M. DE POMMEREUIL
Avant tous eux M. de Pommereuil fut maistre d'artillerie en Italie, durant nos vieilles guerres , qui fut le plus digne homme de son art qui fut point, et fut tué devant la ville d'Aronne , sur le lac Majour.
M. D'ESTRÉE
M. d'Estrée a esté Tun des dignes hommes de son estât despuis qui ait esté possible jamais, sans faire tort aux autres, et le plusasseuré dans ses trenchées et batteries ; car il y alloit la teste levée, comme si ce fust esté dans les champs à la chasse ; et la pluspart du temps y alloit à cheval , monté sur une grande hacquenée alezanne qui avoitplus de vingt ans, qui estoit aussy asseurée que le maistre ; car, pour quelques canonnades ny harquebusades qui se tirassent dans la tranchée, ny Tun ny l'autre n'en baissoient jamais la teste; et si le monstroit par dessus la trenchée la moictié du corps , car il estoit grand et elle grande.
G'estoit l'homme du monde qui cognoissoit le mieux les endroicts pour faire une batterie de place, et qui Tordonnoit le mieux : aussy estoit-ce Tun des confidens que M. de Guyse souhaictoit auprès de luy pour faire conquestes et prendre villes, comme il fità Galais. C'a esté luy qui le premier nous a donné ces belles fontes d'artillerie que nous avons aujourd'huy, et mesmes de nos canons, qui ne craindront de tirer cent coups Tun après Tautre ( par manière dédire) sans rompre, ny sans s'esclater ny
î« HOMMES ILLUSTRES ET GRANDS CAPITAINES FRANÇOIS.
casser; comme il en donna la preuve d'un au
roy quand le premier essay s'en ât. Mais on ne les veut gourmander tous de ceste Façon , car on en mesnage la bonté le mieui qu*on peut.
Advant ceste fonte, nos canons n'estoient de beaucoup si bons, mais cent fois plus firagilles, et subjects à estre rafFraichis de vinaigre et autre chose , où il y avoit plus de peine , et qui plus desbauchoit la batlerie. Celle qui fut faicte devant Yvoy ne donne tant de peine, comme j'ay ouy dire à M. de Guyse que ce fut la plus belle et plus prompte batlerie qull avoit veue ny ouy dire; et en louoil fort M. d'Estrée, qui avoit ordinairement son faict et son attirail si lestes quand il marchoit , que jamais rien ne manquoit, tant il estoit provident et bien expetrl en sa charge.
Surtout il avoit de très bons canonniers et bien justes, et luy mesmes les y dressoit et leur monstroit. Il avoit aussy de très bons commissaires, dont entre autresont esté : Bassompierre, qui estoit dans Sienne estant assiégée , et La Foucaudie , petit homme , mais tout spirituel : Vuu bon catholique s'il en fut onc, l'autre huguenot; et pour ce M. Tadmiral Taymoit fort, et s'en ayda et s'en trouva bien en ses guerres. Tant d'autres bons a-il eu que je ne nommeray point, et la pluspart huguenots , qui avoient imité leur gênerai mondict sieur d'Estrée , qui l'estoit fort : si ne se laissa*il pour tant de bien servir son roy au siège de Rouen, aux premie- 7es guerres , comme je vis.
G'estoit un fort grand homme, et beau et vénérable vieillard, avecques une grand barbe qui luy descendoit très bas; et sentoit bien son vieux advenlurier de guerre du temps passé , dont il avoit faict profession, où il avoit appris d'estre un peu cruel. Feu mon père et luy avoient tous deux esté nourris pages de la reyne Anne, et tous deux alloient sur les mullets de sa litière, laquelle ( à ce que j'ay ouy dire à mon père et audict M. d'Estrée ), les a bien faict fouetter quand ils faisoient aller les mullets d'autre façon qu'elle ne vouloit, ou qu'ils eussent bronché le moins du monde. Mon père alloit sur le premier, M. d'Estrée sur le second ; et puis, tous deux sortant hors de page , les envoya de là les Monts à la guerre.
M. DELABOURDEZIËRE.
Enfin ce bon vieillard mourut en sa maisoi: très renommé capitaine , l'année des secondes guerres; et son estât Fut donné à M. de LaBourdeEÎere , qui avoit donné sa fille aisnée en mariage au jeune M. d'Estrée, qui eut occasion de se plaindre pour n'avoir eu Testât de son père , qu'il y avoit très bien dressé : mais ne le garda guieres, car il mourut.
Si est-ce que M. de la Bourdeziere s'en acquitta très bien tant qu'il t'eut , et mesmes à la battaille de Montcontour. Il mourut bien tost après, en resputationd'un brave et sage gentilhomme 9 et fort homme d'honneur : et quand il n'eust esté autre que père de ce brave M. de Sagonne , il a esté beaucoup et digne à louer d'avoir engendré un si brave et vaillant jeune homme que celuy là, et autant parfoict en toutes vertus et valeur; dont j'espère en parler ailleurs.