MKSSIRK ROBERT DE LA MARCHE
Messire Robert de La Marche a esté un gentil et vaillant capitaine. On Tappelloit au commencement le grand Sanglier des Jrdennes,fouT Tamour de ses terres , qui aboutissoient aux Ardennes , et qu'il ravageoit toutes les terres de l'empereur et autres ses voisins, et y Faisoit de grands maux , ny plus ny moins qu'un sanglier qui ravage les bleds et les vignes des pauvres et bonnes gens. Aussy fut-il le premier suUJect des guerres entre le roy et l'empereur, et le roy le prit en protection.
Il avoit pris pour devise ou patronne saincte Marguerite, que l'on peint avec un dragon à ses pieds, représentant celuy qui la voulut dé-
vorer en la prison , comme nous lisons en sa vie. Et ce dragon representoit le diable; et oF« fk*ant deux chandelles à ceste saincte , il en vouoit une à elle, et l'autre à monsieur te diable, avec ces mots : Si Dieu ne veut m'ayder, le diable ne me peut manquer. Devise certes fort bizarre et estrange , qui est pareille à celle de Virgile introduisant Junon parlante par ces mots payens :
Fteetêre si mqyeô Supêroi, JhhêfûHtm movêkK
C'est-à-dire :
t Si Je ne pui« fleschir les Dieux , J'etmoiiferÉf l'Btiftr pour ■le moiBt, et m'addrcMeray à luy.»
J'ay cogneu en ma vie force gens tenir ces propos , dont aucuns s*en sont trouvés mal , autres bien.
Ce messire Robert Fut un très vaillant et hardy homme. Il le monstra à Novarre , lors qu'il Faussa six ou sept rangs de Suisses pour sauver ses enfans près à rendre le dernier souspir, estant par terre pressés et foullés , à demy morts , et ne pouvant prendre ny r'avoir leur hallaine ; lesquels il desengagea bravement, et les ramena et remit en lieu de seurelé. Quel brave père !