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venoit de luy, mais miraculeusement, comme quasi du ciel et de Dieu , et comme si ce moynf en fust descendu pour la faire, par le commandement et volonté de Dieu ; et pour ce , qu'il ne vouloitaller à rencontre, ains accepter bénignementcequeDieuluypresentoit,craignantautrement son indignation. Quelle ruse et astuce espaignole! Aussy qu'il n avoit p^int d'envie de : s'approcher de Paris ny le saccager, de peur, par lesac si grand et si opulent, enrichir et engorger ; si fort ses soldats, qu'après, devenus riches, ils ; ne voulussent plus tenir le rang de soldats , I mais de princes , et tous se fussent retirés chez ; eux tenir cest estât, et luy demeurer seul. 1 Quelle rodomontade espaignolle I sur qnoy il y a belle matière de discours : sçavoir, s'il est bon que le soldat s'enrichisse tant et s'engorge de biens, tant par sac de grande ville que ; d'autres lieux.
Quand M. de Nemours reprit la ville de Bresse, ses gens s'y firent si fort riches et pleins (car ils y mesuroient le velours à la picque et y prenoient les escus à grandes poignées), que la pluspart se desbanderent de l'armée, et se desrobercnt au mieux qu'ils peurent, porter et serrer le tout en leurs maisons; que puis après ils Faillirent bien à la batiaille de Ravenne, et l'armée en resta fort manque et foible. Tant d'autres exemptes allegueroiton , mais ce serait trop long.
Geste paix donc faicte, l'empereur se relira d'où il estoit venu : et le roy, non encor las de la guerre, encor qu'il s'advançast sur l'aage et sur les indispositions que tant de guerres luy avoient rapporté , il s'en alla à Bouloigne faire la guerre au roy d'Angleterre , qui avoit refusé de se comprendre en la paix , où l'empereur ne l'avoit oublié, ainsy que fit ce brave et ce nom-par duc Charles de Bourgongne , qui refusa celle que le roy d'Angleterre avoit f^ictc avec le roy Louys XI, jusques à luy mander des injures comme à un roy de peu.
Force beaux faicts d'armes se firent en ceste guerre de Bouloigne , qu'on trouve pat escrit.
Quelque temps après, le roy d'Angleterre mourut. Sa mort, sceue de nostre roy, luy
* Ravenne. Les Parisiens en particulier substituaient souvent Va à IV. Rationne ; ilsportarent; Us aUareni ; pour RavenQ«i Ut portèrent; iU allèrent.
touscba au cœur : d'autant , dit-il , qu'ils estoient contemporains, et que désormais il.esloii temps qu'il s*apprestast pour desloger, car lautre estmt allé faire des logis devant : comme il ne faillit à sa devination, car après Tan mille cinq cens quarante sept, il mourut à Rambouillet , et Traves y perdit son bonnet. Gestoit un colibet qui lors trotta.
Traves estoit une fille de ia reyne, Tune des belles, {reniilles et gallantes de la cour en tout , despuis mariée avec M de Grandmont, et sœur à feu M. le Vidame, s'appellant Helaine de Giermont. Ce jour là , allant au cbasteau , elle esloit vestue à Tespaignolle et accommodée d'un bonnet qui , ainsy qu'elle passoit sur le pont, le vent le luy emporta de la teste dans le fossé , où il se perdit , dont jamais plus n'en ouy t-on nouvelles , d'autant , disoit-on , qu'il y avoit une fort belle et riche enseigne. Les uns en content d'une façon , les autres d'une autre.
Or, advant qu'annoncer la mort de ce grand roy, il feu t que je fasse encor ceste disgression, avec ce discours sur le grand droict qu*ont tant prétendu et tant crié nos roys Louys Xll, François 1 et autres, sur le duché de Milan. J'ay veu autresfois un grand personnage espaignol m'en discourir : et de faict m'en monstra un fort beau traicté espaignol imprimé, que j'eusse ici volontiers inséré ; mais il estoit trop long; et pour Tabreger, il me dit qu'ils n'y avoient aucun droict.
Le roy Louys XII le pretendoit à cause de madame Valentine, légitime fille du duc de Milan : et le duc Sforce, pour en avoir cspousé la baslarde, le gaigna et le conserva par sa valeur et sa bonne espée. Tous deux, ny lea vicomtes ducs de Milan , ny les Sforces, ny les Galleasses n y avoient non plus de droict Tun que l'autre, sinon que comme vrays tyrans qui l'avoient usurpé sur l'empire.
Vray est que les empereurs qui n'estoient pas un empereur Charles, n'ayant ny cœur, ni valeur, ny moyens pour leur oster, furent contraincts de le leur laisser et les en impatroniser, pour les tenir à foy et hommage de l'empire, ainsy que commença Ladislaus empereur, qui en investit Jehan Galeazzo viscomte, fils de Jehan Maria, qui se rendit si puissant avec cestte
belle duché, qu*en peu de temps il conquesla.
Vérone,
Vicence,
Padoue,
Vcrsel,
Albe,
Ast,
Alexandrie,
Tortone,
Plaisance ,
Parme,
Reggio,
Boulloigne,
Pise,
Sienne,
Grosseto,
Chiusi y
Peruge,
Ascesi,
Noccra,
Reloua,
Feltro,
Rergamo,
Rresce,
Lodi,
Crémona,
Greme.
De sorte que, sans une infinité de chasteaux, il se vit seigneur de vingt-neuf grandes villes, craint quasy de toute l'Italie.
Les Lucquois se donnèrent à luy, et peu s'en fallut que les Florentins n'en fissent de roesmcs. Il fit bastir ce beau chasteau de Pavye avec son plaisant parc et ceste superbe chartreuse. Toute ceste grandeur luy vint par ceste investiture de Milan, avec son gentil esprit, sa va leur et ses vertus, que son fils après luy n'imi'a. Aussy disoit-on lors, d'una ottima radice cattiva planta >.
Voylà donc le beau droict de ce duché, qu'ont tant débattu nos roys passés par tant de gouttes de sang espandues de nos braves François et par tant de biens perdus et dissipés. L'empereur Charles n'y avoit pas plus de droict que les autres, sinon en tant qu'il estoit empereur, et le vouloit remettre et conjoindre à l'Empire, comme il avoit esté autresfois : si ce n'est qu'il s'aydasi d'un traicté que fit le roy Louys XII avec l'empereur Maximilian , dit ce livre, qu'est, que voulant entreprendre sur Naples , et craignant que ledict empereur l'y traversast , fut arresté le mariage de don Charles, petit fils de l'empereur Maximilian, qui ne pou voit avoir qu'un an, avec madame Claude , fille aisnée dudict roy Louys XII , laquelle esloit aussy fort jeune; lequel mariage ne s'accomplit» et la maria avec le duc d'Angoulesme, despuis roy François; et fut dict par ce concert de paix que si ledict mariage ne s'accomplissoit avec don Charles, que dès lors
« Mauvaise plante sorUe d'une bonne racine.
et doresnavant Tempereur investissoit du duché de Milan son petit fils du tout et pour jamais. Ce qui fut approuvé par ledict roy Louys : de sorte que , par ceste investiture et Feude ^ Tempereur en a tousjours jouy, et les siens.
Ce n*est pas tout ; car lors que le roy François, après sa délivrance de prison, et que le pape, luy, le roy d'Angleterre et potentats d'Italie, firent ceste grande ligue générale contre Tempcreur Charles, le roy François advoua Louys SFbrce pour duc de Milan , et le receut pour tel , qui estoit une renonciation au roy de ladicte duché ; ce qui porta grand préjudice au roy sur son dict droict.
Et Tempereur sceut fort bien alléguer toutes ces raisons au pape , estant à Rome , et à son collège, et à Tarabassadeur du roy, M. de Vely, lequel n'ayant pas plustost mis pied à terre dans Naples , à son retour de Thunes , ne luy donnant pas seulement loysir de respirer de Tayr de la mer, luy en vint parler, pour en faire raison au roy de ceste duché. L'empereur , de colère, fut contrainct de luy dire : « Vrayment , Il monsieur l'ambassadeur, il faut que je vous die «que vous estes fort fascheux et importun (au- «cuns disent qu'il dit, et vostre maistre et a tout ) , de me rompre la teste et me fascher si «soudainement , et ne me donner loysir de me « rafraischir et songer un peu en moy , me parti 1er et me demander une chose où le roy n'y «a non plus de droict qu'en l'empire du Turc. « Pense le roy, et vous et tout , que je luy donne « ce qui est à moy ? Venez parler à moy quand a je vous le manderay à un autre jour; je vous « remonstreray de quoy.» Et ainsy renvoya M. l'ambassadeur ; comme de vray il n'y avoit point de raison qu'il luy parlast si tost de cela ; il pouvoit bien attendre à quelques jours plus oporluns. A Rome aussy , il les paya tous deux, luy et Tevesque de Mascon , ambassadeur vers le pape , de mesmes monnoye.
Il ne fautdoubter que si le roy ne Teust tant importuné , et faict solliciter et presser, possible en eust-il tiré pied ou aisle, comme on dit: car j'ay veu ceste expérience, souvent les grands roys et princes hayr extresmement des ^scheux et importuns; et dit-on en commun proverbe : On ne sçauroit assez tost se
^ Infirodition.
deffaire d'un fascheux et d'un importun.
Lorsque ledict empereur passa par France, on ne luy fit que parler et importuner de ce Milan ; si bien que tant d'honneurs et bonnes chères qu'on luy fil ne valoient pas les importunités qu'on luy en donnoit ( disoit-il j : de sorte que c'estoit à luy à bien se revirer et deffendre par faintisies , connivances et temporisemens, tant qu'il peut, jusqu'à ce qu'il fut en Flandre, qu'il manda par le brave M. du Peloux, duquel j'ay parlé cy-devant, ayant charge seulement de s'adresser à M. le cardinal de Lorraine , et luy dire que de donner et se deffaire de sa duché de Milan il ne pouvoit pour beaucoup de raisons qu'il allégua , que l'on voit dans nos histoires, mais que volontiers il donneroit à M. d'Orléans tous ses Pays Bas , qu*il feroit ériger en un beau royaume.
Il en manda de mesmes après la paix de Jalon ; mais M. d'Orléans mourut bientost après : et ainsy fut libre Tempereur de sa parolle et accomplissement dudict traicté.
J'ay ouy dire, et se trouve par escrit, que dès la première ouverture de donner la Flandre, le roy entra en son consentement sans M. le connestable, qui lors estant en crédit encor, comme sage et bien advisé, remonsir.i au roy que deux frères si grands, si puissans et si près les uns des autres, et fort chaiouil leux , se pourroient un jour entrer en picque , se faire la guerre et se deffaire les uns les autres, et qu il ne falloit pas les approcher de si près, mais les reculer au loing vers Milan, qui ne seroient si voisins , et hors de touies cornmodités à ne se rien demander.
J'ay ouy dire , et de bon lieu , que si M. d'( > leans ne fust mort, que le roy, desdaign^ini l conseil de M. le connestable , lors en desia veur,,il acceptoit ses Pays Bas fort voioniir>en royaume, qui valoient bien autant qh( Milan, voire plus. J'en laisse le jugenirni à deplus habilles que moy,encor,dit Philippes de Commines, que la maison d'Autriche y prétend quelque droict.
Voylà en peu de parolles les droicts de Milan de nos roys, que disent les Espaignols; mais nos François chantent bien autrement. Le tout gist , si ces ducs de Milan que j'ay nommés estoient vrays ducs de Milan, ou tyrans, paillards et vravs usurpateurs. Là gist le lièvre;
272 ttOM^ÎES ILLUSTRES ET GRANDS CAPITAINES FRANÇOIS
car î1 Faut venir au premier origine , ou qui ont esté plustost , ou les enipcreurs , ou les ducs.'
En voicy encor un autre , et puis plus, sur ce grand traicté de Madrid , qui fut encor tant débattu. L'empereur, pour un très habille qu'il esloit, fit une très grande faute, et nostre roy y fit un traict d'un très habille prince. Que pour l'entretenir, il fut dict et proposé que le roy donneroit pour ostagcs ses deux fils aisnés , qui estoient M. le Dauphin et M. d*Orleans , ou mondict seigneur le Dauphin seulement, et avccques luy M. de Vandosme,
M. le duc d'Albanie,
M. de Sainct-Pol ,
M. de Guysc,
M. de Laulrec ,
M. de Laval en Bretaigne,
Le marquis de Saluces ,
M. de Rieux ,
M. le grand seneschal de Normandie,
M. le baron de Montmorency,
M. deBrion,
M. d'Aubigny ; au choix de madame la régente , pour demeurer tous oslages devers l'empereur, au lieu qu'il luy plairoit , jusqu'à ce que le roy luy eust délivré le duché de Bourgongne et autres places contenues audicl traicté, et faict ratifier aux estais de son royaume ledict traicté.
Cestoit un beau coup à l'empereur s'il eust receu tous ces grands seigneurs pour ses ostages , sans le remettre au choix de madame la régente, qui ayma mieux livrer ses deux enfans que les autres; ce que plusieurs mères ou grands mères n'eussent volontiers pas falct, et fascha fort à ceste bonne et saincte princesse la reyne Claude leur mère; mais elle n'avoit pas trop grand crédit.
L'empereur, certes, avoit fort sagement proposé ceste eslection de tous ces grands seigneurs et capitaines ; mais il la devoit réserver à luy , et non à madame la régente, qui , bien sage et advisée, ayma mieux envoyer ses deux fils que ces grands seigneurs et capitaines, dont s'en trouva mal l'empereur; car, s'il eust choisy et pris tous ces grands messieurs , il ostoit tous les moyens au roy de luy faire la guerre , comme il la luy fit puis après, et le contraignoit à l'accomplissement du traicté; car, le roy desgarny de ses bons capi-
taines, il n'eust sceu luy seul faire guerre et y survenir.
Voyiàune grand faute que fil l'empereur en ce traicté, et un bon coup que fit le roy et sa mère pour son fils et pour le royaume, ne le desgarnissant de capitaines si nécessaires ; au lieu que pouvoit servir un jeune enfant de six ans? J'ay ouy dire à une grand dame que l'empereur s'en repentit bien puis après, comme de raison. Voyez les Annales d' Aquitaine sur tout ce discours. Venons à ceste heure à la mort de ce grand roy.
Ce roy, advant mourir, fit les plus belles leçons et remonstrances au roy Henry son sivcesseur, tant pour le monde que pour Dion, et comment il le debvoit servir, et gouverner son royaume; car c'esioit le roy du monde le mieux entendu , et qui avoit de grandes expériences et sciences. Le sens luy fut tousjours sain, et la parolle fort ferme, et puis mourut en très bon chrestien et belles repentances. Et sic, comme dit Paulo Jovio, maximus totlus orbis rex in infimo totius Galiiœ vico periit. Il dit vrny de Tun ; mais la maison de Rambouillet est l'une des anciennes bonnes et belles maisons de France, et doù sont sortis d'aussy gens de bien cl d'honneur qui soient jamais sortis des autres maisons, et mesmes de ces derniers dix ou douze frères , qui ont esté très excellens en armes et en lettres.
Ce roy fut enterré à Sainct-Denys, sépulture ordinaire des roys , avecques une pompe funèbre autant exquise que jamais de roy ait esté faicte, que je ne descriray point, et autant luetueuse et triste : et ce qui plus agravoit la douleur et le deuil , c'estoit qu'avec luy estoient portés les deux corps de ses deux enfans, l'un de M. le Dauphin François, et l'autre de M. d'Orléans, qui n'avoient encor de sépulture, pour vouloir attendre, par un destin f^tal, à faire compaignie au roy leur père, tant en la pompe qu'au cercueil.