont été annexés au royaume de Navarre, par le moyen de Leonore, fille du roy Jehan de Navarre, mariée avec Gaston quatriesme du nom et seiziesme comte, qui fut reyûe de Navarre estant veufve; et ainsy ceste maison de Foix fut annexée à ceste illustre maison de Navarre , duquel mariage sortit Gaston , comte de Viane, qui espousa une fille du roy Charles VII, et sœur du roy Louys XI, qui mourut d'un esclat de lance en un tournoy à Libourne.
L'autre fut Jehan, seigneur de Narbonne, qui avoit espousé la sœur du duc Louys d'Orléans, qui fut après nostre roy Louys Xll ; lequel Jehan fut un très brave prince, gouverneur de Guyenne et Dauphiné. Il fut au voyage de Naples, et fit vaillamment à la battaille de Fomoue, dont j'en parle ailleurs. Fut chevallier de l'ordre du roy, et mourut à Estampes, après avoir laissé de luy et de sa femme ce brave Gaston de Foix, dont nous venons de parler , et madame Germaine de Foix , sa sœur, reyne d'Espagne.
D'avoir donc sceu autrement la branche de M. de Lautreq , je n'ay peu , si on ne la trouve dans les Chroniques de Foix, que je n'ay jamais leoes. Les Italiens, parmi aucunes de leurs histoires que j'ay leues, pour n'aymer trop ceste race de Lautreq, et la déprimer, ont dict que M.de Lescun, ThomasdeFoix,portoitcenomde Lescun et la sdgneurie d'un casjellucio (usent* ils de ce diminutif pour le déprimer, autant à dire un petit chasteau ou chastelet), situé en la Gascogne. De M. de Lautreq, ils en disent pareillement qu'il portoit le nom aussy d'an