M, DE LESPARRE
diasCeau ritaé en la Gascogne; mais ils le nomment plus honorablement qae Taatre, car ils rappellent castello tout à plein , sans diminutif.
Or, bien que ces braves gens fussent de bon lieu, si n'estoient-ils pas riches quand ils vinrent servir le roy ; mais Milan les empluma fort tons deux. Il est vray que M. de Lautreq espousa la fille de M. d'Orval , de la maison d^Albret, fort riche, qui de mon jeune temps se tenoit à Coutras et â Fronsac, très sage et vertueuse dame, un peu contreMcte du corps, comme j'ay ouy dire i ma mère, qui Talloit voir quelquefois.
M. de Lescun gasta toutes les affaires du roy vers Milan , qui luy avoit commandé très-ex* pressement n^attenter rien sur les terres dû pape; ce qu'il n'observa quant il attaqua Regge d'un mal considéré mouvement; où il fit bien du sot, disoient les Italiens, quand il se laissa attraper et prendre entre deux portes en parlement, cependant que ses gens Tassailloicnt à main forte de fautre costé, par son commandement secret et faint. Que cuidoit-il iaire? Que si le segnor Guy Rangon , avec qui il parloil et traictoit, fust esté aussy mal advisé et rigoureux que luy, il feust retenu très bien prisonnier, et luy eusl bien faict payer la menestre de sa folie ou sottise, disoit-on pour lors, pour luy apprendre , sous titre de bonne foy d'un traicté de paix , â faire assaillir une place qui n'y pensoit en rien; et si fut cause de la •nort d'Alexandre Trîvulse et d'aucuns braves François. En cela il mescontenla fort le pape liCon, et luy donna l'occasion en main, qu'il cherchoit par bonne couleur, de se déclarer pour la guerre : et , pour un seul ennemy que le roy avoit auparavant , qu'estoit l'empereur^ il luy engendra le pape, qui estoient deux.
Ge.que le roy luy sceut remonstrer très ri« goureusement , avec parolles très aigres et injariantes, quand il vint après à la court en poste crier au secours ; et luy reprocher aussy son extrême avarice et cruauté , d'avoir faict trencher la teste au seigneur Palvoysin ^ , seigneur d^honneur et de Taage de soixante-quinze ans, poar avoir son bien confisqué, que le roy regretta fort , et prit son frère à son service et
* PaUavicml
sa paye , par le moyen du seigneur Jehan de Medicis; le roy après le reprit en grâce, par la faveur de madame de Chasteaubriant sa sœur, que le roy aymoit. Il n'y a rien qui ne se fasse et ne se rhabille par l'amour.
Pour M. de Lautreq , il ne fut exempt de très grandes fautes, que j'ay dictes : et cncor diray-je celles-cy. Lors que les Espagnols, co»duicts par ce grand marquis de Pescayre, passèrent le fleuve de l'Adigi i , un peu avant le roy luy avoit mandé, par un courrier exprès, qu'il engardast sur toutes choses que l'ennemy ne passast point ce fleuve. Ce brave roy, trèi bien considéré, avoit bien remarqué ce passage quand il estoit en ces quartiers, combien il luy imporloit à ses affaires de sa duché. M. de LauCreq luy feict responce, avec son arrogance accoustumée, qu'il ne se mist point en peine de cela, et que sur sa vie il les empe^ cheroit bien, et apprendrait â ce jeune nouveau capitaine, le marquis de Pescayre, â tourner au baston et de s'affronter â luy; et pourtant en un rien, et maugré luy, il passe le fleuve, donne vers Milan, et prend les faubourgs, que l'Espagnol appelle los arrevales (dont ils en firent depuis, comme de raison, une grande gloire et triumphe de victoire) , entre dans la ville de si grand prestesse et force, (cas esirange!) que M. de Lautreq esloit en pourpoint lors se pourmenant en la place, quand l'allarme luy en vint , et M. Lescun estoit dans le lict se refraischissan^ : et fallut qu'ils se ralliassent en la place, à la faveur du chasteau, et se sauvassent et retirassent tellement quellement. Gela se trouve parmy les histoires espaignolles.
Quand ces desastres arrivent aux personnes, après qu'elles ont fort bravé et menacé de faire le diable , sont fort aigres et honteuses à les supporter, plus qu'autrement; ainsy qu'il en arriva â un grand capitaine que je ne nommeray point; c'est Monlluc, lequel, durant les braves guerres des Huguenots, ainsy que son roy, ou son lieutenant gênerai, luy eust fort recommandé son gouvernement, qu'il avoit fort bien gouverné quelques années auparavant, et bravement battu les Huguenots, il fit responce qu'il n'eust point peur de cela , car, s'ils se mesloient de comparestre devant luy, qu'il lei
« L'Adise.
236 HOiMMES ILLUSTRES ET GRANDS CAPITAINES FRANÇOIS.
estrîUeroUsi bien, qu'ils ne comparoistroient jamais; et dîct bien plus : c Quand vous vous ttfascherez de battre ces gens, envoyez-les «moy tous, vous verrez comment je vous les «estrilleray et mettray tous en pièces, qu'il «n*en reschappera un seul.» La fortune voulut que dans six mois après Montgoroerry Falla voir à bonnes enseignes. Ce fut luy qui se retira dans sa principalle ville, et ne leur fit aucun mal, ou ne le peut faire, et les laissa jouer leur jeu comme ils voulurent; car c'estoient de terribles Huguenots et d'autres que ceux avec lesquels il avoit eu affeire auparavant. Quand ces nouvelles en arrivèrent au camp , je sçay bien ce que j'en vis dire au gênerai et à tout le monde.
Unecbose ay-je veu noter à aucuns capitaines françois , espaignols et italiens , parlant du bisarre naturel et des humeurs bourrues de ce M. de Lautreq, qui disoient : que cet homme eust un vray esprit de contradiction , ou bien qu'il fust prédestiné à tout malheur ; car, bien qu'il fust chaud , prompt , soudain de son naturel , et allastviste en aucuns subjecls, cela luy faillit, et demeuroit court , lent et tempéré à exécuter en d'autres. Ainsy qu'il fit devant Parme, qu'il estoit plus fort que ses ennemys de beaucoup ; car il avoit vingt mille Suisses de paye, quatre cens hommes d'armes et autant de chevaux légers , et quelques gens de pied françois sans les Vénitiens : il différa et temporisa à ne les combattre , et leur donna loisir à leur bel ayse de se retirer. Que pensoit-il faire P les avoir à meilleur marché et qu'ils se vinssent rendre à luy la corde au col? Ce croy-je , tant il estoit presumptueux. Il en fit de mesmes au royaume de Naples , près la ville de Troja , à Tannée du prince d'Orange , qui n'estoit de beaucoup de force non plus pareille à la sienne ; j'en parie ailleurs. En la ville de Naples, quoy ! qu'il laissa respirer , reprendre cœur et allaine ; voyez ce qu'il en fust.
En après , lorsqu'il n'avoit nulle raison de guerre , il alla assaillir La Bicoque , et y donner une battaille qui nous fut la totale perte de Milan , et sa honte. G'esloit là , de par le diable, qu'il devoit estre froid et retiré , refréné et en mesnage du temps et de la charge h une plus opportune occasion. J'ay ouy raconter à une dame , lorsqu'il fut csleu par le pape Clément <
et les potentats d'Italie, pour estre chef de la ligue, que le roy Francis très mal volontiers leur accorda ceste prière, et dict qu'il n'y feroit rien qui vaille; mais, puis qu'ils le vouloient et l'en prioient , il leur accorda , pensans qu'il deust faire mirabilia : et que sait-on s'ils luy deman • derent à dessein, pour ruiner ses affaires exprès d'Italie ? Ah ! que les Italiens ont esté fins plus que nous d'autrefois !
Aussy, quand il sceut la desroule de son armée et sa mort , il dict aussy tost : «Je Tavots • bien pronostiqué, qu'il n'y feroit pas plus qu'en cma duché de Milan;» le louant pourtant et Testimant bien fort , mais le tenant très malheureux pour un chef d'armée. Cela est arrivé à de grands capitaines anciens et modernes : le dieu Mars ne serait pas autrement un dieu douteux et incertain.
M. L'ADMIRAL DE BONNIVËT.
M. l'admirai de Bonnivel , que je viens de nommer ci-dessus , fut si aymé et favory du roy François , qu'il gouvernoit tout le faict de la guerre en son vivant , comme le chancelier du Prat celuy de la justice et finances.
S'il le faut juger bon et grand capitaine veu les charges qu'il a eu de son maistre , ainsy qu*ordinairement sont pourveus les mignons des roys , on le doit estimer tel. II fut lieutenant de roy à Fontarrabie ; il le fut de là les Monts après M. de Lautreq , où pourtant ne fit très bien ses besognes ny celles du roy , cncor qu'il eust avec luy des meilleurs capitaines de la France; mais il ne les vouloit croire, et se sentoit plus suffisant qu'eux , qui , par leur longue expérience, mériteraient mieux de luy commander que luy à eux; comme M. de Bayard , qu'il engagea mal à prapos à Rebeq , qui fut cause de sa retirade qu'il luy fallut faire en France, laquelle pourtant il fit avec quelque peu d'bcur, tellement quellement, Dieu mercy et messieurs de Bayard et de Vandenessc ^ qui , cependant qu'ils faisoient teste , à
I Jean de Cbabannes, capitaine de mille hommes d^ pied à la bataille de Ravemic. U éloit frère de M. de La Pallice.