M. DE CANAPLES
M. de Pontdormy laissa après luy M. de Canaples, son nepveu ou fils, brave et vaillant
* En 1524. Mémoires du BeUax,Mr. Ta, C'est au reste tout le contraire de ce que dit Brantôme. Les Français uiioient Hesdin ; mais \t» Espagnols , croyant avoir une intclliffence, et M. de Pontdormy leur y ayant préparé une fousadc, il en fut brûlé lui-même par aod«
seigneur, et qui a esté de son temps le plus rude homme d'armes qui fust en toute la chrestienté; car il rompoit une lance, telle forte qu'elle fust , comme une canne , et peu tenoient devant luy : aussi , quand il joustoit devant son roy, tant il fut empesché, le vouloit tousjours voir; dont vint le mot: Boutte, Canaples, le roy t'a regardé. Il estoit grand , puissant et de haute taille et forte corpulance ; si bien qull luy estoit bien aysé de faire de tels coups , avec ce qu'il estoit fort adroict et bon homme de cheval et de tenue. Il estoit capitaine des cens gentilshommes.
M. LE GRAMD-E8GUYER GALLIOT.
Je suis fort estonné que nos histoires françoises n'ont plus parlé de M. le grand escuyer Galiot, qu'ils n'ont faict; c'a esté un très bon et sage capitaine en son temps. Le roy Charles VIII le prit à Fornoue pour un de ses preux ; et s'appelloit pour lors le sieur de Genouillac.
11 fut grand maistre de Tartillerie , pour entendre cet art aussy bien qu'homme de France: et si le roy François Teust voulu croire, possible n'eust-il pas perdu la battaille de Pavie (ainsi le disoit-on lors) , car il faisoit si bien jouer son artillerie, que Tennemy s'en sentit fort endommagé ; mais elle ne joua pas à demy, que le roy, bouillant de courage et d'ardeur de combattre, alla couvrir son artillerie de telle façon, qu'elle ne peut plus jouer, dont M. Galliotcuyda désespérer. Le roy cogneut bien sa faute, et le dist puis; après, dont, pour recompenser ledict M.Galliot, le fit grand escuyer, et luy donna la place du grand escuyer San-Sevrin, qui mourut en ceste battaille.
J'ay ouy faire un conte : que le roy François ayant sceu par quelques ennemys dudict grand escuyer ( ainsy qu'il y en a tousjours des envieux à la cour), qu'il avoit faict bastir la plus superbe maison ( qui estoit Acier ) qu'on sçauroit voir (comme de vray elle est des belles , mais pourtant en fort laide assiette et fort laid pays , qui est le Quercy, pierreux, rabotteux, mon- .tagneux et tout plein de baricaves, du reste, la mieux meublée que maison de France ,
tant de vaisselle d'argent que de tapisseries et ciels de soye d'or et d'argeni), et qu'il n'estoit pas possible qu'il n'eus! fort desrobé le roy en ses estats, parquoy estoit besoing qu'il luy fiailloit faire rendre compte de tout ; à quoy entendit le roy. Si le fît venir un jour à luy , et luy remonstra tout ce que dessus. Sur ce respondit M. Galliot : «Certainement , Sire, «il faut bien que je confesse que, quand je vins «à vostre service à la charge des grands estats «que vous m'avez donnés, je n'estois nullement «riche ; mais, par vostre moyen et grâce, je me «suis faict (el : vous m'avez eslevé par la faaveur que m'avez portée. J'ay espousé deux «femmes fort riches, dont l'une est celle de la «maison d'Archiac, fille très riche. De plus, «les estats que m'avez donnés, et mes gages, « proffictset pratiques ordinaires, m'ont fort ap- «porlé du bien. Bref, c'est vous qui m'avez «faict tel que je suis; c'est vous qui m'avez «donné les biens que je tiens : vous me les avez adonnés librement, aussy librement me les «pouvez oster, et suis prest à les vous ren- «dre tous. Pour quant à aucun larecin que vous «aye faict, faicles-moy trancher la teste si je « vous en ay faict aucun. »
Ces parolles tendres et douces de cet honnorable vieillard attendrirent si fort le cœur du roy, qu'il luy dit : «Oui, mon bon homme, vous die- «tes vray de tout ce que vous avez dict ; aussy «ne vous veux-je reprocher ny oster ce que vous «ay donné. Vous me le redonnez, et moy je «vous le rends de bon cœur. Aymez-moy, et « me servez bien tousjours comme avez faict, et «je vous seray tousjours bon roy. »Et, par ainsy, les envieux du bon homme furent bien estonnés.
Ce bon chevallier fot très sage de tenir tels propos au roy, et non pas comme j'en sçay aucuns qui ont eu une infinité de bienfaicts de leurs roys, qui disent et publient : «Jamais «le roy ne m'a rien donné; on n'en trouvera « rien signé pour moy en la chambre des comp- « tes. »Ne sont-ils pas bien impudens et eshontés, d'aller tenir tels propos , que chacun sçait bien que, quand ils sont vaaus à estre aimés et favorisés des roys leurs maistres , n'avoient dequoy mettre soubs la dent? Les uns estoient engagés de leur bien jusques soubs leurs fenestres ; les autres estoient endeblés , que leur bien n'y pou voit fournir ; les autres, d'eux mesmes, et
M. D'ESTRÉE
da ventre de leur mère, estoient pauvres hères; les autres avoient fait banqueroute. Et puis , estans enrichis, ils vont dire : «Le roy ne m'a «rien donné, ny la chambre des comptes n'en «a jamais rien passé ; i> comme disoit un que je sçay du règne du roy Charles IX, dequi le père estoit un banqueroutier, le fils pauvre et au saffran ; en moins d'un rien le voyià riche et opulent du tout. Qu'au diable soient-il trestous ! Le roy les debvroit tous (aire assommer. D'où diable sont-ils donc riches devenus de cent mille livres de rente , de cinquante, de trente , et tant d'or et d argent qu'ils ont aux interests? qui leur a baillé cela , que le roy P Us veulent faire des fins, mais ils sont descouverts.
U vaudroit mieux qu'ils en dissent franchement la vérité, et qu'ils en publiassent les bienfaicts, sans monslrer leurs sottes finesses ny leurs ingratitudes et mescognoissances, comme fit cet honnorable vieillard que je viens de dire. Aussy est-il mort heureusement, en belle resputation, et en très honnorable vieillesse de plus de quatre-vingts aussy, aussi qu'il paroist en sa chapelle des Gelestins à Paris, en représentation d'un très beau et honnorable vieillard.
U laissa après sa mort une seule fille héritière, descendue de la fille d'Ârchiac, qui fut maryée en la noble maison de Gursol , et puis en secondes nopces au feu comte de Reingrave , très belle et honneste femme. Elle fut héritière par la mort de son frère feu M. d'Acier, brave et vaillant seigneur, qui fut tué à la battaille de Gerizolles; âqui, quand il y alla, le bon homme de père dict : «Or, va donc , mon fils , quérir « la mort en poste. » Luy ayant demandé comme il y alloit. et qu'il luy eust re9pondu qu'il y alloit en poste, et qu'il trouveroil là des amys qui luy presteroient quelque cheval pour combattre , n'en pouvant mener, par la briefveté du temps, qui le pressoit de partir sur le poinct de la battaille , le bon homme lui répliqua : «Allez donc, mon fils, quérir la mort en poste. »
Après la mort de mondict sieur le grand escuyer, succéda en Testât de grand maistre de l'artillerie M. de Brissac, lors chevallier de Tordre, et qui fut envoyé en ambassade, tenant ces estais vers l'empereur, au commancement du règne du roy Henry, pour reconfirmer la paix ; et puis , le prince de Melfe mort , luy en sa place alla en Piedmont.
«RAHTOHB. I.
M. DETAYX.
M. de Tayx le fut aussy après luy, et s*en acquitta, en peu de temps qu'il Texerça, très bien; et puis, luy mort, M. d'Estrée le fut.